Accueil > Economie | Par Wolfgang Münchau | 25 novembre 2014

La gauche radicale a raison à propos de la dette de l’Europe

Wolfgang Münchau, rédacteur en chef adjoint du Financial Times, n’est pas un suppôt de la gauche radicale. Son dernier éditorial, dans lequel il affirme que celle-ci a raison à propos de la dette de l’Europe, n’en est que plus significatif.

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Éditorialiste du Financial Times en matière d’économie européenne, Wolfgang Münchau est peu suspect de complaisance envers une gauche radicale européenne qu’il qualifie volontiers de « dure ». Dans sa contribution du lundi 24 novembre, reproduite ci-dessous, il estime pourtant qu’elle seule prône les politiques économiques qui s’imposent. (traduction Bernard Marx)

Supposons que vous partagez le consensus général sur ce que la zone euro devrait faire dès maintenant. Plus précisément, vous voulez voir plus d’investissements du secteur public et une restructuration de la dette. Maintenant, posez-vous la question suivante : si vous étiez un citoyen d’un pays de la zone euro, quel parti politique devriez-vous soutenir pour que cela se produise ?

Vous seriez sans doute surpris de constater que vous n’avez pas beaucoup de choix. En Allemagne, le seul qui se rapproche d’un tel programme est Die Linke, les anciens communistes. En Grèce, ce serait Syriza ; et en Espagne, Podemos, qui est sorti de nulle part et est maintenant en tête dans les sondages d’opinion. Vous pouvez ne pas vous considérer comme un partisan de la gauche radicale. Mais si vous viviez dans la zone euro et que vous étiez favorable à cette politique, ce serait votre seul choix possible.

« L’establishment espagnol craint que le programme de Podemos transforme le pays en une version européenne du Venezuela »

Qu’en est-il des partis de centre-gauche, les sociaux-démocrates et socialistes ? Ne soutiennent-ils pas un tel programme ? Cela leur arrive lorsqu’ils sont dans l’opposition. Mais une fois au pouvoir, ils ressentent le besoin de devenir respectables, à un point tel qu’ils se découvrent des gènes du côté de la politique de l’offre. Rappelez-vous que François Hollande, le président de la France, a justifié le changement de politique de son gouvernement en expliquant que l’offre crée la demande.

Parmi les partis radicaux qui ont émergé récemment, celui qu’il faut regarder avec le plus d’attention est Podemos. Il est encore jeune, avec un programme en cours d’élaboration. De ce que j’ai lu jusqu’à présent, il peut être celui qui paraît le plus en capacité d’offrir une approche cohérente de la gestion économique de l’après-crise.

Dans une récente interview, Nacho Alvarez, l’un des responsables de la politique économique de ce parti a présenté son programme avec une clarté rafraîchissante. Ce professeur d’économie de trente-sept ans a expliqué que le fardeau de la dette espagnole (à la fois privée et publique), n’est pas supportable et qu’il doit être réduit. Cela pourrait se faire par la combinaison d’une renégociation des taux d’intérêt, de délais de paiement, de rééchelonnement et d’annulations partielles. Il a également déclaré que l’objectif de Podemos n’était pas de quitter la zone euro – mais inversement qu’il n’était pas d’y appartenir à tout prix. L’objectif est le bien-être économique du pays.

Vu de l’extérieur, cela semble une position équilibrée. Mais pas tant que cela en Espagne. L’establishment craint que le programme de Podemos transforme le pays en une version européenne du Venezuela. Mais affirmer que si la dette n’est pas soutenable, elle doit être restructurée ; ou que si l’euro devait apporter des décennies de souffrance, il serait parfaitement légitime de s‘interroger sur les institutions et les politiques de la zone euro, ne devrait pas porter à controverse.

« Les partis de centre-gauche et centre-droit font dériver l’Europe vers l’équivalent économique d’un hiver nucléaire »

La position de Podemos part simplement de la réalité de la situation de la zone euro à la fin de 2014. Il est logiquement incompatible pour la monnaie unique d’entrer dans une stagnation de longue durée et de ne pas restructurer sa dette. Puisque rien n’est fait pour éviter celle-là, la probabilité que celle-ci intervienne s’approche de 100%.

Pourtant, pour le moment, les gouvernements européens continuent à jouer à "durer et faire semblant". On voit en Grèce où conduit une telle stratégie à courte vue. Après six années de dépression économique, le gouvernement se trouve dans une crise politique aiguë. Syriza est en tête dans les sondages, et a de bonnes chances de prendre le pouvoir lors des prochaines élections générales, peut-être en 2015.

L’Espagne n’en est pas encore à ce stade. Podemos pourraient priver les plus grands partis – le Parti populaire du premier ministre Mariano Rajoy et le parti d’opposition socialiste – de la majorité absolue lors des élections de l’année prochaine. Cela pourrait les forcer à réaliser une grande coalition de style allemand – qui ferait de Podemos le principal parti d’opposition.

La situation en Italie est différente, mais elle n’est pas moins grave. Si le premier ministre Matteo Renzi ne parvient pas à générer une reprise économique dans ses trois années restantes de son mandat, le mouvement d’opposition Cinq étoiles serait en pole position pour former le prochain gouvernement. Contrairement à Podemos, ce n’est pas un parti vraiment radical, et il est un ardent défenseur de la sortie de l’euro. Comme le sont aussi le Front national en France et Alternative für Deutschland en Allemagne.

Ce que Podemos doit encore faire est d’offrir une vision cohérente de la vie après une restructuration de la dette. Ce serait une bonne idée que ce parti s’organise au niveau de la zone euro au-delà de son alliance avec Syriza au Parlement européen, parce que c’est à ce niveau que les décisions politiques pertinentes sont prises. Une résolution de la dette pour l’Espagne est certes nécessaire, mais cela ne peut être que le début d’un changement plus large de politique.

La tragédie actuelle de la zone euro est l’esprit de résignation par lequel les partis de l’establishment du centre-gauche et du centre-droit font dériver l’Europe vers l’équivalent économique d’un hiver nucléaire. L’une de ses dimensions particulières est que les partis de la gauche dure sont les seuls qui soutiennent des politiques raisonnables tels que la restructuration de la dette. La montée de Podemos montre qu’il existe une demande de politique alternative. À moins que les partis établis changent leur position, ils laisseront la voie grande ouverte à Podemos et Syriza.

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Vos réactions

  • Que l europe CREVE et le plutot possible !

    Botul Levy en rit ! Le 25 novembre 2014 à 11:03
       
    • Une sixième république - m6r.fr - serait une épine dans le pied de l’UE.

      Max E. Le 26 novembre 2014 à 03:00
    •  
    • Oui, vive le nouveau monde !

      Jean Baptiste Lévy Le 26 novembre 2014 à 05:34
    •  
    • L’Europe nous a préservée de bien des malheurs depuis la fin de la seconde guerre, empêchant le populisme de gangrener à nouveau la démocratie. Quand L’UE mourra, l’extrême gauche et l’extreme droite vont se frotter les mains.. Danger !

      Zelk Le 25 décembre 2014 à 16:16
  •  
  • Je voudrais bien que la France devienne le Venzuela de l’Europe, sans crainte

    tchoo Le 25 novembre 2014 à 16:16
       
    • a tchoo moi aussi

      sissi31 Le 25 novembre 2014 à 17:04
    •  
    • Ce n’est pas avec la cinquième république que ça va changer - donc prônons la souveraineté avec m6r.fr

      Max E. Le 26 novembre 2014 à 02:59
    •  
    • Tout à fait d’accord avec toi.

      Le.Ché Le 27 novembre 2014 à 11:19
    •  
    • Je partage à 100% !!!!!

      Mona Le 3 janvier 2015 à 12:58
  •  
  • la gauche "radicale" lol la gauche quoi !
    je n’ai pas peur de la gauche tandis que de ces libéraux prets a faire la guerre ,si !

    sissi31 Le 25 novembre 2014 à 17:44
  •  
  • La politique libérale nous étrangle au profit d’une élite financière.
    l’europe est l’instrument de la finance, de la répression,
    ’de l’appauvrissement des travailleurs.
    elle n’a rien de social. Elle est un instrument majeur d’une
    mondialisation qui nous renvoie à une époque féodale .
    il faut quitter rapidement ce navire, quels s’en soit les coûts.

    Tojema Le 25 novembre 2014 à 20:53
       
    • Ce n’est pas avec la cinquième république que ça va changer - donc prônons la souveraineté avec m6r.fr

      Une sixième république serait une épine dans le pied de l’UE.

      Max E. Le 26 novembre 2014 à 02:57
  •  
  • Très bon article qui révèle clairement les enjeux d’aujourd’hui. Pour un approfondissement je propose :
    http://www.lacrisedesannees2010.com/article-le-big-bang-de-la-fin-de-l-eurozone-et-l-univers-financier-dans-le-monde-d-apres-116367504.html

    Werrebrouck Le 26 novembre 2014 à 03:06
       
    • Merci pour l’info, j’aurai bien voulu approfondir ce sujet mais la page est inaccessible.

      Marif Le 5 janvier 2015 à 18:06
  •  
  • Très bien, ça avance ! Il est temps ! Il est temps que des personnes sérieuses remettre en cause les dogmes de l’ultralibéralisme, cette frénésie idiote et sans conscience a assez duré !

    C’est par des propositions de grands changements que la gauche humaine arrivera à s’imposer. Changement de la façon de voter et donc mise en place d’une démocratie participative, changement dans sa conception de l’économie et de l’écologie avec la règle verte et la transition écologique.

    Retour à une valorisation de l’économie locale qui profite à tous. Refonte de la dette, renationalisation grâce aux banques d’états, moralisation de l’économie, lutte contre les inégalités.

    philippe Le 26 novembre 2014 à 04:12
       
    • Je partage....!!!

      Mona Le 3 janvier 2015 à 13:00
  •  
  • Restructurer la dette cela veut dire aussi se priver d’emprunts nouveaux pour compléter le financement de son train de vie. Ce sont les plus pauvres qui en pâtiraient le plus.

    Paulo S.

    Paulo S. Le 26 novembre 2014 à 04:37
       
    • Ce n’est pas tout à fait exact. Ce serait se priver d’emprunts de la part d’investisseurs frileux, ayant une aversion au risque.

      Maintenant, d’autres investisseurs peuvent avoir confiance quand même, et, sinon, il reste le contrôle de la politique monétaire (tant pis pour l’inflation), ou le financement participatif (demander aux citoyens de financer les projets).

      De toutes façons, la valeur d’une monnaie ne décroit que si on pense que plus personne n’en voudra. Si il y a augmentation forte des projets, des investissements publics massifs (et rentables), alors il y aura du travail. Lequel génère des revenus pour les contribuables, donc des taxes et des recettes pour l’état. C’est un cercle vertueux.

      Il faudrait aussi en finir avec les privatisations, la vente à la découpe de notre patrimoine national, au nom d’une imposture (car cette dette dérive simplement du renoncement au droit régalien de créer la monnaie, au profit des banques).

      Cette dette a deux objectifs réels : Assurer une rente au secteur bancaire/financier, et saper notre système d’Etat-Providence. Puisque le système ne peut plus assumer la dette, on nous dit que la seule solution est de vendre nos actifs (rentables, évidemment, personne n’achèterait les autres), pour éponger la dette.

      Total, les recettes baissent, et d’année en année, on est dans une situation de pire en pire, sans espoir de s’en sortir.

      Annulons cette dette ne reposant sur rien de concret (enfin, si, sur un torchon signé à Lisbonne il y a une quarantaine d’années), et reprenons enfin le contrôle de notre pays.

      Kzwix Le 26 novembre 2014 à 08:58
  •  
  • Merci de votre réponse. Quelques questions d’un profane :
    1) Restructurer la dette = la réduire, l’étaler ou l’annuler ? Avec le consentement plus ou moins forcé des créanciers ?
    2) Dans le « service de la dette » n’y a-t-il pas plus de versements d’intérêts que de remboursement de capital ?
    3) Qui peut imaginer que la France rembourse un jour ses 2.023 Mds actuels d’emprunts ou que les USA payent les leurs, soit + ou moins 60.000 Mds ?

    Suggestion
    La dette me semble une entité virtuelle dont le maintien officiel se paye aux organismes financiers par des intérets de l’ordre de quelques pourcents du capital emprunté. Ce maintien relèverait d’une convention entre les agents de l’économie et des finances. Cette convention admettrait tacitement que l’enjeu du prêt aux Etats n’est pas son remboursement mais son indemnisation par la perception d’intérêts.

    Paulo S. Le 26 novembre 2014 à 10:30
  •  
  • que veut dire "democrassie" quand on voit que nos pays sont porteurs de dettes abyssales, dont nous, nos enfants puis petits enfants sont et seront redevables . Faut-il laisser encore aux seuls organismes financiers la création, la santé et l’avenir de nos monnaies ? etc etc

    raison et patience Le 26 novembre 2014 à 13:37
       
    • La dette ne sera JAMAIS payée , l’austérité ne fait que la renforcer en enfonçant les pays dans la criiiiiise .
      Le capitalisme c’est la criiiise et les dettes a profusion vu que les banquiers ne vivent que de ça .
      l’éco - socialisme est la solution pour enrayer la DETTE ECOLOGIQUE que nous laissons a nos descendants , et qui est bien pire que la dette des banques .
      (montée des eaux de la mer / déplacement des populations / rarefaction de l’eau potable/ guerres )
      Et la solution pour la democratie et la justice sociale .
      réfléchissez- y .

      sissi31 Le 3 janvier 2015 à 13:18
  •  
  • Le choix de la spéculation théorique abstraite et mathématique du seul échange marchand pour proposer des théories d’évaluation et de régulation des rapports entre les hommes est un choix politique et idéologique. Cette recherche dite « Science Économique » décrit le réel phénoménal en éliminant du champ d’étude tout ce qui contredit l’hypothèse spéculative. C’est Paul Krugmann (1953-) banquesuèdisé 2008 qui dit : « Nous ne voyons pas ce que ne nous ne pouvons modéliser » Commentaire 2008 n°124. Et ce contrairement aux autres courants agitant le champ de l’économie politique.
    Dès ses prémisses, la généalogie du courant libéral puis libertarien dit aujourd’hui néo-libéralisme montre cette pratique de découpage du réel phénoménal. Blaise Pascal (1623-1662), actif entrepreneur, spéculateur, joueur en plus d’être janséniste, et sa théorie des jeux, Bernard de Mandeville (1670-1733) et sa fable des abeilles (1705) qui pose « vice privé vertu publique », Adam Smith (1723-1790) qui dans sa recherche An Inquiry into the nature and the causes of the wealth of nations(1776) valorise les sols et le temps mais oublie juste de signaler que le travail est effectué par des esclaves et leur préfère la « main invisible » introduisant une notion inconnaissable scientifiquement version laïcisée de la Providence. Mais sans doute ces esclaves font-ils partie des « avantages comparatifs » de David Ricardo(1772-1823), fait qu’avait fort bien compris Joséphine Bonaparte (1763-1814) porte parole des colons antillais, des armateurs et bourgeois nantais et bordelais esclavagistes qui obtint du premier consul la dés-abolition de l’esclavage en 1802.
    Au XIX la messe est dite : avec Jean Baptiste Say 1767-1832 qui était comme Adam Smith hésitant sur la morale, la nature est la première à être exclue « Les richesses naturelles sont inépuisables, car, sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques » Traité d’économie politique (1803).
    Avec l’abandon de la morale par la neutralisation du crime, c’est l’homme concret qui après la nature, disparaît des études. la Vraie science économique pure est définie par Leon Walras ( 1834-1910) : « Il n’y a pas davantage à tenir compte ici de la moralité ou de l’immoralité du besoin auquel répond la chose utile et qu’elle permet de satisfaire. Qu’une substance soit recherchée par un médecin pour guérir un malade ou pour un assassin pour empoisonner sa famille, c’est une question très importante à d’autres points de vue, mais tout à fait indifférente au nôtre. La substance est utile, pour nous, dans les deux cas, et peut l’être plus dans le second que dans le premier ». éléments d’économie politique pure (1874). Joseph Schumpeter (1883-1950) considère Walras comme le plus grand de tous les économistes (history of economic analysis 1954 page 827). En conséquence, Eurostat s’appuyant sur les traités européens vient d’incorporer l’économie illégale (prostitution, trafic mafieux etc) aux statistiques des PIB à partir du 1/09/2014.
    Aux XX° siècle, il reste à l’économie politique à se débarrasser du politique pour être une science et non un art. Après avoir évacué les hommes concrets (esclaves, marchands, industriels, canuts etc) et la nature puisqu’inépuisable, c’est avec Alfred Marshall (1842-1924) et son Principles of économics (1890) que le terme politique disparaît dans la terminologie économique des seuls libéraux.
    Mais à partir de 1970, ils finirent par l’emporter sur les gidiens, polyanistes, keyneysiens et autres « étatistes » marxistes. La complicité des banquiers et des gouvernants finançant les universités leur permirent d’accaparer quasiment toutes les places de professeurs d’« économie ». Ils instituèrent la « science économique » comme seule capable de décrire un monde phénoménal réduit aux strictes échanges marchands en la débarrassant du politique et en la fondant sur « l’individualisme méthodologique » qui permet d’écarter les historiens et les sociologues comme non pertinents, et de sanctifier la pratique des mathématiques comme opérateur de vérité.
    Fin des années 1960, Nixon fait face à une guerre à base de conscription universelle provoquant des troubles de plus en plus grands chez les jeunes. Cette guerre coute cher, la dette est à un zénith et Nixon la fait payer par les autres nations. Giscard et la Buba allemande le provoquent en réclamant de l’or.
    Premier coup de force, Nixon impose le change flottant réglé par les accords de la Jamaîque de 1973. Aucun économiste ni keynesien ni néolibéral (Arrow ; Hayek, Friedman) ni autres n’avaient théorisé le change flottant. Henri Guiton dans le Dalloz de 1969 le traite de « change erratique ». Paul Leroi Beaulieu dit l’étalon-or est « le système des pays civilisés » Traité d’économie politique tome 4 p. 178. Rien de rien. Pas de théorie dont sont pourtant si friands les néolibéraux : la théorie viendra après coup.
    Deuxième coup de force en 1973, la privatisation quasi totale de la création monétaire par l’interdiction que se font les États occidentaux d’emprunter à leur banque centrale. Pour ça il fallut attendre en France la mort du Général de Gaule (1890-1970) qui ne voulait pas que la politique de la France se fasse à la Corbeille (nom populaire de la Bourse de Paris). Cette opération est menée par le président Pompidou ancien de la banque Rotschild avec Giscard aux finances descendant de Loui XV par concubinage, formé à Polytechnique et par l’ENA en 1949. Rien n’indique que Friedrich Hayek ou Milton Friedman aient théorisé non plus là dessus.
    Troisième coup de force, celui là initié en 1970 par Milton Friedman : c’est la mise en place de la rémunération des dirigeants de l’entreprise par des stock option. Cette idée néolibérale a pour effet de transférer le centre de gravité de l’entreprise qui était centré sur l’organisation de la production autour du produit/métier sur le long terme (cinq ans environ), à l’organisation de la gestion pour l’actionnaire et donc à très court terme (environ six mois) pour la réalisation ultra rapide de la plus value pour l’actionnaire (fonds de pension, d’investissement, banques, hedge fonds etc). Curieusement « l’individu » de la théorie est dans le concret un investisseur bureaucratique collectif, puis maintenant carrément algorithmique.
    C’est la conjugaison de ces trois faits qui gouvernent la situation de crise permanente que nous vivons. Les néolibéraux se sont mis à théoriser le monde en fonction de cette situation politique créée dans le bloc occidental par ce triple coup de force. Leurs thèses sont bâties a posteriori pour justifier et renforcer ces choix politiques. Ils profitent à une faible partie de la population mondiale. C’est Warren Buffet qui vend la mèche en déclarant le 25 mai 2005, sur la chaîne de télévision CNN : « Il y a une guerre des classes, que ma classe a gagnée, alors qu’elle ne le devrait pas »
    C’est en tant qu’héritier de cette généalogie et de ce triple coup de force que Jean Tirole (1953- ) est récompensé par la banque de Suède qui usurpe le nom de Nobel pour son prix.
    Il est, de plus, l’élève indirect et direct de deux banquesuèdisés tous deux néolibéraux et libertariens. Kenneth Arrow (1921- ) banquesuèdisé 1972 pour son œuvre et le théorème d’impossibilité, professeur d’Eric Maskin (1950- ) banquesuèdisé 2007 pour sa théorie des mécanismes d’incitations, professeur de Jean Tirole banquesuedisé 2014 pour son « analyse du pouvoir de marché et de la régulation ».
    Le théorème d’impossibilité d’Arrow, est clairement une idéologie de disqualification de la démocratie en cela il rejoint Friedrich Hayek(1899-1992) inspirateur du Dictateur Pinochet. Il s’agit d’un détournement du paradoxe de Condorcet humaniste concepteur de « l’instruction que la société doit au peuple », homme de science, statisticien et politique de la Révolution(1743-1794) qui porte sur le système d’élection uninominale mais qu’il modère par la « méthode Condorcet ».
    La théorie des mécanisme d’incitation de Maskin essaie d’assouplir, et la théorie d’Arrow abstraite au point qu’elle ne permet pas la prévision, et la notion de « main invisible » de Smith. C’est un apport à la théorie des jeux (voir Blaise Pascal).
    L’apport de Tirole à la théorie des jeux est de tenter d’y faire rentrer un peu de psychologie de la décision et de théorie de l’information mais à la sauce mathématique. Il est un spécialiste de la « rétroduction » (science de l’explication après coup) comme le montre son interview aux échos. http://www.lesechos.fr/enjeux/les-plus-denjeux/idees/0203856833562-quand-jean-tirole-tirait-les-lecons-de-la-crise-de-2008-1053438.php

    L’individualisme méthodologique, l’hypothèse qui fonde les néolibéralismes
, suppose que :
    1) il n’existe aucune autre réalité que celle de l’individu
 ;
    2) tout ensemble social n’est rien d’autre que le résultat de l’action des individus
 ;
    3) les individus visent toujours dans leurs échanges avec les autres la maximisation de leurs gains
.
    There is no society.

    Ces présupposés théoriques rendent invisibles des pans entiers des valeurs et croyances “individuelles” en fait collectives qui fondent un choix « personnel » et que nous mettons en œuvre au grès des temps qui changent. Ainsi même si la microéconomie mathématisée voulait les prendre en compte elle serait impuissante à donner un paramètre à toutes ces valeurs et croyances pour créer des modèles
 opératoires (voir plus haut Paul Krugmann). Enfin l’équilibre comme le poids de ces valeurs et croyances est instable aucune théorisation nécessairement fixiste ne peut rendre compte sur le moyen et long terme de ce mouvement permanent
.
    C’est ce que démontre Steve Keen dans « l’imposture économique » (ed de l’atelier) et par là même en quoi M Jean Tirole microéconomiste est un micro savant.
    Cependant, la réponse qui sort du chapeau des diagnostiqueurs à la Jean Tirole, comme sa collègue à propos de la Sécurité Sociale qui fait ses préconisations (interview sur France culture samedi 18/10 à 11h ) est toujours la même : dégraisser le mammouth et privatiser. 
Elle a raison elle sera récompensée par ceux pour qui elle travaille sans peut être s’en rendre compte, qui sont les oligarques et leurs serviteurs rémunérés et/ou corrompus tant dans l’administration que dans la politique.
    La « Science Économique » amputée de son terme « politique » est une scolastique qui vise à disqualifier le politique dans la théorie, à rendre impensable la lutte des classes et à renforcer les pouvoirs et la richesse de la classe dominante.
    Le prix (880 000,00€ quand même) de la banque de Suède est un des opérateurs d’enrôlement des intellectuels pour créer l’hégémonie culturelle de la classe dominante.

    Si à propos des théories néolibérales, on vous parle de corruption (Roberto Saviano, Vincent Peillon, JF Gayraud et d’autres) et de société perverse (Dany-Robert Dufour) diriez-vous avec Say que la nature est inépuisable et avec Walras que la moralité n’entre pas en ligne de compte ?

    Gilles Rémignard Le 1er décembre 2014 à 16:15
       
    • Merci de votre intervention... "ça parle"...je la transfère.
      René

      René Le 6 décembre 2014 à 19:41
  •  
  • A plus grande échelle, le changement doit etre envisagé !

    Mais déjà, prendre conscience de la véritable situation, prendre le temps de comprendre et d’analyser les propositions politiques.

    Peu importe les étiquettes des partis, seuls les intérêts humain sont a considérer.

    Un autre monde est possible…

    youtube.com/watch ?v=2Az4kvi2RZs

    youtube.com/watch ?v=GfC7pZHVJvA

    junc Le 6 janvier 2015 à 16:15
  •  
  • L’extrême gauche désire plus de dette.
    Pourquoi ?

    1 - Parce que ce ne sont pas ses électeurs qui rembourseront, mais les "riches", plus de dette les affaiblis.

    2 - Parce que c’est la dette qui a provoqué la révolution francaise, la surtaxation qui a provoqué celle des US etc. Donc quand il y aura un exces de dette, nos bienfaiteurs rouge auront un boulevard.

    Viva Roberpierre, Saint Just et les fleuves de sang.

    Mais il y a une grande difference :

    1 - Il n’y a plus de biens du clergé à saisir, les biens sont beaucoup plus intengibles, une usine ne vaut rien sans ses bureaux d’étude, clients et les garanties bancaires

    2 - l’argent peut circuler très facilement

    3 - Ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent sont aussi les détenteurs du savoir, ce qui n’etait pas vrai lors de nos précédentes revolutions.

    un ancien communiste Le 30 juin 2015 à 23:48
  •