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Accueil > Politique | Par Laura Raim | 27 janvier 2015

La loi Macron séduit la droite autant qu’elle l’embarrasse

La loi du ministre de l’Économie a tout pour obtenir le soutien des partis de droite dont elle reprend bien des propositions majeures. En leur sein, certains parlementaires franchissent le pas, d’autres se contentent d’une opposition de façade.

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Dur d’être député UMP sous François Hollande. Jouer le rôle de l’opposition n’est pas chose aisée lorsque le gouvernement "socialiste" ne cesse de proposer des réformes plus libérales les unes que les autres… Alors que le projet de loi Macron a commencé à être débattu à l’Assemblée lundi, les parlementaires de droite ont du mal à trouver des excuses pour voter contre.

Fin de la comédie

Certains se raccrochent à des critiques sur la forme. « Ce n’est pas une loi, c’est un monstre. On mélange dans le même texte les notaires, les huissiers, les experts-comptables, les bus, les déchets nucléaires », a fustigé Henri Guaino sur Europe 1. « On ne peut pas discuter d’une loi qui touche autant de sujets, qui pourraient faire l’objet d’une dizaine de lois qu’on pourrait tranquillement discuter l’une après l’autre. » D’autres se découvrent une étonnante fibre sociale, à l’instar du député des Yvelines Jean-Frédéric Poisson, qui dénonce, dans un entretien au Figaro, « l’extension du travail dominical au mépris de la vie des salariés ».

Mais pour une partie des troupes UMP, la comédie a assez duré : bravant la consigne du chef de l’UMP Nicolas Sarkozy, plus d’une dizaine d’élus de droite ont d’ores et déjà annoncé qu’ils voteraient en faveur du projet de loi sur "la croissance et l’activité" du ministre de l’Économie.

« Un bout de chemin les uns vers les autres »

Il en fallait un pour franchir le pas en premier, c’est Hervé Mariton qui s’est dévoué. L’élu de la Drôme a fait son coming out le 15 décembre dernier. Sachons lui gré de son honnêteté intellectuelle : « Cette loi, l’UMP aurait dû la faire », déclare-t-il au Monde. Selon lui, « ce texte débloque plusieurs situations archaïques ». « Le libéral que je suis apprécie le renforcement du rôle de l’autorité de la concurrence ; un nouveau mouvement de cession des participations de l’État, avec l’ouverture du capital des aéroports de province ; la libéralisation du transport par autocars… »

Hervé Mariton a depuis été rejoint par bon nombre de parlementaires, sans doute soulagés de ne plus avoir à faire semblant. Frédéric Lefebvre confirme ainsi que « sur nombre de points, ce sont nos propres propositions ». Gilles Carrez, Olivier Carré, Thierry Mariani, Benoist Apparu et Luc Chatel ont également fait savoir qu’ils pourraient se laisser tenter. Au sénat, Gérard Longuet votera pour tandis que Roger Karoutchi hésite encore. Comme le résume Hervé Novelli dans L’Opinion, il sera difficile de « ne pas participer à lever des blocages que nous avons nous-mêmes dénoncés » (lire aussi "La loi Macron, ou comment revenir au contrat de travail du XIXe siècle").

« Voter avec la partie éclairée de la gauche »

Bien sûr, pour maintenir les apparences d’un minimum d’opposition gauche / droite, ce députés s’empressent d’ajouter un couplet sur « l’insuffisance » des réformes. Ils ont d’ailleurs déposé des centaines d’amendements pour « muscler » le texte. Mais en fin de compte, comment voter contre un texte publiquement soutenu par le directeur général délégué de BNP Paribas François Villeroy de Galhau et par l’initiateur du mouvement des "Pigeons" et associé du fonds de capital-risque Isai, Jean-David Chamboredon ? Ces derniers ont en effet signé dans le Journal du Dimanche un appel intitulé "Pourquoi il faut voter la loi Macron". Même l’éditorial de l’ultralibéral Nicolas Beytout dans L’Opinion appelle l’UMP à « à assumer de voter avec la partie éclairée de la gauche ».

Serait-ce la magie de "l’unité nationale" qui opère ? Pour François Fillon, interrogé mardi sur France Info, la loi Macron est en tout cas l’occasion pour le gouvernement « d’aller vers l’opposition » et « pour l’opposition d’aller vers le gouvernement ». L’occasion, aussi, « de faire preuve, dans une situation d’urgence, d’un peu d’intelligence pour faire ce que j’appelle un agenda national, c’est-à-dire un programme économique qui dépasse les partis politiques ». On aurait tort de le croire. Il n’y a pas d’union entre la gauche et la droite autour de la Loi Macron. Il y a juste l’unité de toutes les forces de la droite, qu’elles soient issues de l’UMP, de l’UDI ou du PS. Les écologistes, le Front de gauche et les frondeurs de l’aile gauche du PS ne s’y trompent pas, et sont bien décidés à s’abstenir ou à voter contre le texte. Et qu’on ne vienne pas invoquer "l’esprit du 11 janvier". Comme dit le frondeur Pouria Amirshahi, « on ne peut pas réclamer la liberté d’expression et refuser le débat ici ».

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Vos réactions

  • Le vote sera comme la loi elle même un fourre-tout anti-social. Mais ce n’est pas cela l’important, c’est même logique vu la composition et les coutumes et sensibilités de nos actuels députés.

    Députés, malheureusement image de notre nation.

    Il nous faut amener les gens a créer des scoop pour se détacher, couper le cordon ombilical aux habitudes qui règnent et ne pas attendre qu’on nous offre l’émancipation.

    La Renaudie Le 28 janvier 2015 à 09:01
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