Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 2 décembre 2014

La maison vide de Solférino

De l’aveu même de son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, le Parti socialiste ne compte plus que 60.000 adhérents à jour de cotisations. Où sont passés les autres ? Trois hypothèses : deux pour rire, une pour pleurer.

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On en conviendra, pour un parti qui dirige presque seul le pays, 60.000 adhérents cela ne fait pas beaucoup. Bien sûr, on ne néglige pas l’apport du puissant PRG et de ses 10.000 adhérents revendiqués, mais tout de même. Une telle situation méritait une enquête approfondie pour confronter les différentes hypothèses en présence.

Zèle, ruse ou désertion ?

La première possibilité pourrait être l’enthousiasme des militants socialistes. Convaincus, galvanisés même, par la politique de Valls et Hollande, ils ont décidé d’appliquer à leur propre parti la cure d’austérité que le tandem de l’exécutif fait subir à la France. Ainsi l’adhérent socialiste a entrepris de réduire la dépense publique que représente la rue de Solférino. Un succès incontestable à mettre au crédit du socialisme modernisé et pragmatique. Ou alors, tel Macron devançant les requêtes du Medef, fasciné et complètement acquis à la politique de l’offre, le militant socialiste a peut-être décidé de devancer le projet de rapprochement avec le centre du premier ministre en rejoignant directement l’UDI. Après une longue enquête, qui doit beaucoup au journalisme d’investigation, cette hypothèse séduisante doit cependant être écartée.

Deuxième possibilité, Jean-Christophe Cambadélis ment. Jouant d’une faiblesse supposée de son parti, pour mieux préparer de futures victoires éclatantes, le rusé premier secrétaire endormirait ses adversaires. Habile, l’homme est madré mais cela ne peut pas prendre. Car enfin, un parti qui a encore 30.000 élus, qui dirige 21 des 22 régions, 60 des 101 départements et qui dispose d’un groupe de 300 députés ne peut avoir simplement 60.000 adhérents à jour de cotisations. C’est absurde, presque ridicule. Cela placerait le Parti socialiste dans une position tellement grotesque, ses politiques seraient tellement illégitimes que vraiment "Camba" en a trop fait. Pourtant, à la réflexion, avec 13% d’opinion favorable pour le chef de l’État, avec des déroutes historiques à chaque sortie électorale, et si c’était vrai malgré tout ?

Reste enfin, ultime hypothèse, que les militants socialistes désertent bel et bien en masse leur parti parce qu’ils sont en désaccord. De bonne foi, quoique sans doute naïvement, ils avaient surtout retenu cette petite phrase du discours du Bourget : « Mon véritable adversaire, c’est la finance », occultant les déclarations à la City de Londres quelques jours plus tard « I’m not dangerous » (prononcer « Aie menotte dangerouss »). Ils ne voulaient pas simplement battre Sarkozy, il voulait aussi changer de politique. Ils sont venus, ils ont vu, ils s’enfuient.

Ne restent que ceux qui ne paient pas la crise

Évidemment, on ne dispose pas de la sociologie des mauvais payeurs, il est toutefois possible de conjecturer un peu. Ils sont plus à gauche que la moyenne du parti et ne voient pas pourquoi c’est la politique de celui qui a fait 5,63% à la primaire socialiste qui s’applique. Ils militent plus sur les marchés que dans les couloirs de l’Assemblée nationale et sont lassés de se voir insulter. Leur rémunération est très inférieure à 13.744 euros bruts mensuels (moyenne d’un conseiller du cabinet de Fleur Pellerin au ministère de la Culture) et ils ont la nausée quand Emmanuel Macron déclare qu’il y a « Trop de hausses de salaires en France » (pour les sceptiques, c’est ici).

Sans être des contractuels de l’Éducation nationale payés en bons alimentaires (si, si, c’est là), ils redoutent le chômage s’ils travaillent dans le privé ou ont appris que le blocage du point d’indice à l’œuvre depuis 2010 se poursuivrait jusqu’en 2017 s’il sont fonctionnaires (soit un septennat sans augmentation). Bref, tout concourt pour que ne restent que ceux qui ne paient pas la crise, c’est-à-dire pas grand monde.

Tout cela souligne aussi, les rêveries éveillées d’une certaine gauche du PS quant à l’issue du prochain congrès. Dans ce qui est sans doute une nouvelle manifestation de la magie de Noël, certains imaginent pouvoir infléchir la politique gouvernementale. Les faits sont pourtant têtus, et il ne fait pas de doute que le Parti socialiste né à Epinay en 1971 est mort. Cela ne signifie pas nécessairement que le socialisme français n’a aucun avenir, même si cela reste à démontrer. Si d’une manière ou d’une autre, il subsistera un espace pour une gauche d’accompagnement au système, cette aventure s’écrira désormais en dehors du PS.

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  • ancien vieux militant (1973 à 1988), je m’étais laissé tenter par une réadhésion lors des primaires ouvertes ; mal m’en a pris car je n’ai même pas été contacté par la section locale. Il a fallu que ce soit moi qui bouge et , vu l’enthousiasme des locaux, j’ai laissé tomber ; j’ai constaté un manque de dynamisme et de volonté d’ouverture : restons entre amis ; cette situation ne m’a pas empêché de voter pour le PS tant à la présidentielle qu’aux élections suivantes. Mais je crois que c’est terminé ; la politique menée par le gouvernement ne me convient absolument pas et ne se justifie pas même si les clignotants économiques sont au rouge. F Hollande a menti et sa revendication de social démocrate a été tardive ; je ne suis pas sur qu’il aurait été élu s’il avait annoncé sa couleur ;
    en 1981, Henri Emmanuelli m’avait précisé que les propositions électorales servaient à se faire élire mais ne pouvaient toutes être respectées. Cependant à l’époque, les politiques ne faisaient pas carrière et tentaient, pour la plupart de respecter leurs engagements ; Les temps ont bien changé et je ne supporte plus les liens sociaux ou amicaux qui les lient entre eux (référence à la promo Voltaire entre autre).
    Je tiens cependant à féliciter ceux qui restent pour leur abnégation.
    Vivement un PS entièrement renouvelé, sans plan de carrière et nettoyé de tous les élus condamnés, respectueux de ses engagements envers les citoyens
    Un simple rappel à nos dirigeants, du plus petit au plus grand : les élus sont au service des citoyens et non pas l’inverse

    Philippe Raynaud Le 2 décembre 2014 à 18:10
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  • Je ne partage pas le dernier paragraphe. Je resterai jusqu’au bout parce que je ne vois pas pourquoi nous devrions abandonner sans combattre ce qui est le parti historique du prolétariat en France aux mains des blaireaux blairiste, pour le reste c’est bien vu.

    Christian Gourdet (Démocratie & Socialisme) Le 3 décembre 2014 à 12:22
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  • Texte très drôle. Invité par une élue PS de mon arrondissement pour assister au meeting Vive la gauche samedi dernier, je m’y suis rendu par curiosité. J’y rencontre une ancienne collègue et amie. Responsable de la section PS d’un arrondissement parisien, elle m’apprend que de 200 adhérents, ils ne sont plus que 20 et que ce sont les plus médiocres qui sont restés. Pendant ces deux heures de discours, je n’ai pas compris où voulait aller la "gauche" du PS. L’élue m’a proposé d’adhérer au PS.
    J’ai décliné poliment parce que mon histoire militante ne me porte pas à rejoindre le PS. Mais je dois confesser qu’en ce moment, il faut beaucoup d’audace pour inviter des sympathisants de gauche à rejoindre le PS.

    Thomas LANCELOT Le 9 décembre 2014 à 18:08
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