photo Louis Camelin
Accueil > Résistances | Par Loïc Le Clerc | 28 avril 2016

La Nuit debout est-elle passée à l’action ?

Si le mouvement s’est rapidement organisé en commissions, et si ses AG témoignent de l’intensité des débats, la Nuit debout arrive-t-elle à dépasser l’occupation dans l’action ? Faisons le tour de la place de la République pour voir ce qu’il s’y est décidé.

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À l’épicentre de la Nuit debout, à Paris, les commissions sont réparties en deux catégories : les commissions structurelles, qui s’occupent de "l’organisation quotidienne de la place" et les commissions thématiques, qui développent des points plus précis de débat et de réflexion. Celles de la première catégorie témoignent de l’envie de nombreux "nuitdeboutistes" d’accorder une priorité à l’action, craignant qu’une overdose de débats et de "votes pour savoir si on va voter" ne finisse par nuire au mouvement (lire aussi "Nuit debout : comment dépasser l’expérience citoyenne dans un projet politique ?").

Chantier stratégique, le travail sur l’élaboration d’une constituante avance par exemple doucement, la commission Constitution ne se réunissant que le samedi de 13h à 18h30. Elle a toutefois mis en place des "cahiers de doléances et d’exigences" que chacun est appelé à alimenter. En attendant de voir émerger des propositions politiques consistantes, plusieurs démarches ont été mises en œuvre. Ancrées sur la place elle-même et souvent de nature symbolique, elles visent à porter des messages au-delà du lieu.

Commission action : faire irruption

Loubna est affirmative : « Au bout d’un moment, il faut aussi agir parallèlement au débat ». Membre de cette commission depuis trois semaines, elle nous raconte : « Au sein de la commission action, il y a beaucoup de divergences depuis le début entre ceux qui prônent des actions non-violentes, symboliques, et ceux qui ont envie d’exprimer leur colère avec des actions violentes. L’une des seules limites qu’on s’est donnée : pas de violence physique et morale ». Depuis une semaine, la commission Action s’est rattachée aux commissions Convergence des luttes et Grève générale, sous le nom de Lutte debout, histoire d’additionner les forces.

Voici le genre d’actions menées depuis le début : « Dans le métro, on fait des criées, des mini-sketchs où on se fait passer pour Gattaz, pour sensibiliser les gens qui ne sont pas forcément au courant de tout ce qu’il se passe. On a fait une parodie de manifestation de droite, avec des pancartes "J’en ai marre des sans-dents". On a infiltré le public de On n’est pas couché en se présentant comme un groupe d’entrepreneurs, on était une quarantaine. Il y avait Gattaz et Ruffin. Dans le même style, on est allé au Medef, à une conférence de Macron au gala des étudiants de Sciences Po ou à une conférence de Philippot dans une école de commerce. Ces derniers jours, on s’est rattaché à d’autres organisations, comme ANV-Cop21, Amis de la Terre, etc., pour perturber le Sommet international du pétrole ». Il s’agit en quelque sorte de "faire irruption" :

« Ces débats sont très orientés et on entend toujours les mêmes dirent les mêmes choses. L’idée, ce n’est pas de bloquer un débat, mais de le perturber, de montrer qu’on est présent et que ce débat ne se passera pas sans nous ».

Au-delà d’un 1er mai espéré aux côtés des syndicats (voir plus bas), un rendez-vous important est fixé au 3 mai, jour où les débats sur la loi travail commenceront à l’Assemblée nationale. Loubna nous explique qu’il s’agit d’y venir nombreux – l’heure de l’action sera donnée à la dernière minute – pour un « sitting à visage découvert ». Elle précise :

« On ne va pas bloquer l’Assemblée, mais montrer que le peuple est là, dehors, là où le débat devrait avoir lieu. Les députés qui voudront rentrer devront littéralement nous passer sur le corps, chose qu’ils font déjà métaphoriquement. »

À ceux qui ne peuvent pas se rendre sur place, il est demandé de « saturer les lignes téléphoniques d’appels, les boites e-mail, etc., pour bloquer toutes les communications de l’Assemblée ».

Commission antipub : pirater l’espace

Comme l’explique Sacha, « Cette commission a pour but de lutter contre le matraquage publicitaire dans les rues ». Ses membres ont ainsi retiré des affiches autour des JCDecaux de République pour les parodier et les remettre en place. Samedi dernier, ils en ont remplacé près d’une centaine. « Pour vous dire, soixante pubs, c’est de République à Nation », souligne Sacha, ajoutant que « le but, ce n’est pas d’abolir la pub, mais de repenser les formats ».

Commission internationale : globaliser le mouvement

La Nuit debout a rapidement reçu un écho international, avec quelques répliques dans les villes européennes. Yaelle explique la prochaine étape :

« L’objectif est d’organiser une journée internationale "Global Debout" pour l’anniversaire du 15M (mouvement des Indignés en Espagne, né le 15 mai), et que plusieurs villes dans le monde occupent des places ».

Afin de préparer le rendez-vous, ils ont l’ambition de réunir, les 7 et 8 mai à République, des « internationaux pour débattre, mais aussi échanger des techniques, des outils d’occupation de places ». Yaelle ne peut pas encore en dire plus, mais il y aura des Espagnols, des Italiens et des Allemands. Elle espère que cela va permettre à Paris de s’ouvrir vers l’extérieur.

Avocats debout : s’opposer à la précarité juridique

Selon Dominique Tricaud, un des initiateurs d’Avocats debout : « Le droit est toujours un instrument contre le mouvement social, notre pari, c’est qu’il soit un outil de la lutte sociale ». Pour y remédier, ils proposent des consultations gratuites et anonymes, où les questions sur les interpellations, le droit de manifester, les gardes à vue, l’état d’urgence, etc., sont nombreuses. Dominique se dit même effaré des « tas de jeunes dans un état de précarité juridique ». Et les Avocats debout préparent un gros coup :

« Assigner François Hollande devant le tribunal de grande instance pour violation de promesses électorales, demandant au juge de la condamner à les réaliser sous astreinte. Ou encore : sommation interpellative à Manuel Valls de venir se justifier auprès de l’AG avec un huissier qui attend sa réponse ».

Tout ceci n’est qu’un échantillon des initiatives de Nuit debout : on pourrait aussi parler des actions de soutien aux cheminots pour bloquer la gare Saint-Lazare, des occupations de théâtre – Odéon et la Comédie française (ainsi que plusieurs théâtres à Strasbourg, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Caen), etc. Les actions et les appels à y participer sont listés sur le site du mouvement.

Ce mercredi, les syndicats étaient attendus place de la République pour discuter d’un défilé commun le 1er mai assorti d’un meeting sur les lieux (tel qu’évoqué à "L’Étape d’après" le 20 avril) et d’un appel à la grève reconductible. De quoi, en théorie, élargir le rayon d’action(s) de la Nuit debout.

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Vos réactions

  • "le but, ce n’est pas d’abolir la pub"

    en fait les Nuit Debout, c’est des soc-dem.
    les bras m’en tombent :-(

    fred Le 29 avril à 12:17
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  • Fred, si tu peux, vas-y pour échanger et tu verras : Nuit Debout, c’est l’inverse des soc-dem, c’est la recherche d’alternatives aux politiciens professionnels de la gauche radis(cale).

    On ne nait pas anticapitaliste, et même pas anti-pub. On le devient grâce aux actions qui obligent à réfléchir et aller à la racine du désastre en cours.

    Et de ce point de vue, les Nuits Debout sont un lieu sans pareil, d’échange de connaissances et d’analyse. De là, nait la lucidité.

    Un article bref ne peut qu’en rendre compte partiellement. A suivre ici tous les jours : Toutes et Tous Debout
    http://wp.me/p5oNrG-mi3

    Louis Le 29 avril à 17:57
       
    • Nuit Debout .... une vaste fumisterie , j y suis allé un soir .. J aurai du m’abstenir .

      Entre les alcolo et les fumeur de sh.... qui te solicite H24 pour de largent cigarette et j en passe... rien de concret !

      Impossible de discuter avec qui que ce soit sur aucun sujet . Tout le monde et dans son petit mental de revolutionnaire a 2 francs

      D ailleur c est pour ca que ca tient encore "debout" ..

      En gros rien de nouveau sous le soleil

      Aldo Le 30 avril à 13:22
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  • Oui, la pub est bien un des moteurs de la consommation, en réduisant les citoyens à des tubes digestifs, justifiant la politique de l’offre défendue par Hollande et le PS....Donc il faut effectivement expliquer à ces "nuitdeboutistes" à quoi on nous réduit...

    morelle noire Le 30 avril à 13:02
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  • Oui enfin je pense que les usagers sont heureux d’avoir des abris bus... et pour une fois ce sont les capitalistes qui les paye alors les supprimer cela signifie que c’est au contribuable de les payer par des impôts encore faut il savoir ce qu’est un impôt...

    Mardesmottes Le 1er mai à 00:14
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  • "Oui enfin je pense que les usagers sont heureux d’avoir des journaux... et pour une fois ce sont les capitalistes qui les paye alors les supprimer cela signifie que c’est au contribuable de les payer par des impôts encore faut il savoir ce qu’est un impôt..."

    l’argent de la pub permet même à des journaux de vivre ! effarant non... le pb c’est la pub qu’il faut se coltiner dedans !! :)

    non, ce modèle économique ne peut plus durer.

    fred Le 1er mai à 16:40
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