Accueil > Résistances | Entretien par Benoît Borrits | 20 février 2015

La papeterie de Docelles veut vivre !

Mercredi, les salariés de la papeterie de Docelles dans les Vosges se rendront à Levallois-Perret au siège d’UPM, la multinationale finlandaise qui refuse de céder l’usine aux salariés et préfère l’abandonner. Entretien avec Nicolas Prévot, délégué CFE-CGC.

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En janvier 2013, le groupe finlandais UPM décide brusquement de vendre l’usine de Docelles, la plus vieille papeterie de France située dans les Vosges. Quelques mois plus tard, après avoir refusé l’offre d’un repreneur, UPM annonce sa décision de fermer le site, provoquant la disparition de cent-soixante emplois directs (lire aussi "Papeterie de Docelles : le capital contre la SCOP et les emplois").

Prenant leur destin en main, certains salariés décident de monter un projet de reprise sous forme de SCOP (Société coopérative et participative). Ce projet se concentrait entre autre sur la fabrication de papiers d’emballage alimentaire et de papiers spéciaux destinés à la digigraphie, marchés qu’UPM avait choisi de ne pas aborder. L’Union régionale des SCOP comprend vite l’intérêt du projet. La BPI, le cabinet du préfet ainsi que des établissements bancaires se mettent autour de la table pour étudier le financement. Le projet est bouclé fin février 2014, un délai record. Quatre-vingt cinq salariés sont prêts à participer à celui-ci, conjointement à une nouvelle équipe commerciale internationale maîtrisant ces nouveaux marchés, et pour compléter les compétences manquantes au total trente personnes devaient être recrutées. Il était prévu qu’en deux ans, les effectifs remontraient à cent-soixante salariés.

Alors qu’UPM avait indiqué que, faute de repreneurs, il laisserait l’usine aux salariés pour un euro symbolique, le groupe fait volte-face et exige une offre chiffrée. Les salariés réétudient leur capacité de financement et offrent trois millions d’euros à UPM. 5 mars 2014 : coup de théâtre. UPM refuse et indique qu’il en attend dix à douze millions et ce, alors qu’il n’a aucun repreneur en vue. Somme impossible à réunir par les salariés.

Ceux-ci ont décidé d’attaquer UPM au tribunal de commerce et aux prud’hommes pour non-respect des engagements. Ils ont été déboutés de leur demande dans les deux instances. Interview de Nicolas Prévot, délégué CFE-CGC de l’entreprise et un des porteurs du projet SCOP.

Regards. Quelle est la situation du projet après le jugement prud’homal du 16 février 2015 ?

Nicolas Prévot. Suivant les plaidoiries de l’avocat d’UPM, le tribunal des prud’hommes s’est déclaré incompétent pour juger notre demande de cession des actifs de la papeterie de Docelles, bien que celle-ci fasse partie des engagements du PSE. Cette prise de position des avocats d’UPM est d’autant plus scandaleuse qu’ils avaient plaidé exactement le contraire en juillet 2014 au tribunal de commerce, à savoir que ce conflit relevait des prud’hommes et qu’ils avaient alors eu gain de cause : le tribunal de commerce retenant la connexité avec notre plainte aux prud’hommes s’était dessaisie du dossier.

Quel but poursuit ainsi UPM ?

Sa stratégie est de gagner du temps et de décourager tout espoir de reprise de l’usine. Néanmoins, notre avocat reste optimiste sur l’issue d’autant qu’un jugement au Tribunal de commerce est souvent plus rapide qu’aux prud’hommes. Nous demanderons des dédommagements pour retard d’ouverture de l’entreprise depuis mars 2014. Un point essentiel a d’ailleurs été obtenu en référé au tribunal des prud’hommes le 8 janvier 2015 exigeant de la part d’UPM le maintien sur place et en état de marche des outils de production. Ne voyant depuis longtemps plus personne dans l’usine, nous avons cependant des doutes sur l’exécution par UPM de ce jugement.

Vous avez décidé de vous rendre le mercredi 25 février à 11 heures au siège d’UPM France pour vous acquitter des 1.500 euros auxquels vous avez été condamnés. À quel titre avez-vous été condamnés et pourquoi en faire un événement public ?

Ayant été déboutés au tribunal de commerce en septembre 2014, nous avons été condamnés à payer cette somme au titre des frais de procédure. Nous avons décidé de régler parce que nous respectons les décisions de justice. Nous voulons montrer que nous sommes des travailleurs honnêtes. Pierre Gattaz disait qu’il faut favoriser les initiatives de création d’emplois. C’est justement ce que nous faisons. Nous voulons créer des emplois et UPM a les moyens de le faire. Il faut donc le contraindre. En faisant de notre visite au siège un événement public, nous voulons faire parler de nous. Nous voulons montrer notre droiture et appelons tous ceux qui nous soutiennent dans notre combat à venir nous rejoindre mercredi 25 février à 11 heures au siège d’UPM France, 134 rue Danton à Levallois-Perret (92300), métro Anatole France ou Pont de Levallois-Bécon.

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