photo cc Jean-Louis Zimmermann
Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 31 mars 2015

Languedoc-Roussillon : derrière l’apparent succès de la gauche, les raisons de s’inquiéter

La gauche pourrait réaliser le grand chelem des présidences de département en Languedoc-Roussillon. Mais la situation masque la forte progression du FN, sur fond de pauvreté et d’inégalités croissantes.

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À l’issue des élections départementales, la région Languedoc-Roussillon apparaît comme un véritable bastion de la gauche. Qu’on en juge : celle-ci est en mesure de conserver les quatre présidences qu’elle détenait dans l’Aude, le Gard, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales, et pourrait même emporter la Lozère qui n’a jamais été à gauche de son histoire. L’étude attentive des résultats laisse pourtant apparaître une tout autre situation.

Un FN enraciné et omniprésent au second tour

Dans les départements de l’arc méditerranéen où il est enraciné de longue date, le Front national obtient d’excellents résultats. Seule la Lozère, département le moins peuplé de France (72.000 habitants) déroge à ce triste constat. Le tableau ci-dessous récapitule les scores du FN au premier tour des élections départementales ainsi que le nombre d’élus obtenus à l’issue du second tour.

Avec dix conseillers départementaux, le nombre d’élus demeure modeste. Les six élus de l’Hérault proviennent des trois cantons de Béziers dans des duels où les candidats frontistes ont obtenu 54,60%, 54,14% et même 59,18%. Les quatre élus du Gard viennent du canton de Beaucaire (55,10%) une mairie conquise elle-aussi en mars 2014 et dans le canton de Vauvert au sud de Nîmes, là encore dans un duel avec 51,44%. À l’exception de la Lozère où le parti d’extrême droite n’a pu se maintenir dans aucun des onze cantons encore à pourvoir, le FN a été presque partout présent au second tour des élections départementales. Villes ou communes rurales, zones littorales ou semi-montagneuses à l’intérieur des terres : partout le parti de Marine Le Pen a su capter un électorat nombreux.

Avec des candidats dans 83,87% des cantons au second tour le FN a montré la puissance de son emprise sur la région. Ce chiffre atteint même 95,12% si on ne tient pas compte de la Lozère.

Une droite à la peine

En Languedoc-Roussillon, l’essentiel des grandes villes est dirigé par un membre de la droite parlementaire. C’est le cas de Carcassonne, Narbonne, Nîmes, Alès et Perpignan. Dans cette dernière ville, la gauche est même totalement absente du conseil municipal car elle s’est retirée au second tour pour faire barrage à la liste FN emmenée par Louis Aliot. La situation est un peu différente dans l’Hérault. Si Sète est bien dirigée par la droite, Montpellier a gardé un maire de gauche aux dernières municipales et Béziers a basculé à l’extrême droite. Aux départementales, la droite est bien apparue en difficulté sur l’ensemble de la région.

La faible participation a mécaniquement restreint le nombre de triangulaires possibles. Hors Lozère, il y avait 82 cantons à pourvoir qui ont donné lieu à 19 triangulaires et 63 duels. Sur ces 63 duels, seuls quatre ont opposé la gauche à la droite. Dans les 59 autres cas, le FN était présent, soit contre un binôme de gauche dans 39 cantons, soit contre un binôme de droite dans 20 cantons. Le tableau ci-dessus indique la répartition de ces configurations par département.

Dans l’Aude et l’Hérault, la situation est désormais extrêmement délicate pour la droite qui n’obtient que 16,45% et 23,91% (total de l’ensemble des candidatures de droite). Déjà faible dans ces départements, elle apparaît littéralement cannibalisée par la poussée frontiste. Avec un seul canton emporté, il n’y a plus que deux conseillers départementaux pour 36 représentants de la gauche dans l’Aude. La situation ne semble équilibrée dans le Gard qu’en apparence, avec 25,69%, la droite est désormais très affaiblie notamment le long du Rhône. Les Pyrénées-Orientales laissent apparaître une situation plus contrastée avec une répartition en voix en trois blocs de tailles comparables.

Et maintenant ?

Les résultats du 29 mars sont donc extrêmement trompeurs. Pour les six années à venir, la gauche va probablement diriger les cinq départements de la région (il y a encore un petit doute pour la Lozère), un grand chelem. Mais un résultat en trompe-l’œil, car la situation est en réalité extrêmement dégradée. Pour la droite, sa survie même est engagée et, pour ses secteurs les plus radicalisés, la tentation d’une alliance avec le Front national est réelle. Surtout, le Languedoc-Roussillon concentre beaucoup de handicaps qui ne peuvent qu’inquiéter sur les évolutions futures.

Selon une étude de l’Insee de décembre 2014, « En Languedoc-Roussillon, 508.000 personnes vivent en 2011 dans un ménage dont les ressources après redistribution sont inférieures au seuil de pauvreté. Avec près de 20% de la population considérée comme pauvre, contre 14% au niveau national, la région est ainsi l’une des plus concernées par la pauvreté en France métropolitaine. Les taux de pauvreté des départements languedociens, de 16% en Lozère à 21% dans l’Aude, sont tous supérieurs à la moyenne nationale. »

À la pauvreté s’ajoutent de très fortes inégalités. Le ratio entre les 10% les plus pauvres et le neuvième décile (celui au-dessous duquel se situent 90% des revenus) et de 7,2 contre 5,6 pour la France. Le rapport ajoute aussi que « la crise a intensifié les inégalités. Le plafond de revenus en dessous duquel se situent les 10% de ménages les plus modestes a reculé de 4,4% sur la même période, alors que les plus hauts revenus ont continué à progresser, avec une hausse de 1% du seuil de revenu des 10% de ménages les plus aisés. »

Dit autrement : une nouvelle aggravation de la situation ne peut que générer un cataclysme politique.

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Vos réactions

  • Étonnant de lire que Saurel maire de Montpellier est un maire de gauche. Guillaume Liegard n’a pas bien suivi la campagne des municipales à Montpellier.

    Martine Le 31 mars 2015 à 18:18
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  • regards un journal du ps

    gregory Le 1er avril 2015 à 07:55
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  • Je maintiens que Saurel est un divers gauche avec toute l’ambiguïté du mot gauche aujourd’hui.

    Pour répondre à Dominique Filippi, on peut effectivement partir d’une définition en creux qui est que pour le commun des mortels être de gauche, c’est ne pas être de droite. C’est donc qu’être de droite a un sens. Peut-on ranger le PS dans cette dernière catégorie ? Incontestablement la politique qu’il mène est de droite, pourtant l’électorat de gauche (celui qui se déplace encore il est vrai) à commencer par celui du FdG se reporte sur lui et massivement à ces élections. C’est une contradiction. Je ne crois pas qu’on règle la question par la césure peuple/oligarchie.

    Peut-être faut-il distinguer Gauche et Mouvement ouvrier. Ces deux termes ne se sont en réalité recouvrés que dans une période allant de 1945 à disons 2002 (s’il faut une date). Mais sous la troisième république il en allait autrement : la gauche c’était la SFIO, le PCF ... et les radicaux. Ces derniers étaient certes à gauche (la République etc...) mais certainement pas du côté du mouvement ouvrier mais bien de la bourgeoisie.

    Guillaume Liégard Le 1er avril 2015 à 12:08
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