Accueil > Culture | Par Clémentine Autain | 20 octobre 2015

Le cirque Romanès, non grata dans le gotha

Réinstallé dans le très bourgeois XVIe arrondissement de Paris, le célèbre cirque tsigane y subit vandalisme, vols et harcèlements. Les soutiens se multiplient pour défendre la famille Romanès contre le racisme et le mépris de classe local.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est un cirque professionnel, joyeux, émouvant. Depuis vingt ans, la famille Romanès danse et jongle aux sons d’une musique tsigane, faite d’accordéons, de violons, de guitares. Sans animaux – hormis quelques chats –, tout en corps et en chant, le cirque Romanès est un spectacle populaire, d’une beauté non standardisée. Son chapiteau rouge a le charme des lieux qui ont vécu. Beignets et vin chaud vous accueillent à l’entrée. Depuis deux décennies donc, ce cirque tsigane unique en Europe se produit avec succès. Et le voici aujourd’hui atteint par l’air brun du temps.

Le cirque avait connu la place Clichy puis la porte de Champerret. Au mois de juin dernier, le famille Romanès a du s’installer porte Maillot, dans le très chic XVIe arrondissement, square Parodi. À première vue, l’endroit paraît adapté : à la sortie du métro, en bordure de périphérique, une parcelle de terrain semble s’offrir naturellement au chapiteau et à leurs caravanes. Mais la greffe sociale et culturelle ne prend pas : elle vire au cauchemar.

Vandalisme, vols, harcèlement

C’est que les ghettos de riches, ça veut dire quelque chose. Et la haine raciste, ce ne sont pas que des mots. Depuis deux mois, la famille Romanès est confrontée à des actes de vandalisme : instruments, photos et costumes volés, portes défoncées, box Internet brûlée, canalisation d’eau percée… Les soupçons des Romanès se portent vers de jeunes personnes aux crânes rasés, qui prétendent recevoir quelques billets en échange du saccage du cirque. La violence est aussi verbale, et franchement menaçante.

Dans le même temps, des associations de riverains demandent le départ du cirque, prétextant « une rénovation paysagère du petit jardin ». Le maire UMP du XVIe arrondissement, Claude Goasguen, soutient leur exigence. Dans les réunions de quartier, les fantasmes xénophobes sur les tsiganes et les Roms vont bon train. Les prétendus "voleurs de poule" sont montrés du doigt. Le monde se met ainsi tranquillement à l’envers : les tsiganes sont maltraités et pillés, mais ce sont eux les voleurs.

Avec le soutien du public

Le niveau des attaques, qui se produisent maintenant environ tous les deux jours, menace l’activité professionnelle des Romanès. La violence symbolique qu’ils subissent rappelle de sombres heures de l’histoire. Elle se traduit par une agression matérielle des plus concrètes, nuisant à la possibilité même de conduire les représentations dans de bonnes conditions. Samedi dernier, c’est la machine à produire de la neige artificielle qui a disparu.

En tsigane, la police, c’est littéralement le diable. Les Romanès refusent de porter plainte. Ils comptent sur le soutien de leur public, de la mairie de Paris, de personnalités sensibles à leur sort. Ces dernières sont nombreuses puisque huit mille personnes ont signé une pétition pour soutenir le cirque. Cette mobilisation suffira-t-elle à sauver le cirque Romanès ? Il faut le souhaiter avec force. Et ne rien lâcher du combat plus global contre le mépris de classe et les racismes qui s’affirment dans notre pays.

Cirque Romanès, square Parodi, boulevard de l’Amiral-Bruix à Paris XVIe. Métro Porte-Maillot. Réservations au 01 40 09 24 20. Tarifs : 10, 15 et 20 euros.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Sur le même thème

Vos réactions