photo cc Rémi Mathis
Accueil > Société | Par Jérôme Latta | 7 janvier 2016

Un an après, l’esprit perdu de janvier

La réponse sécuritaire, autoritaire et identitaire aux attentats de Paris en 2015 a consacré le reniement des valeurs que la France était censée opposer aux terroristes. La commémoration de ce 7 janvier n’en est que plus amère.

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365 jours après un 7 janvier qui lançait la sinistre année 2015, l’heure n’est pas seulement aux commémorations, mais aussi aux bilans – et ceux-ci ne sont pas moins sinistres. Il semble que tout ait été fait pour que, comme les balles des terroristes, leurs commanditaires atteignent et même dépassent leurs objectifs.

L’émotion réduite à la peur

On a pu penser, au lendemain du 11 janvier, que "l’esprit" de ce dimanche aller inspirer une réponse à la hauteur des événements, que serait traduit le message des appels à la paix, à la tolérance et à la fraternité, des slogans spontanés, des dessins, des unes des journaux, de la flamme des bougies, des hashtags des réseaux sociaux, des citations et des déclarations vibrantes, des témoignages de solidarité… Mais l’émotion ne se convertit pas spontanément en action politique ou en mouvement citoyen. Et si elle est volatile, son instrumentalisation est en revanche plus durable, et son évaporation facile dans la confusion générale.

En définitive, l’exploitation de la peur – celle-là justement que nous ne devions "même pas" avoir – l’a emporté. Ce que l’année écoulée mesure, c’est bien l’ampleur du démenti, dans les politiques menées, des valeurs ainsi invoquées. C’est en effet la voie exactement opposée de celle à laquelle invitait le premier ministre norvégien Jens Stoltenberg dans son fameux discours après le massacre d’Utoya – « Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance » – qui a été prise. La liberté attaquée n’a plus compté beaucoup de défenseurs.

La politique du pire

L’union nationale s’est vite rétractée sur un plus petit dénominateur xénophobe, guerrier, policier et autoritaire. Instruits par l’après-janvier et notamment l’adoption de la loi sur le renseignement et la généralisation de la surveillance de masse, on ne pouvait déjà plus, en novembre, être dupes de ce qui s’annonçait : l’accélération de la politique du pire et, après l’état de choc, l’état d’urgence, l’état de guerre, l’État de surveillance et l’État policier. Voilà constitutionnalisées la dérive sécuritaire et la réduction des libertés, et escamotés l’échec de la lutte contre le terrorisme, les errements de la politique étrangère française et les dégâts de la politique économique. Qu’importe, en effet, l’efficacité chimérique des mesures prises, ce qui est recherché est leur (très délétère) rentabilité auprès de "l’opinion".

Embarqué par un douteux calcul politique dans une course à la droitisation, l’exécutif ne cesse de légitimer les thèses et le programme du Front national et de désavouer ses valeurs proclamées. De la déchéance de la nationalité à l’extension des pouvoirs policiers tout juste révélée, ses incessants reniements font le lit des succès électoraux du FN. Tout comme ils font le bonheur de l’organisation de l’État islamique en renforçant, par la stigmatisation des minorités, ses capacités de recrutement sur notre territoire, et en pérennisant à l’extérieur une guerre dont elle a fait son terreau.

Sans résistance

La France renonce ainsi à donner la moindre consistance aux trois termes malmenés de sa devise républicaine, pour s’enfermer dans une Nation vidée de sa substance et crispée sur des symboles en déshérence – le drapeau qu’il faut afficher, la Marseillaise qu’il faut chanter, la nationalité dont il faut être digne. Et, toujours, la question sociale est occultée ou disqualifiée, la quête de justice et d’égalité abandonnée au profit de l’apologie de la sécurité et du conflit des identités.

Enfin, face à cette dérive massive, à cette dévastatrice stratégie du choc, la gauche radicale a une nouvelle fois constaté son impuissance, quand ses élus n’ont pas eux-mêmes capitulé dans les assemblées. Non pas que la pensée critique n’ait pas su opposer des discours et des analyses – les innombrables textes de qualité publiés attestent le contraire. Mais elle reste à peu près inaudible en dehors de ses cercles, et aucun mouvement ou organisation n’est en mesure de mettre en œuvre une mobilisation politique. La nécessité d’engager une tout autre logique que celle, mortifère, que l’on voit à l’œuvre dans le pays relève pourtant d’une urgence d’autant plus absolue : il y a des aspirations dont il faut moins que jamais faire le deuil.

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  • une Nation vidée de sa substance et crispée sur des symboles en déshérence – le drapeau qu’il faut afficher, la Marseillaise qu’il faut chanter, "la nationalité dont il faut etre digne".

    Assez incroyable que vous puissiez qualifier les fondements de la république, de symboles en déshérence ?!?.

    Le drapeau français compagnon des revoltes de la revolution francaise a nos jours ! la Marseillaise chant révolutionnaire reprise de partout dans le monde depuis 2 siécles ? !
    La nationalité ? ben oui comme jean moulin et les hommes et femmes de la résistance s’en sont montrés digne !.

    Heureusement que la gauche radicale dont vous semblez ici vous attribuez le role de porte parole reste inaudible !

    Avec des éditoriaux de ce tonneau, vous donneriez au peu de citoyens qui résistent a l’emprise du FN l’envie de voter pour lui ou de s’abstenir.

    Je vous suggére d’aller aupres des familles des jeunes et moins jeunes victimes des assasins du bataclan expliquer vos fumeuses théorie sur : je vous cite :

    un plus petit dénominateur xénophobe, guerrier, policier et autoritaire. Instruits par l’après-janvier et notamment l’adoption de la loi sur le renseignement et la généralisation de la surveillance de masse, on ne pouvait déjà plus, en novembre, être dupes de ce qui s’annonçait : l’accélération de la politique du pire et, après l’état de choc, l’état d’urgence, l’état de guerre, l’État de surveillance et l’État policier.

    le peu de citoyens français qui vous lisent comprennent , a la lecture de ce type d’article , vos opinions et vous disqualifient d’entrée de jeu.

    Vous n etes pas murs et ni aptes a la direction d’un pays qui vis une guerre sale comme jamais elle n’a connue.

    Au cours de ce quinquenat , les seules mesures utiles et concrétes pour le pays sont celles qu’a fait adopter hollande en cette période noire.

    Les français l’ont bien compris puisqqu ils approuvent a 80 % la déchéance de nationalité pour les terroristes bi nationaux.

    Ce qui est juste dans cet éditorial c’est que vous étes inaudible et c’est tant mieux pour la nation .

    buenaventura Le 7 janvier à 14:15
       
    • L’amalgame vous sert de théorie. Bien évidement notre société est en déshérence morale, sociale et culturelle. Bien évidemment le symbolique sauce Hollandiste ne sert qu’à cacher leur propre couardise ou alliances contre-nature avec les propagandistes Islamistes les plus fanatiques d’Arabie Saoudite ou de la Turquie. Bien évidemment nous sommes dans une société de contrôle ou chaque citoyen peut du jour au lendemain se retrouver menottés ou en prison sans qu’il sache trop pourquoi. Bien évidemment la démocratie de la cinquième république est à bout de souffle lorsque plus de la moitié des électeurs inscrits vont à la pêche et d’autres votent blancs. Bien évidemment la presse n’est pas libre puisqu’elle est sous la tutelle de l’état actionnaire et donneur d’ordres ou de grands groupes financiers qui ne défendent que leurs propres intérêts. Bien évidemment ou nous observe et on nous épie à chaque moment de notre vie sociale ou professionnelle. Il faut être bien naïf ou méprisant pour ne pas le savoir. Bien évidemment les symboles de la république comme la marseillaise ou le drapeau sont instrumentalisés par le pouvoir et l’extrême droite. Il faut être aveugle pour ne pas s’en apercevoir. Bien évidemment la société, sous les coups de boutoirs de la mondalisation capitaliste est sur chemin d’une Lepenisation rampante et à la porte du pouvoir .
      L’article de Jérôme Latta va sans doute à l’encontre du discours mou et consensuel que vous défendez par vos écrits. Je partage sa façon de voir . Il voit juste. C’est tout à son honneur. Cela vous déplaît parce qu’il heurte votre prêt à penser. C’est votre droit. Mais cela ne vous autorise pas à falsifier ses propos. Heureusement qu’il existe des journalistes courageux qui ne se fondent pas dans un discours de l’ordolibéralisme.

      rody Le 8 janvier à 17:06
    •  
    • déchéance de la nationalité :
       1 Je suppose également qu’en 1940 avec Pétain et les factieux au gouvernement (qq radicaux aussi) il devait bien avoir 80% des français favorable à la déchéance de nationalité. Attention aux similitudes et là aussi aux symboles !
       2 Ce n’est ni la droite ni l’extrême droite qui sont à la manœuvre mais bien les socialistes reconvertis au social libéralisme autoritaire. Pétain s’était enorgueilli des quelque 15 000 français dénaturalisés avec la loi du 22 juillet 1940 ou les 446 autres comme de De Gaulle à Maurice Thorez déchus de la nationalité française parce partis à l’étranger. Hollande et ses « capots » sont sur un chemin identique. Une fois le doigt mis dans la machine, il se pourrait bien qu’elle avale tout le reste. Le Fhaine et la droite extrême en redemandent déjà. Mesure qui ne serait que l’ordre du symbolique rassure t-on, qui ne servirait pas à grand-chose dit-on aussi, mais alors pour vouloir l’inscrire dans le marbre de la constitution ? Comment réagirions-nous vous si une autorité (le gouvernement, le préfet...), prétendant s’exprimer au nom de l’intérêt collectif, décidait que nous cesserions d’avoir le droit d’être le fils de notre mère ? Une logique infernale donnant dans le chacun pour soi, la haine de l’autre ou le repli communautaire en remplacement du vivre ensemble, le progrès social ou le respect de la différence. La société s’est fracturé en autant d’intérêts particulier au détriment de l’intérêt général au plus grand bonheur des forces de l’argent qui dominent notre société.

      rody Le 8 janvier à 17:34
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    • Buenaventura n’a pas entendu parler de la guerre d’Algérie.

      BB Le 8 janvier à 21:58
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  • Un peu de mesure est nécessaire. Comment peut on parler d’Etat policier, sommes nous en dictature ? Vivons nous en Corée du Nord ou dans une république bananière ?
    Fort heureusement non !
    On peut s’opposer à certaines mesures comme la déchéance de nationalité, cela fait partie du débat démocratique, mais de grace ne caricaturons pas.
    Oui pour " plus de démocratie, d’ouverture et de tolérance", mais ce n’est pas ce qui arrêtera ou ralentira les terroristes. Il faut le répéter, le combat nécessite des moyens en matière de renseignement, d’action judiciaire, de coopération avec d’autres pays amis dans ce domaine.
    En s’attaquant à Charlie il y a un ans les terroristes s’en sont directement pris à nos libertés. Ce n’est pas le pouvoir politique qui censure aujourd’hui comme du temps de De Gaulle. Les journalistes s’autocensurent et font dans le politiquement correct, et pas sous la pression du pouvoir.
    Quant à la fraternité, elle est mise à mal par les discours de haine, pas seulement à l’extrême droite. J’attends toujours une condamnation ferme et sans équivoque par la gauche de la gauche du Parti des indigènes de la République qui a tenu des propos racistes homophobes et antisémites. Remplacer "blanc" par noir, arabe ou juif dans le discours de Madame Bouteldja si vous avez des doutes.
    Enfin dans quel autre pays parle t on de symboles tombés en déshérence s’agissant du drapeau ou de l’hymne national ?
    L’auteur de l’article ne propose aucune solution, ne trace aucune piste, la satisfaction d’avoir raison contre tout le monde doit lui suffire.

    Daniohannis Le 7 janvier à 17:05
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  • Qu’est ce que l’esprit du 11 janvier ?
    Une manifestation dans laquelle il n’y avait quasiment que des français de souche et peu de musulmans, et qui s’est retrouvée récupérée par les médias et le gouvernement comme une injonction au vivre ensemble alors que ça n’était pas le problème.
    Face à la menace, il fallait une réponse policière musclée, sinon d’autres massacres auraient eu lieu (cf les terroristes de Saint Denis et d’autres).
    Finalement Hollande a fait le choix de suivre le peuple, plutôt que les sempiternelles prêches des élites de gauche déconnectées, prêches que l’on retrouve lors du débat sur la déchéance de nationalité où l’on a un bon rapport de 90% du peuple favorable versus 90% des élites médiatico-polotiques défavorables.

    Grognard Le 9 janvier à 13:30
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  • mon cher contradicteur rody ce "bien évidement" que vous brandissez comme hollande a brandi le "moi président" résume a merveille la classe pseudo intellectuelle de la Goche qui se veut morale.
    bien évidement vous avez raison puisque vous le dites
    bien évidement nous ne sommes pas dans une dictature
    bien évidement les français vont a la pèche puisque des gens comme vous ne les écoutent pas
    bien évidement vous faites semblant de croire que Pétain et Valls c’est la même chose
    bien évidement les citoyens aiment le drapeau et la marseillaise
    je vous laisse a vos chimères , votre influence sur les faits et les choses parlent d’eux même
    vous êtes inaudible
    Mais continuez si cela peut vous soulager

    buenaventura Le 10 janvier à 20:51
       
    • Pas très glorieuse, l’opération qui consiste à reprendre la méthode de son contradicteur que l’on a décrié quelques instants auparavant . Cela tendrait à démontrer la pauvreté de l’argumentaire au regard du contenu de l’article de Jérôme Latta. Ne pas partager cette opinion est autre chose. Permettez-moi de ne pas faire mien votre discours prêt à porter que l’on entend à longueur de journée et que vous nous tentez de servir en un bien pâle écho.

      rody Le 11 janvier à 11:16
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  • parlons du fond , l’article de jérome latta .
    3 paragraphes : la peur a été instrumentalisée , incurie de l état et le choix du tout répressif dans un calcul électotaliste simpliste et dangereux. Perte du sens et des valeurs de la démocratie cachés sous les oripeaux ringards et réducteur d’un nationaliste étriqué.
    A moins que je n’ai pas percuté sur la teneur de l’article,( mais je ne doute pas que vous saurez le vulgariser au béotien limité que je suis ) voici ce qui ressort de son edito.
    D’abord Son analyse lui appartient mais comme le dit dans sa réaction un lecteur précédent ( danniohannis) « L’auteur de l’article ne propose aucune solution, ne trace aucune piste, la satisfaction d’avoir raison contre tout le monde doit lui suffire ».
    Arrétons nous un instant sur cette remarque , il est surement tres excitant d etre seul contre la foultitude des " securitaires rageux " mais quand on se veut journaliste éclairé celà ne doit pas etre la seule motivation.
    L’analyse de Mr LATTA , ne fais aucune allusion , référence , une seule fois, meme pas par simple décence , il ne dit un mot, n’a une pensée pour les victimes des islamistes mulsumans ,francais ,( hé oui désolé ils sont mulsulmans islamiste et français d’origine magrhébine ou africaine , comme il aurait été confortable qu ils soient menbre d’un parti nationaliste et français de souche) ceux qui ont massacrés 13 personnes puis 130 de plus dans l’année 2015.
    Pas un mot sur l émotion qui a traversé le pays entier et qui tres normalement, tres politiquement, tres calmement ne s’oppose pas mais au contraire , approuve et remercie les forces de police et de justice qui ont été exemplaires dans la gestion de ces attaques sans précédent.
    Jérome latta lie et vous avec lui , la déchéance de la nationalité pour les terroristes assasins de civils , a la période de la guerre 39 45 et son cortége de lois iniques, mais c’est moi qui fabrique des amalgames bien sur . Les 85 % ( oui c’est bien 85) qui partagent cet avis , la déchéance , sont pour vous peanuts ! vous balayez ce qui vous géne d’un revers de langue, " amalgame , le pénisation et autre" moutonement " correct.
    Comme le dit le lecteur précédent "grognard " Finalement Hollande a fait le choix de suivre le peuple, plutôt que les sempiternelles prêches des élites de gauche déconnectées " ;
    Vous suivez le même chemin que Jérome latta ainsi que quelques soit disantes " consciences de gauche " ,qui adoptent celle de la "posture antifachiste " et en corrolaire naturel se retrouve sur l a voie d un superbe isolement démocratique.
    Le« pret a penser » c’est vous qui l’avez inscrit dans vos génes .
    Les urnes dans 2 ans vous donneront certainement raison, le peuple éclairé par des Jérome Latta votera jean pierre Laurent ou Besancenot en masse.

    buenaventura Le 11 janvier à 14:30
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