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Accueil > Monde | Par Pablo Castaño Tierno | 26 juin 2016

Le féminisme au cœur de la campagne d’Unidos Podemos

Parité, féminisation, égalité : Podemos a exprimé son volontarisme au cours de la campagne menée au sein de l’alliance avec Izquierda Unida, avec des engagements concrets et des promesses encore à tenir.

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Pablo Castaño Tierno est doctorant en sociologie et militant de Podemos.

Quatre femmes politiques, une journaliste, une actrice et une gymnaste olympique se sont données rendez-vous au théâtre de La Latina (Madrid) pour la réunion publique organisée par Podemos et baptisée "Des femmes qui changent le pays", mardi dernier.

L’objectif était de souligner l’engagement féministe du parti anti-austérité et de défier l’hégémonie du Parti socialiste (PSOE) sur le terrain des questions de genre. Le candidat socialiste Pedro Sánchez définit le PSOE comme « le parti des femmes » et une partie importante de la gauche admet que les socialistes ont approuvé des lois importantes pour les droits des femmes quand ils ont gouverné, comme la loi contre les violences machistes et la loi sur l’IVG.

Promouvoir les questions de genre

Podemos entend dépasser le féminisme libéral du PSOE avec des propositions visant la promotion de l’indépendance économique des femmes et l’amélioration de leurs conditions de vie. De là la proposition de garantir un logement alternatif immédiat aux femmes qui subissent des violences machistes, afin de leur permettre d’échapper à leur agresseur. Ou encore l’insistance sur le besoin d’étendre l’éducation publique pour les enfants de zéro à trois ans et d’harmoniser la durée des congés parentaux des mères et des pères pour combattre la discrimination professionnelle – deux promesses non tenues du PSOE.

Les féministes de Podemos font aussi le pari de mettre le savoir-faire du parti en matière de communication au service de la lutte féministe. En particulier en rendant les questions de genre plus populaires auprès du grand public par l’utilisation d’un langage proche de la vie des gens, et en liant les questions de genre aux questions sociales et économiques plus globales.

[Lire aussi "Comment Unidos Podemos veut gagner la patrie"]

Clara Serra, responsable des politiques d’égalité de Podemos, introduit l’événement avec un hommage à la dernière victime de la violence sexiste, assassinée le même jour à Vitoria : « Nous voulons un pays dont on peut être fiers parce qu’aucune femme n’y est assassinée ». Le meeting de Pablo Iglesias, ce jour-là, a été précédé par une minute de silence pour la même raison. Après Serra, Ada Colau, maire de Barcelone depuis un an, aborde la difficulté de concilier la vie de famille avec la vie politique. Elle reconnaît l’incapacité de son administration à remettre en cause des traditions qui exigent de la maire une présence quasi permanente, ne lui laissant presque aucun temps libre pour sa famille – ce qui, apparemment, n’avait représenté aucun problème pour les maires précédents, tous des hommes.

« Héroïnes anonymes » et femmes politiques

Ada Colau, féministe assumée, tient à souligner que la conciliation est autant une responsabilité des hommes que des femmes. Elle défend comme une priorité un partage équilibré de l’emploi et des tâches domestiques. Elle précise aussi que sa situation, en tant que femme politique, est bien meilleure que celle de la majorité des femmes espagnoles, comme les « héroïnes anonymes » qu’elle a rencontrées quand elle était la porte-parole de la Plate-forme des victimes du crédit hypothécaire (PAH, en Espagnol). Des femmes appartenant aux classes populaires qui doivent rendre compatible un voire deux emplois avec la nécessité de s’occuper des enfants et d’autres parents dépendants.

Dans son intervention, Rita Maestre, conseillère municipal de Podemos à Madrid, réfléchit sur le besoin de féminiser les leaderships politiques. Pour elle et d’autres dirigeants de Podemos, cela implique de reconnaître que beaucoup de traits de caractère traditionnellement attribués aux femmes sont positifs et devraient imprégner l’ensemble de l’activité politique, des hommes comme des femmes. Il s’agirait de mieux partager les tâches entre les composants des équipes politiques, reconnaître et exprimer les moments de faiblesse et d’hésitation ou encore adopter des méthodes plus collectives de prise de décisions. Maestre résume : « On a toujours pensé qu’un leader est un monsieur sérieux, dur et fort qui n’hésite jamais. Ce modèle n’est pas seulement faux, il est également négatif ».

Après les femmes politiques, c’est une actrice qui prend la parole. Elle évoque le sexisme dans le monde du spectacle, qui se manifeste dans une hiérarchisation genrée des tâches, des différences de salaire injustifiées ou l’imposition de canons de beauté oppressants. La situation n’est pas meilleure dans la presse : le harcèlement sexuel et les insultes sexistes font partie du quotidien de la journaliste Cristina Fallaràs. Enfin, la gymnaste olympique María Martín déplore le peu de cas fait par les médias des victoires des sportives. Elle revient également sur la sexualisation de leurs corps et revendique que « le sport soit un espace sûr pour les femmes et les personnes LGBTI » – un élément qui a été inclut dans le programme électoral de Podemos.

Dignité et parité

Au cours d’une des dernières interventions, Ada Colau a rappelé qu’elle aussi a été l’objet d’insultes sexistes (un journaliste l’a traité de « petite grosse » dans un débat télévisée) et de mépris de classe : « Ils nous ont appelées marchandes de fruits, femmes de ménage… ils ont voulu nous insulter et ils nous ont honorées », a-t-elle lancé sous les applaudissements. En effet, Colau avait profité de ces attaques pour revendiquer la dignité des femmes qui occupent ces emplois, faisant preuve de ce mélange d’authenticité et d’habileté communicative qui en a fait une des politiques les plus populaires en Espagne.

L’événement a été clos par la montée sur la scène d’une vingtaine de candidates d’Unidos Podemos aux élections de dimanche. Après les dernières élections, le groupe parlementaire de Podemos présentait le pourcentage de femmes le plus élevé, un succès pour les féministes du parti qui ont réussi à imposer la parité dans la composition des listes électorales et des organes internes.

Pour l’instant, Podemos affiche les questions de genre au cœur de son projet politique. Mais il ne faut pas oublier la tendance historique de la gauche à subordonner les luttes féministes à la lutte anticapitaliste. Que Podemos soit au gouvernement ou dans l’opposition, les féministes espagnoles auront la tâche fondamentale de s’assurer que le parti de Pablo Iglesias tienne ses promesses envers les femmes.

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Vos réactions

  • Bonjour
    je crois , qu’on nous fait un peu trop rêver, avec tout ces mouvements extérieurs(Podemos, mouvement cinq étoiles, ...)
    Podemos a réagit a retardement, pour comprendre qu’il fallait passer des alliances. en France nous avons Mélenchon. Partout dans le monde , des mouvements, des recompositions politiques se font : Sanders, Corbyn, Mélenchon, Pepe Grillos,Podemos... lié a la crise du capitalisme, qui est le déclencheur principal , tout ces mouvements apportent des espoirs et ambiguïtés, illusions.
    car souvent leur projet politique, est une relance plus ou moins keynésienne du capitalisme, et pas sa remise en cause.
    Que cela soit porter par des femmes, peut importe, cela ne change rien a l’affaire, pour moi , du moins.Seront t’elle des rosa Luxembourg ou Louise Michel ou des dirigeantes réformistes, ou réactionnaire (Madame Le Pen) , qui décevrons les gens.ne rêvons pas non plus , sur le fait que les femmes ou des gens de couleurs face de la politique .Qu’a a voir Madame Bettencourt, avec une simple chômeuse, ou madame Parisot , ou bien Madame Clinton ?. Ou Obama président a t-il changer le sort des Américains, la plus féroce des politiques , contre le mouvement ouvrier, fut une femme Madame Teatcher !!

    bob Le 26 juin à 12:17
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  • Le marxisme a défini la société industrielle en lutte des classes.
    Le féminisme définit le monde en lutte des genres.
    Sous prétexte de recherche d’une pseudo-égalité de faits (l’égalité des droits étant acquise), on essaie de nous expliquer que les femmes sont et ont été dominées par les hommes.
    Utilisant le mélange de faits de société terribles comme la violence conjugale, avec quelques remarques sexistes de ci de là, avec quelques chiffres sur la répartition des métiers, les féministes entretiennent une confusion générale pour faire passer leur idées.
    Tout ça est assez délirant. On n’est pas dans les idées, mais dans la névrose.

    Thomas Le 26 juin à 15:16
  •  
  • Podemos + Iu cette fois ont fait moins qu’en décembre. Cela veut dire que l’alliance avec IU n’a pas fonctionné ?

    Julien Le 26 juin à 23:00
       
    • Effet Brexit ? Manque de crédibilité d’une coalition de dernière minute ? Peur de remettre les clefs du pouvoir à un jeune parti composé de citoyens lambda sans expérience  ?
      Quoi qu’il en soit l’Espagne reste dans sa situation ingouvernable.
      Une coalition reste nécessaire. Voyons ce que le PSOE décidera.
      La vie continue.

      choucroute Le 27 juin à 00:08
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  • Aucune inégalité de salaire entre un homme et une femme n’est défendable dans un projet politique qui se veut émancipateur !

    Concernant les élections espagnoles ;

    Il est fort probable que le but du jeu soit de mettre en place des gouvernements "d’union nationale" dans tous les pays de l’UE ;
    du type PPE/socialistes en Espagne
    PS/LR en France
    C’est déjà le cas en Allemagne.

    Cette formule a l’avantage de passer pour une option centriste, ce qui séduit les classes moyennes. Ce genre de "gouvernance" ferait passer toute opposition comme extrémiste et donc la marginaliserait.
    Ce type de gouvernement pourrait accélérer encore plus les réformes néolibérales exigées par les classes dirigeantes.

    Arouna Le 27 juin à 08:53
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