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Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 12 février 2016

Le gouvernement rate même son remaniement

Le remaniement ministériel n’a pas fait illusion : l’élargissement promis est limité à quelques figures déjà ou bientôt marginalisées, et la base politique du gouvernement est de plus en plus réduite. Avec la primaire des gauches comme victime collatérale.

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La semaine qui s’achève voit le Parti socialiste et l’exécutif en échec quasi total. Le "dépassement" du PS prôné par Solférino et "l’élargissement" du gouvernement apparaissent comme des mots creux à l’issue d’un remaniement surdéterminé par l’entrée en campagne du candidat François Hollande, d’un côté, et l’affrontement du président Hollande avec son premier ministre Manuel Valls, de l’autre.

Pour les gauches du PS, cette semaine constitue aussi un double revers : la déchéance de la nationalité a été votée par près des trois cinquièmes des députés socialistes ; le remaniement et ses objectifs limpides parachèvent de rendre illusoire le processus de primaire des gauches et des écologistes, par ailleurs fragilisé par l’annonce de la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Une fragilisation croissante

Après un conseil national du Parti socialiste plus coupé des réalités que jamais, le vote sur la loi constitutionnalisant la déchéance de la nationalité a été marqué par 83 votes contre et 36 abstentions du côté des députés de ce cette formation. De l’autre côté, 119 ont suivi le gouvernement en votant pour. Le groupe PS est donc totalement divisé sur ce sujet et il aura fallu, comme le raconte Mediapart, pressions et chantages divers pour s’assurer que la majorité des députés socialistes votent la loi controversée. C’est dire combien l’assise du gouvernement, est désormais fragile.

Une fragilité qui a marqué le remaniement du gouvernement, alors que l’objectif du président Hollande était « l’élargissement », en vue de l’élection de 2017. Les refus successifs de Nicolas Hulot puis de Martine Aubry ont rapidement auguré que le seul élargissement viserait au final des personnalités privées de toute assise. Certes, Emmanuelle Cosse a accepté de monter dans le train fantôme direction avril 2017. Mais à écouter les dirigeants d’Europe Ecologie-les Verts, ce ralliement n’engage nullement le parti écologiste.

Valls et Hollande se neutralisent

L’élargissement ne se fera même pas au sein du Parti socialiste. Malgré leur abstention amicale sur la feuille de route présentée par Jean-Christophe Cambadélis lors du conseil national du 6 février, les aubristes n’ont même pas un maroquin à ronger. François Lamy, considéré comme le bras droit de la maire de Lille, peut co-piloter « l’alliance populaire » destinée à « dépasser le PS », aucun de ses amis n’est récompensé des arrangements tactiques dont "Martine" a le secret. « C’est ça "la grande politique", confie, sous le sceau de l’anonymat, un frondeur amer. Ils sont tristes et médiocres. »

En fait, chacun de son côté, le premier ministre et le président de la République ont piloté le remaniement avec l’idée de neutraliser l’autre. Valls joue la défaite de Hollande en 2017 pour maximaliser ses propres chances à l’échéance d’après. Hollande, lui, s’imagine profiter des divisions actuelles de la droite pour créer la surprise et s’imposer au deuxième tour dans un duel face à Marine Le Pen. C’est dans ce contexte que s’expliquent les nominations de Jean-Marc Ayrault, fidèle hollandais, et de l’ex-conseillère à la culture du président, Audrey Azoulay. Une manœuvre qui rappelle le précédent Emmanuel Macron. La rivalité entretenue du ministre de l’Économie avec le premier ministre constitue un caillou dans la chaussure de Valls.

Changer de visages, pas de politique

Au lendemain de leur double défaite, les gauches du PS sont bien muettes. Marie-Noëlle Lienemann est une des rares à s’exprimer pour voir en l’arrivée d’Emmanuelle Cosse au ministère du Logement une « bonne nouvelle ». Sa réaction après l’intervention télévisée du président de la République est moins conciliante. Elle se dit « frappée » par « l’éloignement du discours (de François Hollande) » vis-à-vis des problèmes des Français. Christian Paul, député de la Nièvre chef de file de la motion "À Gauche pour gagner", fait dans le constat : « Des changements de visages mais aucun changement de politique ». Seul Pouria Amirshahi, député des Français de l’étranger, affiche sa colère :

Pour le porte-voix du nouveau Mouvement commun, la rupture est, de toutes les manières, consommée depuis longtemps. Pour les frondeurs, l’espace est bien rétréci. Ils plaçaient tous leurs espoirs sur un rejet de la déchéance de la nationalité et sur la primaire, avec l’espoir non avoué d’y faire battre Hollande. La déclaration de candidature de Mélenchon d’un côté, le passage au gouvernement d’Emmanuelle Cosse et la quasi mort d’EELV qui en découle réduisent considérablement la perspective que le processus #Notreprimaire puisse aller jusqu’au bout. Pour les gauches du PS, la seule perspective est désormais de rentrer la tête dans les épaules en attendant que l’orage soit passé. En espérant que le PS d’après la défaite annoncée de mai 2017 soit plus réceptif à leurs propositions ?

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Vos réactions

  • Il faudrait peut etre arreter avec la sinistrose de la gauche de gauche ! Melenc + EELV + ex gauche ca fait toujours plus de 15 %... le paradoxe est qu’a ce jour hollande et Sarko ne dépasse pas les 20-21 %... alors on joue la partie ?

    Bobo Le 12 février à 15:32
       
    • C’est quoi le point commun entre mélenchon, l"indépendantiste" et les européistes d’EELV ??

      Le néant

      La gauche est morte et enterrée. Soulagement.

      On peut maintenant voir naître et grandir un mouvement comparable aux cinq étoiles en Italie : ni gauche ni droite, populisti ! Pour la sortie de l’euro !

      coma81 Le 12 février à 18:14
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  • Reste aux partisans de la primaire et leurs soutiens dont le journal Regards peu d’alternatives. Ils n’ont pas vu le coup d’après venir. Seul Jean-Luc Mélenchon a évité, pour le moment, de tomber dans le panneau.

    La primaire n’aura été qu’un feu de paille pour novices de la politique. Trois alternatives restent aux deux autres composantes de l’ex- Front De Gauche :

     continuer à croire qu’il sera encore possible de fédérer sous un même drapeau ( programme et candidat) ce qui reste comme acteurs de la primaire. Ce scénario semble est mort-né.
     La désignation d’une candidature commune au PCF et Ensemble. C’est risqué compte tenu des rapports de force et de la personnalité de Mélenchon. Peu probable, mais avec le PCF, on ne sait jamais.
     Faire contre mauvaise fortune bon cœur avant qu’il ne soit trop tard en prenant acte de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Reconstruire ce qui l’avait été en 2012 sur la base du programme l’Humain d’Abord. Ça va tanguer au PCF et beaucoup grincer.

    Reste un dernier scénario, le retrait de JL Mélenchon. Peu envisageable dans la configuration actuelle d’autant que les dernières péripéties du vote par les députés de la déchéance de nationalité et l’attitude des Verts donnent raison au Parti de Gauche et à JL Mélenchon sur leur stratégie.

    Pensons à ceux qui nous regardent et nous écoutent. Pas certain que cela ne fasse pas encore le lit du vote blanc ou du reste...

    rody Le 12 février à 16:03
       
    • La ligne anti-européenne de mélenchon est incompatible avec celle européiste du PCF.

      coma81 Le 12 février à 18:16
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  • la question serait de savoir avec qui est compatible le PCF ?
    A ensemble, la fase , et autres ex parti certains doivent bien avoir une idée non ?
    le PCF est désormais réduit au même niveau que LO et le NPA , un sigle vidé de son contenu , une résurgence du passé qui interpelle comme des marques tombées en désuétude : Manufrance , le bouillon kub , La DS 21.
    Tartignolles et Chassagne , Laurent ca parle aux jeunes .
    Quand au poupin facteur , coqueluche des médias , il aura bientôt sa statue de cire , au musée GREVIN , à coté de Mme de Fontenay et d’ Arlette.
    En fait le seul fait politique marquant en politique depuis 10 ans c’est l émergence de JLM a la gauche du PS et la montée du front national.

    buenaventura Le 12 février à 21:19
       
    • Comme d’hab, encore un commentaire 100% anti-PCF.
      Cette messagerie est pleine de visionnaires de très haut vol...

      PS : que ça plaise ou non ; la bourgeoisie française n’a qu’un adversaire, c’est le PCF...

      nontron Le 13 février à 11:52
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  • Le but du PS et de ses alliés PRG et majorité des Verts n est pas de faire gagner la gauche,dont ils ne font d ailleurs pas partie.Il s agit,en fait,de constituer une majorité élargie à l allemande,en 2017,en ralliant tous les fonds de tiroirs libéraux UMP/UDI/MODEM,pour suivre le brillant exemple CDU/SPD d outre Rhin.Avec toujours la même politique(ils n ont que ça en magasin),qui produit les effets mirobolants que l on sait sur les peuples d Europe.Et avec pour but de marginaliser la gauche et le FN ,et de régner at vitam
    Alors,arrêtons d essayer de marier la carpe et le lapin,oublions ces libéraux européistes déshumanisés et rances,et réunissons celles et ceux qui sont VRAIMENT opposé(e)s à cette évolution.
    Que les frondeurs sincères,les quelques EE LV de gauche,les militants PC,E ! lassés d aller docilement voter PS à tous les 2e tours,que certain(e)s d extrême gauche qui en ont marre d être hors sol ,se réunissent.
    Si c est Mélenchon qui initie le truc,allons y !! De toute façon,l important n est pas là.L important,c est de recréer la gauche sur des bases précises.
    Alors,on verra qui est vraiment sincère et veut en finir avec cette 5e république fossilisée .Les autres continueront de servir de roues de secours aux fossoyeurs de la gauche,et à perpétuer la réalité actuelle....

    HLB Le 13 février à 12:49
       
    • L’important n’est pas de remobiliser la "gauche" sur des bases précises, l’urgence c’est de redonner au peuple la conscience de son irrésistible force !

      René-Michel Le 14 février à 09:40
    •  
    • ...et "redonner au peuple la conscience de son irrésistible force", c’est s’efforcer de faire revivre les victorieuses tribunes de 2005, qui avaient en effet mobilisé le grand nombre et redonné l’espoir d’une alternative au règne de la "concurrence libre et non faussée". Mais notre NON a été trahi et continue de l’être par les partis "de gouvernement", et par les combines politiques made in euro-US. Hollande a bien réussi son coup (initié par Cohn-Bendit) en achevant de barbouiller les Verts. Mélenchon représente désormais, et peut rassembler encore plus largement, tout le camp du NON de gauche au TCE, le camp de tous ceux qui ont compris, au vu du sort de la Grèce, qu’il n’y a pas de politique progressiste possible dans le cadre des traités "européens" , lesquels vont d’ailleurs être encore "perfectionnés" par Bruxelles. Le code du travail et la défense des syndicalistes en lutte pour leur emploi, les libertés, les services publics, la protection des agriculteurs, la reconversion écologique de la production, tout cela requiert l’intervention des citoyens eux-mêmes à tous les niveaux , et la mobilisation de tous pour tenir tête aux politiques euro-TINA.

      Autrement Le 14 février à 10:09
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  • @Autrement. Merci d’avoir étoffé mon commentaire. On ne lâche rien !

    René-Michel Le 14 février à 10:57
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