Accueil > Idées | Par Gildas Le Dem | 9 août 2015

Le grand basculement réactionnaire

L’espace public, intellectuel et médiatique connaît un basculement, sans précédent depuis les années 50, vers la pensée d’extrême droite. Amorcée avec le tournant libéral et conservateur des années 80, la dérive idéologique actuelle est d’une autre gravité.

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Extrait du numéro d’hiver de Regards, rubrique "Enquête intellectuelle". Le numéro d’été est en kiosque.

* * *

Journal pourtant réputé sérieux, le quotidien Le Monde titrait, il y a peu, sur une « polémique » entre Éric Zemmour et Robert Paxton. Maladresse éditoriale ou faute intellectuelle et politique, peu importe : comment n’être pas stupéfait que l’on puisse mettre sur un même plan, voire sur un pied d’égalité, la figure d’un historien internationalement reconnu et celle d’un éditorialiste, reconnu, au mieux, des lecteurs du Figaro et de quelques spectateurs d’i>Télé ? Et, donc, que l’on puisse accorder à Éric Zemmour tout ce dont il rêve, être considéré comme un intellectuel ? Le succès éditorial du Suicide français doit-il valoir argument, et reconnaissance intellectuelle ?

Depuis les Lumières, un intellectuel se définit par sa résolution à mettre en œuvre un savoir rationnel, mais autonome à l’égard de la raison d’État. Et à adresser au public des propositions critiques qui prétendent tout, sauf parler au nom de l’opinion ou du peuple. À cette aune, Éric Zemmour n’est pas un intellectuel. Mais c’est justement contre cette tradition des Lumières que Zemmour s’inscrit. Tout au contraire, Robert Paxton avait su, en son temps, s’adresser au public pour lever le voile sur ce refoulé socio-historique que représentait l’histoire de la collaboration de l’État français avec le régime nazi. Il mettait au défi une opinion encore réticente à s’approprier la face la plus obscure de sa propre histoire. Et contestait l’autorité de la raison d’État qui effaçait, raturait, réécrivait tout ce qui troublait ou entachait une prétendue "identité française", réputée homogène et pure dans sa version républicaine.

Un deuxième temps de la révolution conservatrice

Tout ceci serait de peu d’importance, si ce conflit n’était l’exemple le plus frappant d’une lente érosion structurelle de l’espace public et intellectuel. L’apparition d’idéologues réactionnaires au premier plan de la scène publique n’est pensable que sur fond de révolution conservatrice, telle que décrite par Pierre Bourdieu, puis par Didier Eribon [1]. Les dispositifs idéologiques du tournant réactionnaire des années 2000-2010 prolongent la révolution néo-libérale des années 1980-1990. Aux "intellectuels médiatiques" d’alors succèdent les éditorialistes d’aujourd’hui. Les François Furet, Marcel Gauchet, Luc Ferry, Pierre Rosanvallon ont laissé la place aux figures d’Élisabeth Lévy, Henri Guaino, Philippe Cohen. Les premiers se regroupaient autour de la Fondation Saint-Simon, véritable "think tank" visant à inspirer une politique néolibérale à la gauche de gouvernement. Et prenaient leurs références intellectuelles chez les plus conservateurs et les plus académiques des universitaires, comme Raymond Aron. Les seconds, auxquels on peut agréger Éric Zemmour, Natacha Polony, se sont d’abord retrouvés autour de la Fondation Marc Bloch, en visant à inspirer, à la gauche comme à la droite, une politique souverainiste-républicaine.

Le déplacement idéologique n’est pas neutre : l’idéologie nationale-républicaine se construit contre l’idéologie néolibérale. Mais l’une et l’autre ont en commun leur opposition à la pensée critique, qu’elle se réfère à la lutte des classes, ou encore aux conflictualités entre dominants et dominés, gouvernants et gouvernés. Toutes deux s’entendent à récuser le clivage gauche / droite. L’idéologie néolibérale tend à nier la pertinence du clivage de classes, l’idéologie nationale-républicaine, elle, tend désormais à lui substituer le clivage nationaux / non-nationaux Or, on le sait depuis les travaux de l’historien Zeev Sternhell, cette négation est une prémisse fondatrice d’une pensée fascistoïde [2]. Enfin, il faut ajouter que c’est ce glissement qui affecte le vote d’une partie des classes populaires, comme l’a montré Didier Eribon dans Retour à Reims. L’abandon, par la gauche de gouvernement, des classes populaires et du discours de classe qui structurait leur imaginaire politique a contribué à reformer un vote de classe qui se portait autrefois vers le Parti communiste, et cette fois en faveur du Front national. Ce vote est désormais ancré dans une cohérence culturelle, qui agrège humiliation de classe, ressentiment contre la gauche socialiste, hostilité envers les populations immigrées [3].

C’est sur ce terrain que prospèrent les analyses de Christophe Guilluy. Le géographe médiatique n’hésite pas à opposer, à la manière de Maurras, deux France, l’une périphérique et « réelle », l’autre centrale et « privilégiée ». Variante moderne du "eux" et du "nous" qui brouille plus que jamais les pistes. Au lieu de rassembler les couches populaires, ce "nous" les divise : les immigrés de la banlieue sont classés du côté des "favorisés" de la France métropolitaine, quand les ouvriers "natifs" de la périphérie sont renvoyés du côté des défavorisés. Dans ces analyses, l’exploitation et la domination s’effacent. Reste le ressentiment des seconds à l’encontre des premiers.

La libération d’une parole essentialiste et raciste

Ainsi, la question de l’identité, et notamment de l’identité nationale, occupe une place organisatrice dans le débat aujourd’hui, dominé par les idéologues réactionnaires. Avec, en son coeur, la tentative de suturer trois grandes blessures narcissiques, qui constituent autant de refoulés historiques de la société française : la Collaboration (et notamment le rapport aux Juifs), la Guerre d’Algérie (et notamment le rapport aux populations maghrébines immigrées), Mai 68 enfin (qui allia grèves ouvrières et débuts de la révolution sexuelle pour les femmes et les homosexuels). Comme tout refoulé, ces blessures ressurgissent au travers de compromis linguistiques euphémisés, donnant lieu, par la suite, à une libération progressive d’une parole violemment essentialiste et raciste (qu’il s’agisse d’antisémitisme, de misogynie, d’homophobie, de racisme de classe). Il est significatif que l’on emploie aujourd’hui le terme de « citoyens musulmans » pour parler des populations immigrées, expression dont il faut rappeler qu’elle provient du vocabulaire officiel de l’administration coloniale en Algérie [4].

Il est utile, pour expliquer ce basculement dans une idéologie d’extrême droite, de faire un détour par l’histoire intellectuelle européenne des années 30. Et de revenir à l’exemple du philosophe allemand Martin Heidegger. Pierre Bourdieu a mis à jour la manière dont Heidegger pratiquait un discours antisémite et contre-révolutionnaire dans les termes les plus sophistiqués de la philosophie la plus pure [5]. Tout en puisant, d’une autre main, au creuset du discours le plus populiste (contre les Juifs, la Sécurité sociale, la politique du logement, etc.). Pour finir par exprimer ouvertement ses pulsions réactionnaires dans son adhésion politique au national-socialisme [6]. Jacques Derrida ou Marlène Zarader avaient déjà montré, dans Heidegger et la question ou La dette impensée, combien les questions de l’histoire, du destin de la nation allemande, d’une identité intellectuelle européenne homogène à elle-même, jouaient un rôle organisateur dans la pensée heideggerienne. Poursuivant cette logique d’exclusion de toute forme d’hétérogénéité, qui voudrait que l’identité européenne n’ait pour seules racines que l’héritage grec et chrétien, Heidegger se voyait contraint, pour ainsi dire, de biffer, raturer l’héritage intellectuel du judaïsme dans l’histoire de l’Occident.

On pourrait ajouter, avec le médiéviste Alain de Libéra, qu’Heidegger a, comme tant d’autres, également passé sous silence l’héritage des traducteurs et des intellectuels musulmans formés à la lecture du Coran, et dont on il faut réaffirmer l’importance dans la transmission de l’héritage grec en Europe [7]. Ce sont ces mêmes biffures, ces mêmes ratures qui structurent à nouveau le discours réactionnaire, sur un mode évidemment moins sophistiqué que chez Heidegger. Les vaticinations hebdomadaires de Finkielkraut et Zemmour sur l’identité, l’histoire et la civilisation française et européenne, inspirées par Renaud Camus, n’en sont jamais qu’une pâle copie.

L’étrange coalition des réactionnaires

On sait combien Renaud Camus imprègne aujourd’hui la rhétorique d’un Zemmour sur le "Grand remplacement", euphémisation d’un racisme ordinaire qui dévoilerait le grand complot visant à effacer la race blanche par les indigènes. Renaud Camus joue, dans la constitution de cet espace de pensée réactionnaire, un rôle déterminant et central. En 2000, alors que la publication de son journal, La Campagne de France, révélait des propos antisémites à peine voilés (sur le nombre de journalistes juifs à France Culture notamment), on vit les réseaux éditoriaux et médiatiques de la pensée libérale et réactionnaire se mobiliser, au nom du libéralisme et du pluralisme, pour défendre l’indéfendable.

De la même façon, Élisabeth Lévy défendra les spectacles de Dieudonné au nom de la lutte contre l’anti-politiquement correct [8]. Étranges alliances, où au nom de l’identité culturelle française et de l’amour de la République, des "intellectuels" juifs, mais homophobes ou islamophobes, se solidarisent d’ "écrivains" ou d’ "artistes" homosexuels ou musulmans, mais antisémites. Il ne s’agit évidemment pas de réassigner chacun à ses appartenances sociales, culturelles, religieuses ou sexuelles, mais de relever l’instrumentalisation de ces appartenances pour renvoyer chacun au devoir de les sacrifier sur l’autel d’une identité nationale ou républicaine. C’était pourtant l’une des dernières leçons politiques d’Hannah Arendt, dont il arrive à ces "intellectuels" réactionnaires de se réclamer : ne jamais s’attacher à ses propres appartenances, mais ne rien en renier, s’il s’agit de les sacrifier au nom de l’identité nationale et de récuser les valeurs d’égalité et de justice sociale [10].

Il est grand temps de réaffirmer, de manière offensive, les valeurs d’une pensée authentiquement critique et de gauche. Bref, d’appeler de ses vœux, en théorie et en pratique, la venue de ce que Jacques Derrida nommait des termes énigmatiques de « nouvelles Lumières », de « démocratie à venir » ou de « nouvelle Internationale ».

Sur ces problèmes, on pourra également consulter :
 Pharmacologie du Front national, de Bernard Stiegler, Flammarion.
 Démocratie précaire. Chroniques de la déraison d’État, d’Éric Fassin, La Découverte.
 Les mots sont importants, de Sylvie Tissot, Libertalia, ainsi que le site du collectif "Les mots sont importants" : lmsi.net.
 Vers l’extrême. Extension des domaines de la droite, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, éditions Dehors.
 Pour les musulmans, d’Edwy Plenel, La Découverte.
 Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard, de Philippe Corcuff, Textuel.
 "La gauche dans le piège de Guilluy", Roger Martelli.

Notes

[1Contre-feux, tomes 1 et 2, de Pierre Bourdieu, Liber-Raisons d’agir. Et D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, de Didier Eribon, Éd. Léo Scheer.

[2Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, de Zeev Sternhell, Folio-Gallimard.

[3Il faut noter que, si Didier Eribon évoque évidemment l’homophobie ordinaire des classes populaires, il se garde d’ y rapporter le vote en faveur de l’extrême-droite ; si cette homophobie culturelle reste prégnante, elle ne se traduit pas en terme de mobilisation comme on l’a vu avec la Manif pour Tous, dont les rangs étaient, de manière écrasante, constitués d’une population blanche, bourgeoise et catholique.

[4Cf. 1962, Comment l’indépendance algérienne a transformé la France (Payot) de Todd Shepard. Todd Shepard prépare actuellement un livre, qui montre combien la question algérienne a, par ailleurs, continué de travailler l’inconscient de la société française après l’indépendance algérienne, notamment au travers du prisme de la question sexuelle (La France le sexe et "les arabes", de 1962 à 1979, à paraître chez Payot). On ne s’étonnera pas, dès lors, que la figure sexuelle du "garçon arabe", occupe obsessionnellement les discours comme ceux d’Eric Zemmour, Pascal Bruckner ou Renaud Camus, qui ne cessent de dénoncer, par exemple, une dévirilisation du mâle blanc français ou, plus généralement, occidental. Et l’on pourrait bien évidemment comparer cette panique sexuelle et morale à celle qui s’empare des hommes blancs américains, lorsqu’il s’agit d’évoquer la place et la visibilité des hommes afro-américains dans la société étasunienne.

[5L’Ontologie politique de Martin Heidegger, de Pierre Bourdieu, Minuit.

[6On peut consulter aujourd’hui le livre de Peter Trawny, Heidegger et l’antisémitisme, Sur les "Cahiers noirs", qui revient sur les expressions d’antisémitisme les plus effarantes qui peuplent les écrits intimes d’Heidegger.

[7Alain de Libera : Le don de l’Islam à l’Occident (Maisonneuve et Larose), ainsi que Les Grecs, les Arabes et nous : Enquête sur l’islamophobie savante (Fayard).

[8Dans son journal en ligne, Renaud Camus (aux entrées en date du mois de mai 2013) relate l’existence de soirées réunissant Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Paul-Marie Couteaux, Richard Millet, Charles Consigny, ou encore Robert Ménard. Tous ces individus, pris à l’état isolés, partagent, outre leur détestation de l’Islam, une prétention commune à l’originalité, la provocation vaguement esthète ou distinguée qui feraient d’eux de nouveaux dandys, quand ils n’ont évidemment pas le début de génie d’un Baudelaire ou même d’un Godard. Godard qui, aujourd’hui, dans une sorte de surenchère ou de provocation esthète qui s’emballe, en vient à "espérer" une victoire du Front national.

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  • Faut arrêter là. Il y a toujours eu des intellectuels réactionnaires. Ce n’est vraiment pas nouveaux. Et ce genre de discours qui semble dire que c’était mieux avant est auto-contradictoire. Avant, c’était le stalinisme, l’apartheid, les régimes fascistes un peu partout.

    Et la contestation de l’idéologie libérale par le nationalisme a plutôt comme origine le stalinisme de la grande époque de la guerre froide, avec la division gauche-droite que semble regretter Zemmour. Le lien avec le fascisme est l’analyse stalinienne classique de l’époque du Komintern, qui a été contredite rapidement par la nécessité des fronts populaires face au fascismes. On parle d’histoire, non ???

    Le coup de "la Fondation Saint-Simon, véritable "think tank" visant à inspirer une politique néolibérale à la gauche de gouvernement" (sorte de légende urbaine) correspond effectivement à ce genre de régression et de falsification stalinienne. La Fondation Saint-Simon, correspond simplement à un think tank social démocrate qui a donné actuellement à ce qu’on peut trouver sur le site "La République des idées".

    Et ce n’est pas par libéralisme que les réactionnaires et les racistes se défendent entre eux. Il serait plus exact, au regard de l’histoire, de considérer que c’est la division initiale des libéraux et des socialistes, si on considère le fondement de ces termes au XIXe siècle, qui a permis l’existence et la montée du fascisme. Bref, exactement le contraire de ce que dit l’article.

    Ce que vous faites ici est essentiellement du même ordre de ce que fait le fasciste Michéa, qui identifie par contre correctement le problème de la gauche, en essayant de la piéger par un faux discours stalino-pétainiste (voir mon commentaire). C’est ce discours qui est la norme actuelle (avec la Pensée Finkielkraut) dont vous êtes en train de faire le lit, par ignorance ou par conformisme.

    Jacques Bolo Le 10 août 2015 à 10:14
       
    • Oh ce genre de critiques d’une pensée par le collage d’étiquettes diverses supposées infamantes, qu’est-ce que c’est convaincant !

      Loulou Le 10 août 2015 à 11:56
    •  
    • Jacques Bolo,
      Un peu de retenue tout de même ! On peut ne pas partager toutes les thèses de Michéa sans dire de lui que c’est un fasciste ! Ou bien, à ce compte, tout le monde est fasciste sauf vous bien sûr.

      Cette attitude permet d’éluder la discussion sur un point fondamental : plus de trente ans de faillite des gauches de gouvernement comme d’opposition. On peut bien rester rivé à ses idées anciennes en pensant qu’elles sont les bonnes, il n’en reste pas moins que la réalité se rappelle toujours à nous : ces idées ont échoué avec beaucoup de constance. Dans les urnes souvent, dans les luttes toujours, comme dans le progrès social et écologique où c’est le désastre.

      Un partageux Le 10 août 2015 à 12:23
  •  
  • Même les fleurs les plus vénéneuses ont besoin d’un terreau fertile pour pousser. Pardonnez-moi de ne reprendre qu’un nom pour illustrer mon propos.

    Guilluy, s’il écrit quelques (très grosses) bêtises, s’appuie néanmoins sur une réalité. C’est la désespérance des zones rurales et des petites villes qui sont en dehors de l’attraction des grandes métropoles régionales. On y voit un chômage important qui ne laisse pas d’espoir d’y retrouver un emploi normal, on y voit la fermeture rapide tant des services publics que des entreprises petites ou moyennes, on y voit le vieillissement lent de la population et l’exode des jeunes. Et quand l’électeur s’en inquiète il n’entend que langue de bois et moulinets dans le vent. Ajoutons que la population des campagnes et petites villes a l’impression (hélas justifiée) d’être profondément méprisée et regardée comme arriérée, rétrograde, inculte, etc.

    Je veux bien que l’on mette Guilluy devant ses faiblesses et ses erreurs grossières — et je ne me prive pas de ricaner sur le trouble identitaire allégué ou son opposition riches urbains contre pauvres ruraux — mais il me semblerait beaucoup plus important de cesser le déni et de reconnaître la réalité d’un prolétariat rural qui vit mal aussi mal que le prolétariat urbain.

    J’ai narré naguère une rencontre avec un suppôt de Marine Le Pen qui m’a fait découvrir Éric Zemmour. Ses propos prennent aujourd’hui une saveur particulière et l’on est tenté de les transmettre à certains de ceux qui épousent les idées fascitoïdes. Histoire de les informer de leur potentiel propre avenir.

    http://partageux.blogspot.fr/2012/06/un-nationaliste.html

    Un partageux Le 10 août 2015 à 10:38
       
    • La réalité du périurbain, c’est simplement le populisme néo-pétainiste dont il était question.

      Jacques Bolo Le 10 août 2015 à 15:00
    •  
    • Jacques,

      J’ai lu votre texte fort pertinent sur ce que vous nommez le "populisme néo-pétainiste" mais nous ne parlons tout simplement pas du même monde. Puisque vous utilisez volontiers la comptabilité je parle plutôt des 6 millions de chômeurs dont plus de la moitié ne sont pas indemnisés, des près de 10 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et des 11,5 millions de personnes qui vivent sans chauffage. Dont beaucoup, mais pas tous, vivent en campagne.

      Je songe à un maire, aujourd’hui décédé, qui ne se plaignait jamais de sa situation personnelle confortable (tout à fait dans le cadre économique de ce que vous décrivez). Lui me parlait des difficultés de ses administrés dans la dèche. De son désarroi devant la précarité grandissante de familles entières. De son désarroi d’anticlérical voyant que l’école catholique de son bourg recrutait les familles pauvres tout simplement parce qu’elle était infiniment moins coûteuse que l’école publique. Me parlait des difficultés de sa municipalité pour pourvoir aux besoins vitaux de ses administrés toujours plus nombreux, après chaque fermeture d’entreprise, à survivre dans la précarité. Il a vu se fermer la perception et la gendarmerie de sa commune. Il a vu disparaître jusqu’à la dernière poste et la dernière station-service de son canton. Heureusement pour lui il est décédé avant la fermeture du collège de son canton qui aurait été un crève-cœur de plus.

      Je parle d’une action modeste de ce maire ici : http://partageux.blogspot.fr/2014/12/de-plus-en-plus-de-femmes-et-denfants.html

      Et je vous invité à songer quelques instants à la vie de ces travailleurs saisonniers à qui l’on reproche d’être trop gourmands (le fameux coût du travail) et que l’on remplace de plus en plus par des contrats OMI.

      Un partageux Le 10 août 2015 à 17:21
    •  
    • "le trouble identitaire" vous fait rire ? C est pendable en effet et j ai une excellente nouvelle : ça risque de vous faire rire de plus en plus dans les années à venir.
      Et oui, il faudra s y faire, tout le monde n a pas la chance de vivre les bouleversements actuels dans la joie, le déni, ou l indifference.
      Et non ce n est pas être réactionnaire que de les vivre dans la douleur parfois. C est juste un rapport au temps, à la culture, le sentiment d etre à un moment charnière ou la certitude de la perte est plus forte que l espoir du gain. Le changement (je ne parle pas uniquement de la crise du capitalisme consumeriste, vous l aurez compris) est brutal à l échelle d une génération et pour l instant ce qui en est perçu par beaucoup ce sont des irritants, ces petites choses qui déforment progressivement là vie quotidienne et la rendent un peu plus abrasives. Nos concitoyens sont etrangement sages face a un tel bouleversement ). Je suis un peu trop conceptuel ? Je suis sur néanmoins que vous percevez ce que je veux dire.
      Et non, vous ne créerez pas de camp de redressement idéologique pour apprendre a ces esprits et ces coeurs malades a aimer ce changement.
      Il faut les écouter, cesser de les harceler, moquer, stigmatiser. Il faut les rassurer. Vous comprenez ce que je veux dire ? Pour certains, le changement actuel équivaut à peu près à casser votre maison, transformer le paysage que vous avez toujours connu, et vous enfermer dans une pièce avec des personnes qui ne parlent pas votre langue. Faites un effort d empathie vous qui parlez sans cesse de révolution, de peuple, de lutte sociale, d humanisme...
      Et vous verrez, tout deviendra ... un peu plus clair. Et vous comprendrez peut etre le mur effrayant des bientôt 30% de votes FN face à l insécurité économique et culturelle nourrie par la mondialisation sous toutes ses formes ...

      sidoine Le 21 août 2015 à 23:17
    •  
    • Sidoine,

      Pour parler de "trouble identitaire" vous invoquez "l’insécurité économique". Je mesure fort bien cette insécurité économique et du reste je cause souvent sur mon blogue de gens dans la dèche. Et je souhaiterais justement que la gauche parle en permanence de ces difficultés à joindre les deux bouts — l’insécurité économique de millions de gens — au lieu de nous gonfler avec des questions périphériques qui n’intéressent que trois pelés et un tondu. Le portemonnaie vide n’est pas une question "identitaire" ! Ou alors on fait dire à peu près n’importe quoi aux mots...

      Un partageux Le 31 août 2015 à 18:01
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  • Un article qui résume bien comment notre camp (une partie au moins) a abandonné le peuple !
    Cela pourrait se résumer en une phrase : écartez ces réalités que je ne saurais voir... Pour l’auteur, la relégation des zones périphériques, l’opposition entre les gagnants et les perdants de la mondialisation, l’abandon de la souveraineté nationale ne sont visiblement que des inventions de "réactionnaires".
    Et pour mettre en scène tout ça, on ajoute une louche de mauvaise foi (en expliquant que les souverainistes sont dans la continuité intellectuelle des libéraux !!! cherchez l’erreur) et une pincée de Godwin point pour couper court au débat...
    Article d’une tristesse sans nom ! Et après on fera l’éloge de Syriza alors que ce parti est arrivé au pouvoir grâce un discours centré sur la défense de la dignité et de la souveraineté nationales...

    Cyril Le 10 août 2015 à 12:12
  •  
  •  
  • Il est étonnant de constater à quel point les clichers ont la vie prospère !
    exemple : Ceux qui lisent ou écoutent Zemmour sont des populistes, ceux qui votent FN seraient des prolos sans jugeote, des individus incultes, déclassés socialement, etc, etc,...

    Si vous pouviez imaginer que des individus à l’aise socialement, chefs d’entreprises, professeurs, profession libérales votent aussi FN et/ou qui trouvent écho dans les propos de Zemmour (même si cela est discutable je vous l’accorde) vous feriez ( vous et les autres bien pensants)un grand progrès, alors la solution au traitement de ces germes de l’extrême pointerait son museau

    Slee Le 10 août 2015 à 16:51
       
    • Bonne remarque !

      Une amie enseignante me dit qu’un tiers des enseignants de sa ville votent pour l’extrême-droite. Et se désole que l’on fasse toujours silence sur la chose. Durant des années le patron du FN de mon département était un prof de lycée.

      Un partageux Le 10 août 2015 à 22:17
  •  
  • Trotsky avait mis en place cette stratégie lors d’une réunion du Komintern dans les années 20 : toute personne n’étant pas en accord avec la pensée du parti doit être qualifiée de fachiste, pour être discréditée puis plus tard éliminée par Staline.
    On retrouve dans ce texte la même stratégie d’analyse : fachiser l’autre (celui qui ne pense pas bien) et l’internationalisme (Komintern).
    Mais cette gauche internationaliste et immigrationiste qui n’a eu de cesse de culpabiliser les ouvriers français au fur et à mesure où ils perdaient leur emploi et s’appauvrissaient, de les traiter de racistes, de fachistes, cette gauche pétard, caviard (et j’en passe par décence) sert la soupe au FN.
    Continuez ce genre d’articles, ce genre d’analyse et Marine n’a qu’à croiser les bras et attendre d’en récolter la plus value.

    totoLeGrand Le 10 août 2015 à 23:17
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  • Le principal parti ouvrier et populaire, c’est l’abstention (et l’autonomie par endroit). La gauche mouvmentiste devrait continuer à cultiver dans ces zones abandonnées ce qui pousse depuis 2000 ans chez les premières communautés d’hérétiques. L’autogestion, le conseillisme, la prise de parole distribuée, la représentation collective sans nom propre etc. Tout ce qui a fait l’horreur des Versaillais dans la Commune , des Bolcheviks à Kronstadt ou des armées blanches et rouges contre l’Ukraine de Nestor Makhno.

    La radicalisation politique s’est surtout faite chez la petite-bourgeoisie et la classe-moyenne, saisie de cette peur congénitale de ne rien pouvoir transmettre ni accumuler qui ne soit pas périssable. Hors c’est par définition presque ontologique que leur classe sociale est caractérisée par ceci : les pertes et la dégradation (foncière, marchande, culturelle, educationnelle) ne permettent jamais d’accumulations profitables et pérenne et ne garantissent aucun pouvoir temporel, tout juste vissé à la météo économétrique.

    Ce sont eux qui lisent, jactent et pérorent à cette littérature pour salle d’attente de dentiste dont vous parlez. Et si on devait leur trouver une filiation à l’histoire fasciste, ce serait plutôt à celui de Vidella, Stroesner, Franco, Sallazar ou Pinochet qu’au mussolinnisme, Dans les années 50 à 80, ce qui a unit les dictatures latino-américaine national-catholique à la France n’était pas seulement de l’opportunisme militaire et stratégique mais un sous-maurrassisme abatardi.

    L’extrême -droite en Europe est menée par de petits affairistes frustrés de ne pouvoir accéder aux privilèges économiques et symboliques. Quoiqu’ils fassent et entreprennent, ils seront éternellement marqué par leur condition de parvenu. C’est un petit patronat de la fraude à la TVA, des chantiers non déclaré, de l’import-export au marché gris, du travail au noir.

    Et c’est fort logiquement qu’on lui trouve souvent des liens avec la pègre, le crime organisé, le grand banditisme, le mercenariat militaire illégal. Et ce sont eux qui parlent à leur semblable pavillonaire encroutés dans des crédits immobiliers. leasing, prêts à la consommation...

    Pierre Dulin Le 11 août 2015 à 09:20
       
    • Pierre Dublin
      Analyse assez juste. A laquelle on peut rajouter une extrême gauche constituée de petits pseudo-intellectuels (prière de ne pas mettre de "z" après le o de pseudo, comme le fît Mme Belkacem), en petits costumes gris, ex étudiants en sciences sociales et qui n’ont jamais vraiment quitté l’univers des livres, qui n’ont jamais vraiment travaillé, en tout cas jamais rien produit à part des idées apragmatiques et déconnectées. Une extrême gauche aussi alliée non pas du petit patronat, mais du grand capital pour justifier une immigration de masse. Car tous les humains se valent. On n’a pas à défendre son pays , il faut une égalité mondiale. Mais on y va grâce au partenariat extrême gauche/ grands patrons, nous serons bientôt tous égaux et rémunérés au salaire moyen du bengladesh.

      totoLeGrand Le 11 août 2015 à 22:19
    •  
    • Quel mepris !
      ça rappelle les plus belles pages de la morgue aristocratique contre le menu peuple. J imagine que vous vous dites de gauche ?
      Comme quoi, l Histoire se répète mais en changeant les masques.

      sidoine Le 22 août 2015 à 00:15
  •  
  • Développer l’esprit critique, c’est avant tout savoir se remettre en question. C’est baser ses réflexions sur les faits et non sur ses croyances. La véritable « crise » de notre monde contemporain — et de laquelle découle à mon sens toutes les autres — n’est ni politique, ni économique, pas même environnementale. Cette crise est une crise humaine, c’est une crise de la conscience.

    Livrepenseur Le 13 août 2015 à 18:09
  •  
  • oh j ai ri en lisant cette mauvaise dissertation ! Tous les poncifs de l étudiant de gauche en sciences sociales y sont convoqués. Superbe. On dirait un canulard.
    Ça n appelle même pas une réfutation point par point.
    Mais en passant juste pour rire :
    La pensée critique se reduirait donc a la reference "à la lutte des classes, ou encore aux conflictualités entre dominants et dominés, gouvernants et gouvernés"... Ben dites donc ! La Rochefoucauld, un penseur dominateur exploiteur aristocrate, se demanderait de facon critique quels intérêts personnels rémunére tant de bien pensance et d idéologie. Avec lui, on apprend que rien n est gratuit. C est aussi une "pensée critique" très stimulante à la lecture de ce genre de textes.
    Et puis, car j ai tout lu jusqu aux notes, comment résister à jargon de sociologue bidon qui évoque le dandysme pour nous dire que finkielkraut n a pas le début du commencement du génie de Baudelaire. Évidemment, au jardin d enfants, on met un peu d arrondi, on ne mouche pas un môme qui débite des sottises... L auteur de l article aurait il toutefois une once de sens du ridicule ? Car au même jeu : que vaut ce texte au regard des livres de Finkielkraut ? Rien, misère, pré adolescence intellectuelle ...

    sidoine Le 21 août 2015 à 23:37
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  • On pourra également consulter : "Nationalistes et nationaux" de l’historien Henri Guillemin.
    Comme introduction voir : http://blogs.mediapart.fr/blog/vingtras/101013/nationalistes-et-nationaux

    Robert Spire Le 22 août 2015 à 12:15
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  • Cet article fait totalement l’impasse sur la violence sociale à laquelle sont soumises les classes populaires.
    La dérégulation financière des années 80 et la construction européenne libérale sont allées de pair avec une libéralisation des échanges, une ouverture accrue des frontières aux marchandises et aux hommes, une mise en concurrence des salariés au sein de l’europe : tout ceci concourant à la paupérisation et à la violence sociale.L’auteur de l’article semble ignorer les conséquences de l’abaissement des frontières.
    Par ailleurs, l’auteur de cet article stigmatise dans un bloc uniforme des personnes qui n’ont pas grand chose à voir entre elle, sauf le fait qu’elles questionnent la bienpensance de goche.
    Continuez à invoquer des valeurs qui sont des incantions dans le contexte actuel...

    Jack Le 25 août 2015 à 20:00
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  • Je trouve, pour ma part, l’article très juste sur de nombreux points. Je relèverai cependant un passage crispant dans votre article, et révélateur de la pensée journalistique : le rapprochement de penseurs "médiatiques" (sic), censés être des promoteurs de néo-libéralisme, dont "François Furet, Marcel Gauchet, Luc Ferry, Pierre Rosanvallon". Quel amalgame et quelle confusion ! Pourquoi les journalistes n’apprennent-ils pas la précision ou l’art de la distinction, plutôt que l’art du fourre-tout ? Je ne vois pas bien ce que Ferry vient faire là (il est de droite et très hostile au communisme, mais à ce titre vous auriez pu ajouter à la liste des centaines de noms). Je vois encore moins ce que Rosanvallon vient faire là ; vous pouvez invoquer son appartenance à l’EHESS comme les autres, et alors ? Ce qui est rageant c’est qu’il suffit de le lire ou d’écouter ses conférences au Collège de France sur la démocratie pour réaliser qu’il n’a rien faire ici... C’est le contenu des thèses d’un auteur qui importe, non une étiquette abusivement utilisée pour un rapprochement hasardeux... Je comprends le traitement que vous vouliez infliger à Furet, mais on peut lui reconnaître d’avoir proposé une vision nouvelle de la Révolution, sans lui imputer d’intentions fascistes ! Énoncer des thèses paradoxales ou, pire, opposées à la vision unique de l’histoire proposée par certains historiens, c’est si grave que cela ? Enfin, vous commencez l’article en vous étonnant, fort à propos, de l’incongruité d’une Une de journal associant Paxton à Zemmour. N’est-il pas aussi incongru de mettre sur le même plan les écrivains sus-nommés (je mets à part Luc Ferry, pour des raisons d’incompétence) et des chroniqueurs ?

    Gilles Le 25 octobre 2015 à 19:23
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