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Accueil > Idées | Par Gaël Brustier | 1er avril 2018

Le grand retour des cathos de gauche

Éclipsés depuis de nombreuses années et, en particulier, depuis 2013 et le paroxysme de La Manif pour tous, les "Cathos de gauche" sont de retour. Analyse d’un champ de bataille au sein du monde catholique, mais qui concerne l’ensemble du pays.

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Le monde catholique français, après cinq ans de Pontificat de François, pape « venu du bout du monde » latino-américain, et cinq ans après La Manif pour tous (LMPT), vit de nouvelles évolutions. La "rébellion" dans le désir de "dialogue" de jeunes militants catholiques à propos du droit à l’IVG est peut-être le coup d’envoi d’un réveil des catholiques de gauche.

La matrice dominante du catholicisme français doit être analysée au prisme de l’héritage intellectuel (et pontifical) de Joseph Ratzinger. Oui, il existe bien une génération Benoît XVI. Elle marie des aspirations et des préoccupations, des visions du monde et des intérêts théologiques empruntant à deux grandes familles du catholicisme : les communautés charismatiques et les traditionalistes.

2013 : l’odyssée tradismatique

Les charismatiques sont des pentecôtistes, c’est-à-dire qu’ils donnent une importance décisive à l’esprit saint. Les "tradis" critiquent Vatican II et font de la "messe en latin" (en fait, du rite selon Saint-Pie V) leur étendard. Cette génération Benoît XVI a donc sa cohérence inspirée par Joseph Ratzinger-Benoît XVI. Son ouvrage le plus connu demeure La foi chrétienne hier et aujourd’hui, monument d’initiation à la théologie. C’est vers son texte de "préface à la nouvelle édition pour l’an 2000" qu’il faut se tourner pour comprendre les soubassements théologico-politiques du "tradismatisme" tel qu’il est né au tournant des années 2000.

Joseph Ratzinger réalise un texte à visée hautement point politique. Ratzinger est clair : la génération de 1968 a contesté non seulement les impasses du monde de la reconstruction mais, plus gravement, établi que « tout le cours de l’histoire depuis la victoire du christianisme avait fait fausse route et avait échoué ». La prétention de cette génération de mai 68 à « vouloir faire mieux » était la source empoisonnée du monde tel qu’il apparaissait trois décennies plus tard.

Nous nous situons là au crépuscule du règne de Jean-Paul II, sous le pontificat duquel les communautés post-conciliaires charismatiques se sont épanouies, et les régimes issus du "socialisme réel" se sont finalement effondrés au cours de l’année 1989. Joseph Ratzinger constate que « le christianisme n’est pas parvenu, à ce moment historique, à se faire reconnaitre clairement comme une alternative qui fait date ».

Voilà la problématique à laquelle le monde catholique fait alors face. Réconcilier l’Église de Pierre, réconcilier les catholiques, ce sera l’ardente obligation du Pontificat de Benoît XVI qui cherchera, par-delà des vicissitudes plus médiatiques que politiques, à faire de l’Église post-1989 un acteur de la marche du monde, c’est-à-dire à lui permettre d’affronter un enjeu nouveau par rapport à celui qui se posait à celle de Jean-Paul II en 1978 : le matérialisme capitaliste et, déjà, la question écologique…

Janvier 2018 : un retour dans la vie sociale et politique

Au mois de janvier 2018, c’est du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), que vient le coup d’envoi du grand retour des cathos de gauche, dans l’univers catholique évidemment, mais aussi dans la vie sociale, civique, politique. Le MRJC est le successeur de la Jeunesse agricole chrétienne (JAC), mouvement d’action catholique orienté sur le monde agricole, désormais plus généralement sur les mondes ruraux.

Le MRJC affirme œuvrer pour « l’égalité » et la « justice sociale » et se veut « outil d’émancipation au service de la société ». Le MRJC, qui touche 7.000 jeunes par an environ, invite les siens à « comprendre le monde qui [les] entoure » et organise à cette fin des "Fabriques du monde rural" dans le Revermont, le Limousin, la Franche-Comté, la Picardie. C’est ce mouvement qui, à la veille de la "Marche pour la vie", publie le communiqué le 19 janvier 2018 affirmant « le droit fondamental pour les femmes et les couples d’avoir recours à l’IVG ».

Cinq années se sont écoulées depuis les grandes manifestations hostiles au "mariage pour tous" et c’est sans doute la première fois qu’une réponse venant de l’autre partie du monde catholique français prend un tout assez spectaculairement polémique. Ce communiqué suscite immédiatement de très vives réactions dans ce monde, mais il révèle que, pour un certain nombre de catholiques, La "Marche pour la vie" ne représente pas la meilleure façon de diffuser les évangiles dans la société.

Une galaxie remise en mouvement

Jusqu’ici, le monde des cathos de gauche souffrait au moins autant de la désarticulation d’un grand récit discursif ancré dans la société que de leur désorganisation. Pourtant, alors que le bouillonnement du vaste mouvement conservateur issu de La Manif pour tous attirait l’attention, les mouvements "cathos de gauche" se réorganisaient.

Outre des mouvements d’action catholiques comme le MRJC ou la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), on doit compter avec un nouvel acteur : la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF). Ce mouvement rassemble des croyants qui promeuvent une réforme de l’Église (ordination d’hommes mariés, femmes diacres…). Témoignage Chrétien existe toujours, également, et les voix des "cathos de gauche" se font entendre dans la presse catholique (dans La Vie évidemment, Pèlerin ou La Croix).

Avec l’essor de nouvelles jeunes figures spirituelles comme Adrien Candiard, mais aussi avec des phénomènes d’édition comme les ouvrages du théologien jésuite Joseph Moingt (aujourd’hui âgé de cent deux ans), l’univers des catholiques français est bousculé spirituellement par des esprits qui, par-delà leur écart générationnel, innovent dans la façon de transmettre la foi et contribuent à mettre au défi le confort des certitudes. Le terreau nouveau ainsi créé est plus réceptif aux questionnements des catholiques qui s’interrogent sur la meilleure manière de faire partager leur foi.

Le pontificat François, inspiré par la théologie du peuple, proche parente de la théologie de la libération, a cinq ans… soit l’âge de La Manif pour tous. Il était certain que ce pape inspirerait de jeunes catholiques. Le MRJC domine actuellement cette galaxie par la puissance symbolique de la controverse créée à l’occasion de son communiqué sur l’IVG, mais, au-delà, c’est tout un monde qui se met de nouveau en mouvement.

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Vos réactions

  • C’est un des protagonistes de la révolution citoyenne car nous ne sommes pas que les héritiers de 89 mais aussi des millénaires antérieurs. Que les gauchos intellos impriment bien cela !

    Dominique FILIPPI Le 2 avril à 15:55
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  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_anti-religieuse_soviétique

    C’est pour eux qu’on a construit les goulags dans un premier temps.

    kheymrad Le 20 avril à 13:42
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