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Accueil > Politique | Par Luc Malon | 9 mai 2016

Le PCF entre doutes et désirs de radicalité

Étape cruciale avant le 37e congrès de début juin, le vote sur la "base commune de discussion" qui vient d’avoir lieu éclaire sur ses enjeux : stratégie pour 2017, projet communiste, transformations du parti… Ses résultats sont riches d’enseignements.

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Aux lectrices et lecteurs peu familières du processus quelque peu complexe, on rappellera les principales étapes : le Conseil national a fixé, en janvier, le calendrier et l’ordre du jour du congrès. S’ensuit une longue étape où la direction sortante rédige sa "proposition de base commune de discussions des communistes", adoptée par le Conseil national le 6 mars, pendant que les communistes débattent dans leurs sections et à travers des "contributions" [1]. Les communistes qui le souhaitent ont alors un mois pour soumettre des propositions de "texte alternatif" à celui de la direction, en remplissant des conditions strictes [2]. Les communistes votent ensuite pour choisir le texte qui deviendra la base de discussion, qui sera ensuite amendée au niveau local, départemental puis national.

[Lire aussi "PCF : l’ère des incertitudes"]

Cinq textes soumis au vote

Cinq textes étaient soumis au vote des communistes : outre le texte de la direction, voté à plus de 80% par le Conseil national sortant, trois textes représentaient la ligne "identitaire", émanant des mêmes groupes qu’au congrès précédent : celui du groupe "La Riposte", celui du groupe "Faire vivre et renforcer le PCF" (émanant notamment du Pas-de-Calais et du Rhône) et le dernier intitulé "Reconstruisons un parti de classe" (Paris 15e, Tarn, Aisne…).

Nouveauté en revanche : un dernier texte, intitulé "L’ambition communiste pour un Front de gauche populaire et citoyen". Un texte né, selon ses signataires, « de la sérieuse inquiétude [ressentie] à la lecture du projet du Conseil national », sur le projet (« une liste de propositions pour une politique "de gauche" ») et profondément sur la stratégie de la direction en faveur d’une « candidature commune à gauche » dont les primaires seraient l’outil, analysée comme un retour à la vieille recette de "l’union de la gauche" qui assurerait « une défaite de longue portée ». Et de proposer : continuer la stratégie du Front de gauche et l’approfondir au travers notamment d’assemblées citoyennes souveraines et, pour 2017, d’ "Assises de la gauche de transformation sociale et écologique", assumer la « rupture claire avec un PS discrédité », nécessaire à une « dynamique populaire »

Un texte qui crée la surprise aussi par ses signataires : des figures "historiques" du PCF (Roland Leroy, ancien directeur de l’Humanité, Claude Mazauric, historien…), des jeunes responsables et élu-e-s (Hugo Poidevin, Emmanuelle Becker, Hugo Vandamme, Yann Le Lann, Manuel Menal, Fanny Gaillanne, Hugo Touzet…), des dirigeants nationaux actuels (Frédérick Genevée, Frank Mouly) et de l’époque de Marie-George Buffet (Patrice Cohen-Seat, qui fut son bras droit, Nicole Borvo, ancienne présidente du groupe au Sénat, Jacques Fath, ancien responsable à l’international…), des maires (Patrice Leclerc, Sylvie Altman)…

Un débat vif pour des résultats inédits

Une nouveauté pas passée inaperçue, au vu de la polarisation des contributions, qui ont vu se succéder argumentaires en faveur du texte alternatif "Ambition communiste", réponses de dirigeants nationaux à ses signataires (Igor Zamichiei, secrétaire fédéral de Paris, Robert Clément, ancien président du Conseil général de Seine-Saint-Denis…), réponse des textes dits "identitaires", adresse aux communistes du secrétaire national et résolution du Conseil national pour « préciser l’orientation » et réintroduire dans le discours des références au Front de gauche et l’assurance d’une indépendance vis-à-vis de « Hollande, Valls et consorts ».

Résultat d’un vif débat : la proposition de la direction obtient sa majorité au forceps avec 51,2%, score le plus bas de l’histoire, dans un parti toujours profondément marqué par le légitimisme ; elle est minoritaire dans près de 40% des départements, dont Paris, le Rhône, la Seine-Maritime ou le Nord ; le texte "Ambition communiste" réunit près d’un quart des votants (23,7%), tandis que les trois textes identitaires se partagent le quart restant.

Historique aussi, le nombre de votants et le nombre de cotisants : 30.127, soit près de 20.000 de moins que pour le choix du candidat à la présidentielle, en 2011 ; et près de 5.000 de moins qu’au précédent congrès, en 2013. Tandis que le nombre de cotisants recule de 13.000 en trois ans (51.000 contre 64.000 en 2013 et 70.000 en 2011).

Une volonté d’ambition et de radicalité

Des chiffres qui traduisent, d’une part, la difficulté d’un PCF qui souffre depuis 2012 de la perte de la dynamique du Front de gauche, et la difficulté pour la direction de mobiliser dans ce congrès derrière l’orientation proposée de « socle commun » réunissant la gauche du PS, Europe Écologie-Les Verts et le PCF derrière une candidature décidée dans une primaire de plus en plus hypothétique.

Car la nouveauté des résultats du congrès réside assurément dans le score du texte "Ambition communiste" : les trois textes identitaires réunissent précisément le même score qu’au précédent congrès ; et si les voix sont redistribuées entre elles, leurs zones de force restent exactement les mêmes (fédérations du quart Nord-Est, Nord, Pas-de-Calais, Rhône, Isère…).

Ainsi, 49% des votants ont exprimé leur désaccord avec la stratégie proposée, tournée vers la gauche du PS pour des « mesures d’urgence », refusée par l’ensemble des textes alternatifs ; et la volonté d’affirmer un projet plus radical, davantage en rupture, sans minimiser l’ampleur des désaccords sur le fond entre tous ces textes.

Rassembler avec la présidentielle en toile de fond

Difficile de séparer ce débat, en réalité, du choix de candidats à l’élection présidentielle. Après la déclaration de candidature, largement prévisible, de Jean-Luc Mélenchon, l’équation est difficile pour le PCF : soutenir son candidat de 2012, crédité de 12 à 16% dans les sondages, mais dont le départ en solo a échaudé nombre de communistes ; présenter un candidat communiste en solo, comme le préconisent les textes 3 et 4 ; ou construire une autre candidature avec la gauche du PS et EELV, en faisant le pari très incertain de son émancipation, et au prix de se contenter de « mesures d’urgence » ?

Assurément, la direction nationale devra tenir compte des résultats du vote des communistes, tant sur la participation que sur le choix des textes. Et pour rassembler une majorité large derrière elle, elle devra tenir compte des doutes profonds, de la volonté d’ambition et de radicalité, à la fois dans ses choix stratégiques, son projet et la composition de sa direction.

Notes

[2Les textes alternatifs doivent être proposés par au moins trois-cents communistes à jour de leur cotisation, issu-e-s du quart des fédérations, chaque fédération ne pouvant représenter plus de 10% des signataires.

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  • Compte tenu de la tradition de "légitimisme" justement notée dans le texte, le vote des militants communistes s’apparente à une claque monumentale sur la joue rose pâle de Laurent et de ses sbires pro-solfériniens !
    Il est tout à fait clair à présent que des milliers de communistes refuseront de jouer à nouveau le rôle porteurs d’eau du Parti Soumis, et se tourneront vers la France insoumise.

    François 70 Le 9 mai à 12:07
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  • Ces résulltats montrent que le dynamique en cours d’effacement du PCF conduit à sa disparition.

    Bertrand Plantain Le 9 mai à 12:08
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  • Je suis très étonné que l’on ne parle plus de programme au PCF. Et "L’Humain d’abord" ? Il n’existe plus ? Ce n’est plus le programme du PCF ? Même si quelques améliorations sont encore à faire.
    La grande question du Congrès sera : TSM ou Mélenchon ?
    Comme on disait dans la cour de récré : "la bourse ou la vie" !
    La réponse à cette question me paraît difficilement contournable pour une large majorité des communistes !

    Pierre Magne Le 9 mai à 19:30
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  • Pour ma part, j’ai voté pour ce fameux texte alternatif 1, mais je refuse de suivre Napoléon-Mélenchon.

    Antoine BERTRAND Le 9 mai à 22:47
       
    • Antoine est sans doute de ceux qui pensent encore que le passage de 2 à 11% des suffrages obtenu en 2012 est dû au seul militantisme des communistes. Même si nous avons besoin de tout le monde pour espérer convaincre une majorité de Français, rejeter ainsi Mélenchon comme certains le font est, à mon sens, une erreur politique grave. Car il est bien parmi les seuls qui, depuis 4 ans, ont réussi maintenir en vie nos idées sans jamais aller se compromettre avec le parti solférinien. Les sondages actuels sont là pour en apporter la preuve. Il n’a rien perdu de ses 11%, et au contraire il se trouverait en progression.
      Maintenant, si c’est juste le bonhomme qui ne te plaît pas, j’attends que tu nous fasses tes propositions. Mais attention ! Cela va être dur de trouver quelqu’un dont on est sûr qu’il n’ira pas s’acoquiner avec "la gôche" à le première occasion venue.

      Alain Santacroce Le 10 mai à 07:13
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    • Je souhaite pour Antoine qu’un PCF soit candidat à la Présidentielle puisqu’il ne veut pas voter pour Napoléon-Mélenchon. Sinon il devra voter pour Hollande, Macron ou Juppé ! Ce candidat PCF fera-t-il 2%, 3% ? Et Mélenchon 11% ? Et pour la législative après, idem ? En effet les investitures des insoumis, aux législatives, seront décidées par les insoumis ! Il est vraiment dur en affaire ce Napoléon-Mélenchon ! Il n’accepte pas de se faire rouler dans la farines quatre fois de suite par les mêmes ! (Municipales, départementales et régionales). Je comprends donc la réaction d’Antoine. Mais Antoine ne doit pas savoir que le programme de Napoléon-Mélenchon, c’est l’Humain d’abord, qui est aussi le programme du PCF ! Personnellement je crois donc que la seule solution raisonnable en 2017 pour les jeunes, les chômeurs, les salariés et les retraités, ce serait que beaucoup de communistes deviennent aussi de vrais insoumis ! Mais cela semble bien être le cas actuellement !

      Pierre Magne Le 12 mai à 18:38
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