Accueil > Monde | Par Loïc Le Clerc | 18 décembre 2015

Législatives espagnoles : des élections à quatre inconnues

Dimanche, l’Espagne s’apprête à vivre des élections législatives historiques. Depuis l’apparition de Podemos et de Ciudadanos, le bipartisme semble appartenir au passé. Mais ce passé n’est pas encore mort.

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Désormais, l’hégémonie espagnole du Partido popular (PP) et du Partido socialista obrero espanol (PSOE) doit s’adapter à deux nouveaux rivaux dont la dynamique pourrait bien mettre à mal leurs schémas politiques traditionnels : Podemos et Ciudadanos. La corruption, l’économie et la Catalogne sont les principaux thèmes du débat. Rappel : ces élections générales – l’équivalent de nos législatives – se tiennent en un tour, à la proportionnelle (voir encadré ci-dessous).

Izquierda unida / Podemos : la division des gauches

Cette année 2015, Podemos a souffert de son manque d’expérience. La formation a certes obtenu des scores respectables aux élections régionales, meilleurs encore aux municipales, mais sa stratégie politique nationale reste mal déterminée. Où se placer sur l’échiquier ? Gauche radicale ou centre-gauche ? Faut-il privilégier les "cercles" et la démocratie directe, ou centraliser le pouvoir en vue de l’élection suprême ? En réalité, Podemos mêle ces contradictions. Son seul ennemi, c’est cette "caste" d’ultra-privilégiés corrompus et cyniques. Pablo Iglesias le disait lui-même : « Nous sommes seuls dans le camp de la social-démocratie ».

Seulement, à trop se pencher sur sa droite, Podemos a créé un appel d’air pour Izquierda unida (IU), ressuscité pour ces élections. Le candidat d’IU, Alberto Garzon, aura refusé de lâcher ses pauvres restes pour s’allier avec Podemos, dont le programme est presque un calque du sien. IU demeure fait perdurer une division de la gauche espagnole, alors que dans la plupart des communautés autonomes, Podemos a rallié les partis régionaux de gauche (dont la gauche catalane menée par la maire de Barcelone Ada Colau), dont l’influence est majeure en Espagne.

Ciudadanos, renfort pour la droite

Pendant ce temps, le PSOE intensifie sa campagne. Certains d’être débordés sur leur droite, les socialistes recadrent leurs propositions à gauche. C’est le cas pour deux thèmes d’une importance capitale en Espagne : la Constitution, symbole d’une transition démocratique fallacieuse. Pedro Sanchez, candidat du PSOE, a promis de la remettre « à l’heure du XXIe siècle ». Autre thème clé : le statut des communautés autonomes. Sanchez prévoit de faire de l’Espagne un État fédéral, reconnaissant les « singularités de l’Espagne et de la Catalogne ».

Le PP sera-t-il sauvé par la "récupération économique" et le soudain retour de la croissance ? Ce sursaut conjoncturel fera-il oublier les millions de chômeurs, de précaires, de pauvres ? Si l’on se fit aux sondages, le PP arriverait en tête, avec 28% des suffrages. La deuxième position semble se disputer entre le PSOE et Ciudadanos autour des 20%. Quant à Podemos, il reste quatrième et peine à se maintenir au dessus de 15%. Après additions hypothétiques, le bloc de droite est majoritaire [1]

La surprise des ces élections viendrait donc de la droite, avec Ciudadanos. Plus de centre-droit que son grand frère le PP, Ciudadanos grappille des voix à Podemos sur le terrain du "changement". Albert Rivera, son leader, entend mettre de l’ordre à droite et tourner la page de la corruption. Ce qu’il faut entendre par ce populisme-là, c’est que Ciudadanos sera bien plus libéral que le PP, trop conservateur, voire immobiliste. Pour mieux cerner Rivera, imaginez Emmanuel Macron président…

Le dilemme d’un soutien au PSOE

Face à cela, la stratégie de Podemos est simple : constituer la première force de gauche. Ses dirigeants répètent sans cesse que les sondages donnaient perdantes les maires de Madrid et Barcelone, dénonçant les instituts de sondages, avec le relai des médias dominants, comme un outil de communication du gouvernement. Ce qui explique que le PP ait opté pour le silence quasi absolu de son champion Mariano Rajoy.

Difficile d’attaquer le gouvernement sur ses positions actuelles : il n’en a aucune. Podemos continue donc d’accuser la classe politique de jouir de privilèges « honteux », pour citer Iglesias face aux sénateurs. Le candidat de Podemos garde espoir en sa victoire surprise, convaincu qu’entre lui et le candidat de la droite, le PSOE soutiendra son investiture. Encore faut-il arriver devant les socialistes

Iglesias accuse le PSOE d’être atteint du « syndrome Dr Jekyll et Mr Hyde », promettant de taxer les plus riches tout en affirmant vouloir couper nombre d’aides sociales (et ce n’est qu’un exemple). Sauf que c’est vraisemblablement le PSOE qui sera en position de force à gauche. Podemos acceptera-t-il d’aider les socialistes à accéder au pouvoir (sans pour autant gouverner à ses côtés), alors que ceux-ci sont depuis le début associés à la "caste" ? Iglesias a déjà refusé cette éventualité. Mais ce choix sera-t-il à l’ordre du jour, ou bien balayé par une majorité PP-Ciudadanos ? La déception d’une déroute électorale de Podemos serait aussi grande que l’espoir que le parti suscite aujourd’hui.

élections générales, mode d’emploi

Ce dimanche 20 décembre, l’Espagne renouvelle son Congrès, composé de 350 députés élus au suffrage universel direct. Il s’agit d’une élection à un tour. Le Congrès élit le président du gouvernement.

Le mode de scrutin est proportionnel et les circonscriptions sont les cinquante provinces espagnoles ainsi que les villes de Ceuta et Melilla. La méthode utilisée est la formule d’Hondt. De plus, les provinces se voient attribuer un nombre de sièges proportionnel à leur population, mais en ont au minimum deux, créant un léger avantage pour les provinces les moins peuplées. Le système accorde aussi un bonus aux deux grands partis, qui sont presque sûrs d’obtenir un siège dans chaque circonscription, alors que les plus petites formations ne peuvent espérer être représentées que dans les grandes circonscriptions.

Autre chambre renouvelée : le Sénat. 208 sénateurs sont élus au suffrage universel direct majoritaire – quatre par province, un ou trois pour certaines îles des Baléares et des Canaries et deux pour Ceuta et Melilla. 56 sont désignés par les communautés autonomes (un par communauté autonome, plus un par tranche de un million d’habitants).

Si le Congrès des députés ne parvient pas à s’accorder sur le choix d’un président du gouvernement dans les deux mois qui suivent les élections, de nouvelles élections sont convoquées.

Source : http://elections-en-europe.net

Notes

[1Quoiqu’un dernier sondage prédise une totale redistribution des cartes en faveur du bloc PSOE/Podemos.

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