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Accueil > Monde | Par Loïc Le Clerc | 27 juin 2016

Législatives espagnoles : Podemos encore loin de la victoire

Le "sorpasso" n’aura pas eu lieu. En Espagne, les conservateurs sont premiers sans allié pour gouverner. Les socialismes agonisent et s’en disent satisfaits. Et Podemos, malgré des alliances toujours plus larges, n’arrive pas à s’imposer en vainqueur.

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Toute l’Espagne retenait son souffle. Les sondages le prédisaient : le "sorpasso" va avoir lieu ce 26 juin 2016. Comprenez : Podemos va dépasser le PSOE, en nombre de suffrages et peut-être même en nombre de siège au Congrès espagnol. Mais les résultats sont tombés : pas de sorpasso. Les visages sont fermés du côté de Podemos. On s’attendait vraiment à mieux.

Perte d’électeurs, pas de sièges

Ceci n’est pas un deuxième tour. Le 20 décembre dernier, aucune alliance n’avait su trouver une majorité. Voilà pourquoi les Espagnols sont retournés aux urnes ce dimanche 26 juin. Podemos, pourtant très attaché à son indépendance nationale, a finalement pactisé avec Izquierda unida (IU) pour former, avec d’autres partis régionaux, la liste "Unidos Podemos" (Unis, nous pouvons). Le résultat est resté en-deçà de l’espoir : 21,1% des voix, soit 71 députés. Pablo Iglesias perd plus d’un million d’électeurs par rapport aux dernières législatives – mais l’alliance avec IU et la loi électorale espagnole font qu’au final, Podemos ne perd ni ne gagne d’élus.

Le PP du premier ministre sortant Mariano Rajoy se maintient en tête avec 33% des voix (137 élus, 14 de plus qu’en décembre), bien aidé cette fois-ci par le retour des voix de ceux qui, plein d’espoir, étaient allés voter Ciudadanos en 2015. Le "Podemos de droite" tombant à 32 élus (13%), il perd beaucoup de son pouvoir d’influence. Le PSOE s’effondre à 85 députés (22,6%). Après les élections de décembre, les socialistes avaient fait alliance avec Ciudadanos. Cette stratégie est aujourd’hui sanctionnée par leur électorat. Les socialistes réalisent là le pire résultat de leur histoire, et leur première réaction a été de se satisfaire de rester la deuxième force du pays. Jusqu’à quand ?

La clé de l’élection : le PSOE

Comme en décembre, aucun parti n’est en mesure de gouverner seul. Mais le jeu des alliances s’annonce tout aussi compliqué. Pour que le PP gouverne, il faudrait soit que le PSOE s’abstienne au Congrès, soit qu’il accepte de former avec lui une grande coalition. Dans les deux cas, les socialistes sont déjà déchirés sur la stratégie à adopter.

Le PSOE a également d’autres options. Proposer un gouvernement avec Ciudadanos. Il faudra tout de même que le PP s’abstienne, éventualité inconcevable en décembre qui le paraît encore plus maintenant que les conservateurs progressent dans les urnes… Reste l’alliance Unidos Podemos-PSOE. À elle seule, cette alliance ne peut gouverner. Mais avec le soutien des partis régionaux, la majorité absolue serait atteinte. Seul bâton dans la roue du PSOE : l’aile droite du parti refuse d’entendre parler de pluri-nationalité de l’Espagne, encore moins d’indépendance, et devrait ainsi refuser a priori ce type d’alliance.

Le socialiste meurt mais ne se rend pas

Jamais Pablo Iglesias ni aucun autre dirigeant de Podemos n’aura cessé de tendre la main au PSOE. Mais celui-ci s’est renfermé sur lui-même. Historiquement au plus bas dans les urnes, le socialisme espagnol n’est plus en capacité d’offrir un projet de société à son électorat. Symbole d’une social-démocratie en perdition (s’il en fallait encore un), le PSOE n’est plus que querelles internes, batailles de pouvoir, sauvetage de ses restes.

Confrontés à l’impuissance qui les caractérise désormais, il ne reste plus aux socialistes que deux issues : la rupture, afin que l’aile gauche du parti vienne combler le petit rien qui manque à Unidos Podemos pour obtenir une majorité parlementaire, ou le suicide, en formant une coalition avec la droite. Alberto Garzon, le chef de file d’IU, endosse le costume du bon flic (« Notre objectif est de transformer la société et nous allons avoir besoin du PSOE pour ça »), Pablo Iglesias endosse celui du bad cop : « C’est à eux de décider s’ils préfèrent un gouvernement avec le PP ou avec nous ».

Lire aussi : "Alberto Garzon, bras gauche d’Unidos Podemos"]

"Unidos Podemos", une alliance à entretenir

Si le résultat est en dessous des attentes, il ne faut pas se décourager pour autant. Unidos Podemos est viable. Il aura pour cela fallu additionner les forces : Podemos, IU, Equo (parti écologiste), En Marea (gauche galicienne), En Comú Podem (gauche catalane), Compromis (gauche valencienne). Peut-être faudra-t-il convaincre quelques socialistes de quitter leur épave pour venir gonfler les rangs de la gauche.

Si la victoire n’apparait pas encore dans les urnes, la dynamique est bien en faveur de Pablo Iglesias, d’Alberto Garzon et de tous ceux qui font cette alternative. « Hasta la victoria siempre », a ainsi lancé Iglesias à la foule, après l’annonce des résultats. La victoire culturelle sur un socialisme complice de la droite semble proche. Restera alors à se confronter à un conservatisme fort. Ce 26 juin aura eu sa morale : la victoire n’est jamais facile, la défaite non plus. Et si le PSOE bloque à nouveau la situation, avec un "ni oui ni non" ? L’Espagne pourrait bien retourner aux urnes.

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Vos réactions

  • Podemos a perdu 1 millions de voix entre décembre 2015 et juin 2016. L’alliance Podemos-Unidos n’était peut être pas une bonne idée.

    julien Le 27 juin à 12:37
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  • Podemos et IU ensemble ont perdu plus d’un million d’électeurs (5 millions contre 6,1 en décembre).

    julien Le 27 juin à 12:39
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  • J’ai du mal à comprendre comment vous pouvez parler d’une dynamique favorable à Podemos quand ce parti perd pratiquement 1 million de voies.
    N’y a t il pas lieu de s’interroger sur ses limites : ambiguïté face au PSOE, suffisance et bavardage nombriliste de son leader, pas de représentant des classes populaires dans ses instances dirigeantes ... ?

    Monsieur HR Le 27 juin à 13:32
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  • Ou sont passées les voix qui manquent à l’appel ?

    choucroute Le 27 juin à 15:17
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  • Ce que je remarque, c’est que l’Huma et Politis n’ont toujours pas réagi aux élections espagnoles. L’article en une de l’Huma dimanche soir a disparu.

    fabrice Le 27 juin à 17:22
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  • le brexit a sans doute provoquer une peur de"l’aventurisme"lié à unidos podemos dans l’esprit d’une partie des electeurs,cette peur ayant été nourri par les mass medias

    yann Le 29 juin à 12:48
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