Accueil > Politique | Par Aline Pénitot | 16 février 2015

Les Chantiers d’espoir, une page blanche pour la gauche

La gauche de gauche se cherche, mais retrousse ses manches. Rassemblés pour la première fois samedi 7 févier, les premiers signataires de l’appel Chantiers d’espoir veulent redonner du mordant à la politique, et renouveler les pratiques.

Vos réactions (9)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

« De nombreuses personnes veulent redonner du sens à la politique », affirme Caroline De Haas. Cette militante féministe, échappée du PS en 2014, a la pêche. Elle ressort de la première réunion parisienne des Chantiers d’espoir qui s’est tenue samedi 8 février. Elle se dit « attachée aux orgas » et elle était un peu sceptique sur la démarche, mais « là, vraiment, on a amorcé quelque chose de nouveau ! »

Caroline De Haas est particulièrement touchée par les nouvelles méthodes qui s’inventent : « Par exemple, chacun a mis son nom, prénom et si besoin organisation sur un post-it à l’entrée. Une fois aux tables rondes, nous nous présentons uniquement par notre prénom, chacun bénéficie du même temps de parole, finie la monopolisation de la parole. On s’est enfin retrouvé sur un réel pied d’égalité. » Un petit détail qui pourrait faire sourire ou un réel changement culturel dans la manière d’aborder la politique ? L’avenir nous le dira.

Laisser surgir les idées nouvelles

Ce devait être des assises pour la transformation sociale initiées par le mouvement Ensemble, à l’intérieur du Front de Gauche. Peu à peu, au fil de l’automne puis de l’hiver, cinq cents personnalités ancrées à gauche ont peaufiné un appel à la création des Chantiers d’espoir. Repoussé à cause des attentats de janvier, l’appel sort le 22 janvier sur Mediapart. Le texte peut paraître de prime abord un peu succinct. Une manière efficace de ne froisser ni les uns ni les autres et de se rassembler. Mais aussi, la possibilité laissée aux idées nouvelles de surgir.

Pour ceux des Verts qui ont participé au gouvernement, pour ceux du Front de Gauche qui peinent à rassembler, il était temps de se mettre devant une nouvelle page blanche, d’aller chercher la gauche du PS et Nouvelle donne. Mais pas question de se rassembler à l’ancienne ! « On peut attendre que les têtes des partis se mettent autour d’une table et espérer qu’il en ressorte quelque chose. Ou nous parler le plus largement possible », insiste Caroline De Haas. Résonnent alors doucement les assemblées citoyennes qui ont bouleversé l’Espagne avec le mouvement des places ou accéléré la construction de Syriza en Grèce.

Combattre la crise politique

En France, la politique est en panne, la défiance contre les partis est grande, la Ve République bat de l’aile, les partis de gauche comme les syndicats perdent bataille sur bataille, les élans de l’altermondialisme semblent retombés. Les entailles orchestrées par le gouvernement de François Hollande dans les engagements de campagne du PS accentuent et accélèrent la défiance générale vis-à-vis de la politique, et même de la démocratie. Et pendant ce temps, le FN, qui apparaît comme le seul parti "anti-système" cohérent, ne cesse de progresser.

« Tout est concentré sur l’élection présidentielle, par les choix faits par un homme au sommet. L’exemple avec Hollande est flagrant. Cela influe aussi sur le comportement des militants politiques. Les partis politiques sont institutionnellement trop proches des institutions de la Ve République », nous dit Robert Crémieux, fondateur du MES, emballé lui aussi par cette première rencontre. Il est soulagé par le fait que, pour une fois, il n’est pas question de primaires, ni de choisir un candidat pour 2017, mais bien de dessiner ensemble une alternative crédible à gauche pour combattre la crise politique. «  Il y a une exigence aujourd’hui : les partis et les syndicats doivent se remettre en cause. C’est à la fois leur problème à l’intérieur mais c’est aussi une demande qui doit aussi s’exprimer de l’extérieur du point de vue du citoyen qui aujourd’hui boude les élections, les partis politiques et les syndicats. Il faut leur faire des propositions ; quitte à ce que cela les bouscule. »

Défendre les biens communs

Les succès de la gauche grecque et de Podemos sont dans toutes les têtes. Même si leurs traductions françaises ne sont pas possibles telles quelles, leurs expériences rendent tangibles le fait qu’une alternative à gauche est possible. Est-ce que le modèle français est en route ?

Alice Canabate est sociologue et co-directrice de la revue de la décroissance Entropia et travaille plus spécifiquement sur les politiques alternatives. Elle a observé ces dernières années les formes d’engagement politique qui émergent à la suite de la crise et plus particulièrement les fameuses assemblées citoyennes en Espagne et en Grèce. Elle aussi ressort stimulée par les balbutiements des Chantiers d’espoir. Mais elle ne perd pas le Nord pour autant. Pour elle : « Rien de nouveau, ni d’audacieux ne surgira si l’on s’arrête aux thématiques habituelles développées par les partis de gauche. Le pouls global de l’actualité est tout autre et il faut que l’on s’attache à vibrer avec ce pouls pour fabriquer de la politique qui nous ressemble. Parler de biens communs me semble plus audacieux ; de ce que l’on a en partage et que l’on ne veut pas céder. Par bien communs, je n’entends pas que la question de l’accès à l’eau, mais, par exemple, de la démocratie. » Et cette chercheuse en sciences sociales rêve d’un « grand pari épistémologique » où tout serait repris à la base.

Créer une large alternative à gauche

Les Chantiers d’espoir s’inscrivent pleinement dans les valeurs d’une gauche de transformation sociale. L’envie d’élaborer des propositions théoriques et programmatiques est bien présente. Mettre tout le monde d’accord avec des cultures si différentes va être un sacré défi. Pour le moment, les deux cents personnes qui se sont rassemblées lors de cette première réunion parisienne comptent bien faire tache d’huile. Ça et là, en province, des collectifs se montent. Et les collectifs antilibéraux se rappellent à notre bon souvenir. Ou au mauvais. Depuis, la gauche de gauche a tout de même fait du chemin et les équilibres ont quelque peu changé.

Prochaine étape : le 11 avril. Une journée éclatée partout en France mais coordonnée en une grande réunion nationale – sans doute avec un temps fort sur Internet. Les Chantiers d’espoir semblent bien avoir l’ambition de créer une alternative à gauche la plus large et la plus forte possible. « De toute façon, s’amuse Caroline de Haas, nous n’avons pas le choix. » À suivre !

Parmi les 500 premiers signataires : Annie Ernaux (écrivaine) et Robert Guédiguian (cinéaste), Jean Auroux, ancien ministre du travail, Annick Coupé, syndicaliste, Jean-Pierre Dubois, militant des Droits de l’Homme ; Caroline De Haas, militante féministe ; les socialistes Frédéric Hocquard et Liem Hoang Ngoc ; Françoise Castex et Isabelle Attard (Nouvelle Donne) ; Emmanuelle Cosse et Cécile Duflot (EELV) ; Pierre Laurent (PCF), Jean-Luc Mélenchon (PG) et Clémentine Autain (Ensemble) ; les économistes Jean-Marie Harribey et Henri Sterdyniak ; Roland Gori, psychanalyste, Susan Georges, essayiste, Laurent Pinatel, de la confédération paysanne...

Vos réactions (9)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Il faut une organisation structurée sinon çà ne marchera pas. Le souci légitime de ne pas structurer - pour ne pas refaire le cirque de 2006 avec les cal où le pcf a tout phagocyté - ne doit pas se perdre dans les sables d’un "Bové bis"...Ce ne doit pas être non plus un cache-sexe de gauche pour ceux qui ont souscrit à l’austérité...Pour ce qui est de 2017 qui est - qu’on le veuille ou non - ce qui intéresse les gens , on a un très bon candidat ....celui de 2012...

    Dominique FILIPPI Le 16 février 2015 à 08:45
  •  
  • Enfin on retrouve l’élan de la gauche plurielle, un grand ouff de soulagement !
    Allons donc panser ces quelques petites "entailles" dans le programme fondamentalement juste d’Hollande, puis tous les espoirs seront permis !
    Quelques questions quand même :
    Raisons de la crise capitaliste mondiale ?
    Raisons de l’intégration totale de la social-démocratie dans les règles concurrentielles de la mondialisation et de son ordre sécuritaire ?
    Raisons de la désertion complète des gros et petits partis de gauche par les milieux populaires, y compris à cette réunion ?
    Révolution des conseils ou réunions de clubs ?

    Goldwasser Le 16 février 2015 à 13:14
       
    • Bravo ! D’accord avec vous.

      Rafik Le 16 février 2015 à 13:41
  •  
  • Vivement un grand parti épistémologique ! Devant une grande page blanche immaculée on dessinera une alternative crédible
    (chacun(e) un petit bout), on invitera les copains de la gauche du PS et Nouvelle Donne et tous les autres et on écoutera les idées nouvelles émerger des convergences libérées . On écrira sur des post-it et on ne connaitra que nos prénoms. Chic chic chic... Vivement demain ! Que n’y avions nous pensé plus tôt !

    Fulgence Le 16 février 2015 à 13:48
  •  
  • Regards virerait-il intello bobo branché ? Très "parisien" (propriétaire ou locataire... au prix où c’est....) cet article...on est très très loin de" l’ère du peuple"...

    Dominique FILIPPI Le 16 février 2015 à 15:27
  •  
  • Loin de l’ère du peuple effectivement, c’est un peu le but du jeu. Contourner Mélenchon, frayeur des Laurent, et autres ventres mous (cf. Mao). C’est vrai qu’avoir un homme politique de ce niveau à gauche çà blesse des égos. Se faire hara-kiri tout de suite est aussi une autre solution. C’est vous qui voyez.

    Mac Cullers Le 16 février 2015 à 22:14
       
    • à mon avis, çà ne marchera pas ....Mélenchon sera candidat et les autres ventres mous n’essaieront pas...sauf le super lapin Montebourg...il n’a pas fini de nous causer du tracas celui là...Les illusions sur le PS sont tenaces....et les ventres mous crient famine !

      Dominique FILIPPI Le 28 février 2015 à 09:22
  •  
  • je rêve, on rêve ? Mais non !
    Laissons, tous, nos égos, nos certitudes souvent partisannes, travaillons avec nos différences à reconstruire l’espoir d’une possible transformation politique et sociale !
    Jean Luc, Pierre, Clémentine, Cécile, Emmanuelle et tous les autres participez, écoutez comme nous tous, pour nous tous, sans prédominance ni esprit de "boutique".
    Apportons chacune et chacun notre pierre pour nourrir les "chantiers"
    Michel Le Ray 33730 Uzeste

    Le Ray Michel Le 10 mars 2015 à 12:11
  •  
  • assez désolant de mièvrerie ces articles et commentaires ; pas une seule fois les mots nationalisations, propriété des moyens de production, et d’échanges, à savoir les usines et les banques ; la propriété, c’est le pouvoir ; le capital, c’est du travail volé (Auguste Blanqui), nationaliser Bolloré, c’est libérer des gens en France ...et en Afrique, (togo), et toutes les autres firmes capitalistes qui possèdent la France...et l’Afrique. Le cimetière marin qu’est devenu la Méditerrannée est leur oeuvre. Comme les restos du coeur, les enfants qui vont à l’école en ayant dormi dans une voiture. Arrêtez de jouer les dames patronnesses (les hommes patrons) et lisez Marx et Lénine (l’Etat et la Révolution, on se croirait aujourd’hui).

    mickey l’ange Le 23 mai 2015 à 15:19
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.