Accueil > Politique | Par La rédaction | 24 mars 2015

Les départementales en 10 questions qui fâchent

Le PS a-t-il "résisté" ? Sarkozy a-t-il gagné ? Le FN est-il le "premier parti de France" ? Où était le Front de gauche à la télé ? Le "tripartisme" est-il notre nouvelle réalité politique ? En d’autres termes : quels mauvais tours nous a joués ce premier tour ?

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C’est de tradition : toute soirée électorale nous vaut son lot d’âneries et d’analyses expéditives proférées par la faune des plateaux télé, journalistes, sondeurs et responsables politiques. Retour sur ce premier tour des départementales et ses "enseignements".

Le PS a-t-il "résisté" ?

Rarement on aura vu réaction aussi rapide. 20h02 : Manuel Valls s’empresse de crier victoire, en amalgamant PS et divers gauche. Il est pourtant très abusif de les mêler. Les divers gauche ont obtenu en tout 4,7%, mais sans le PS, seuls ou avec le Front de gauche. Le PS seul est à 19,4% et ne parvient à 21,1% que grâce… au PC et aux Verts. Le total des gauches passe quant à lui de de 48 % à 36,7%. C’est le PS qui en fait les frais, en premier lieu. Le PS ne représente que 53% du total des voix de la gauche. Ces chiffres révèlent un rééquilibrage sensible du rapport de force au sein de la gauche.

Sarkozy a-t-il gagné ?

C’est le discours de Nicolas Sarkozy, bien sûr, qui veut asseoir sa position de futur candidat et de futur vainqueur des élections présidentielles, après avoir raté son retour. Mais c’est aussi celui du PS, qui a tout intérêt à instaurer le même Nicolas Sarkozy comme repoussoir, seul à même de crédibiliser François Hollande et le PS comme une prétendue alternative. Que disent les chiffres ? C’est l’ensemble UMP-UDI, unis dans la grande majorité des cas, qui réalise 30%. Qui peut dire combien fait l’UMP et combien l’UDI ? Aux européennes, l‘UMP avait atteint 20,81% et l’UDI-Modem 9,94%. Impossible de lire globalement un triomphe de la droite. Impossible également de dire si, fois ci, les proportions sont différentes et de décréter une victoire spécifique de l’UMP.

Dans l’arc méditerranéen, le recul de la droite par rapport au FN s’est poursuivi : ce n’est pas le signe d’un succès de Nicolas Sarkozy. Le succès de la droite se verra surtout dans les changements de majorité des départements. Succès dû à la faiblesse réitérée du PS et à celle d’une alternative à sa gauche. Qui plus est, ce succès relatif doit plus à l’Union de la “droite” et du “centre” qui est la ligne d’Alain Juppé, qu’à l’application de la ligne Buisson par Sarkozy. Et,déjà, la ligne du ni-ni pour le second tour fait grincer des dents, à l’UDI, et au sein même de l’UMP. Face aux échéances à venir, le "récit" de la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections départementales pourrait bien ne pas tenir le choc, y compris à droite.

Pourquoi Sarkozy amalgame-t-il FN et gauche radicale ?

Après sa sortie contre les repas de substitutions dans les cantines scolaires, Sarkozy a attaqué le FN sur un seul point : le parti de Marine Le Pen ferait la même politique sociale que Syriza. La stratégie de Sarkozy est aussi grossière que transparente. Il entend récupérer les électeurs de droite passés au FN, et espère laisser au FN ceux qui viennent de la gauche. Mais aussi, donner des gages à l’aile libérale de l’UMP, en présentant le FN comme un parti étatiste sur le plan économico-social.

Le "tripartisme" est-il notre nouvelle réalité politique ?

L’avantage du tripartisme est de présenter une solution pour la gauche en 2017 : rassembler toute ses composantes pour être devant Marine Le Pen. C’est en tout cas ainsi que Manuel Valls, dès 20h02, l’a présenté. Imposer l’idée que la gauche n’a de chance d’éliminer Le Pen du second tour que grâce à un affrontement bloc contre bloc. Toute la gauche doit donc se rassembler, indépendamment de toute question politique. En fait, le tripartisme est une manière de reformuler l’appel au vote utile : c’est bien pourquoi Cambadélis ne cesse de marteler cet argument depuis son arrivée à la tête du PS.

Le FN est-il le "premier parti de France" ?

Oui. Sur son nom, en tant que parti, il est le premier parti de France. Il passe de 4,8% en 2008 et 15,1% en 2008 à 26% en 2015. Et il est en tête dans plus de 300 cantons sur les 2.054 que compte le scrutin (parmi lesquels, notamment, les cinq départements qui composent la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, berceau du socialisme français). Mais en politique, et dans un système majoritaire, être le premier ne suffit pas. Parviendra-t-il à imposer à droite des alliances avec lui ? Reste une certitude : en terme de dynamique électorale, le FN devance amplement tous ses adversaires.
Lire aussi "Le FN élargit son emprise"

Comment s’en sort le Front de Gauche ?

Grâce à ses alliances avec les Verts, il maintient son niveau des scrutins précédents. Mais s’il enregistre de fortes progressions dans les cantons où il était le plus faible, il recule souvent là où le PCF était traditionnellement fort. Cela peut peser lourd, quand il s’agira de compter le nombre d’élus, dimanche prochain…
Lire aussi "Front de gauche : la vérité des chiffres"

Dans quelle configuration les Verts s’en sont-ils le mieux sortis ?

L’analyse est difficile. Les écologistes n’étaient présents que dans 950 cantons et se présentaient dans trois configurations : alliance avec le PS (voire parfois avec PS et PCF) dans 21% des cas, autonomie dans des 36% des cas, alliance avec le Front de gauche dans 43% des cas. Au total, ils ont obtenu 2% en autonomie, 1,6% avec le Front de gauche et 1,2% avec le PS. Bien moins qu’en 2011, à peine mieux que les Verts en 2008. Avant la création d’EELV-Europe Écologie Les Verts...

Où était le Front de gauche à la télé ?

Absent ou presque. Les médias ont préféré inviter, pour commenter ces résultats, les ministres et les représentants du PS, de l’UMP ou encore Florian Philippot pour le FN. Seuls les Verts ont eu droit de paraître. Cette faible présence laisse un boulevard aux discours moralisant sur la “division de la gauche”, cette fragmentation devenant alors l’une des principales causes avancées pour expliquer les scores du PS.

Quelle tisane avait bu Emmanuelle Cosse ?

Tilleul pour les effets calmants – voire sédatifs –, avec une pointe de camomille pour favoriser la digestion et lutter contre les angoisses. Un combo plutôt efficace. Ainsi, présente sur les plateaux, la secrétaire nationale d’EELV n’a eu qu’un message : rassemblement des gauches. Rien sur le sens du vote du premier tour.

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Vos réactions

  • Tjrs pas compris, toutes ces courbes, chiffres, pourcentages comparaisons avec les scrutins précédents..mais bon sang les régions "non votantes" surtout Paris, sont-elles défalquées, et si oui comment ? Sinon tout ça c’est bidon !

    jmjbest Le 24 mars 2015 à 10:50
       
    • La comparaison avec les élections cantonales précédentes est plus que significative puisqu’il n’y a jamais cette élection à Paris.

      Guillaume Liégard Le 24 mars 2015 à 11:47
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  • Merci
    (Mais avec les Européennes ?)

    jmjbest Le 24 mars 2015 à 12:12
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  • le Fdg est en échec grave.Son poids par rapport aux inscrits est de 3%,voire moins.
    Paris qui ne votait pas a bien sûr échappé à la déroute électorale...puisqu’il ne votait pas.Maigre consolation.La réalité est rude.
    Les classes populaires se détournent du Fdg .
    Plus grave, à force de taper sur le PCF,le pégé et autres mélenchonistes,font baisser le fdg puisque l’électorat du PCF constitue la quasi totalité des forces du fdg.
    Mélenchon et consorts scient la branche PCF sur laquelle ,ils sont assis,peut être car leur objectif funeste est de faire disparaitre le PCF..
    Par conséquent,si le fdg continue ainsi que le pégé le manipule, il meurt.
    Si le fdg continue avec le PCF,il continue,mais le PCF s’efface petit à petit..
    Mais ,les classes populaires ,avant rassemblées autour du pcf ,s’en éloignent,car sous l’influence du pégé,il s’est transformé en parti de bobos.
    le FdG et les écolos chassent dans un marigot de « classes moyennes » mélenchono-bobiste qui fait au total un peu plus de 10%.
    Si l’on fait la somme de leurs scores dans les scrutins des dix ou quinze dernières années, on aboutit toujours à peu près à ce résultat, avec une remarquable stabilité.
    Le discours des groupuscules mélenchonistes n’a aucune chance de porter en dehors de ce groupe sociologique mitterandien, et les dirigeants – et militants – du FdG sont trop sectaires pour se mettre à la place des autres et comprendre les décalages.
    Surtout lorsqu’ils sont conseillés comme Mélenchon, par l’extrémiste de droite,Buisson.

    populo Le 24 mars 2015 à 13:28
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  • Mélenchon,le politicard a bouffé le politique du fdg.
    On se « rassemble » non pas a partir d’un débat aboutissant à un compromis sur un projet, mais sur le minimum commun dénominateur de ce qu’on ne veut pas. Et ce faisant, on se condamne à se penser en éternel opposant. Croyez-vous que si EELV et consorts, au lieu de discuter des « projets ruineux et totalement inutiles »dans le Béarn, avaient commencé le débat sur ce qu’ils ont a proposer comme projets « économiques et totalement utiles », il y aurait eu accord avec les écologistes ?
    Au risque de me répéter : si la « gauche radicale » reste au stade groupusculaire, ce n’est pas parce que les électeurs l’ont ainsi décidé. C’est parce qu’elle se pense en termes de politique groupusculaire. Pour avoir une chance d’accéder au pouvoir, il faut d’abord être capable de se penser au pouvoir. Les électeurs ne sont pas idiots, et ils ne vous confieront pas le pouvoir de conduire la politique de la nation à une coalition qui n’est d’accord que pour ne pas faire.
    Ainsi,je suis confronté au même dilemme que vous dans mon canton : un homme EELV et une femme PCF. Quand on aura dit que la dame est ingénieur EDF, on imagine le beau mariage de la carpe et du lapin ! Comment voulez-vous que je vote pour un pareil "binôme" ? Moi qui suis électeur communiste depuis 40 ans, membre de l’union rationaliste, partisan du renforcement et de la modernisation de notre parc électro-nucléaire, plutôt souverainiste et partisan du retrait de l’Euro, vous m’imaginez voter pour un candidat EELV ??? Je voterai blanc en glissant dans l’enveloppe la reproduction d’un tract communiste ... de 1936 : "Pour le bonheur de la famille, votez communiste !"
    Mais aujourd’hui, on vote aussi pour une municipale partielle à Vénissieux, où les communistes "gérinistes" dirigent une liste de toute la gauche sauf le PS, contre la droite et l’extrême droite, sur des bases de classe, mais aussi contre la liste du PS soutenue par le patron de la métropole Gérard Collomb, qui aimerait bien déglinguer le dernier gros bastion rouge du sud-est de la France.
    Et là, la bataille se fait sur des idées et des programmes, pour la défense des institutions issues de la Révolution et proches du peuple : la commune, le département, la République une et indivisible dont les territoires sont solidaires, notamment grâce à l’unicité des services publics, contre l’idée européiste des métropoles et des régions concurrentes et "mieux offrantes" au capital. Je suis de ceux qui souhaitent que cette municipale montre que les communistes peuvent l’emporter quand ils sortent le drapeau rouge de leur poche. Les électeurs nous diront cela...

    populo Le 24 mars 2015 à 16:22
       
    • Mélenchon n’aurait aucun programme et ne serait pas prêt à gouverner ?
      vous ne l’avez jamais lu, ni écouté ! Il n’a malheureusement pas toujours des alliés très fiables...(voir les élections municipales....)

      Cacéco Le 24 mars 2015 à 19:42
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    • Mais qui a fait alliance avec le PS ultralibéral dès 2013 ? Populo tu as la mémoire qui flanche. La politique bicéphale du PC en fonction de ses intérêts purement électoraux a signé la mort du FDG depuis 2013. On parle d’un astre mort là, comme l’était le PC avant 2012, et le résultat de Mélenchon qui l’a reboosté pour un temps. 60% d’abstentionnistes c’est ça la vraie réalité, et le PC ne peut pas se dédouaner en criant au complot dess " mélanchonnistes" c’est pathétique. Bien sûr vous avez toujours raison et retournerez à vos 1,9 % avec la même bonne conscience réjouie d’être les meilleurs.

      Mac Cullers Le 25 mars 2015 à 03:50
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  • Plutôt que de se poser ces questions idiotes pourquoi ne pas poser la plus cruciale : que faire pour (re)conquérir l’électorat populaire ?

    Monsieur HR Le 25 mars 2015 à 17:57
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