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Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 29 mars 2016

Les gauches du PS victimes du poison présidentiel ?

Tout semblait réussir aux gauches du PS : participation remarquée à l’Alliance Against Austerity, contre-projet de réforme du Code du travail… Mais deux déclarations de candidature à la primaire des gauches mettent au jour de profondes divergences.

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« Ils me font chier ! » Le commentaire en dit long sur l’état d’esprit des militants et cadres intermédiaires des gauches du Parti socialiste. Il accueille les déclarations de candidature « probable » pour Benoît Hamon et plutôt certaine du côté de Marie-Noëlle Lienemann à la primaire des gauches et des écologistes. Cette primaire pourrait avoir lieu dans la première quinzaine de décembre. Les actes posés par les deux personnalités des gauches du PS semblent percuter un processus marqué, dernièrement, par la production d’un "contre-projet de loi travail" et la participation de plusieurs responsables de haut rang des gauches socialistes à une réunion de l’Alliance Against Austerity à Athènes.

Depuis plusieurs mois, les députés européens des gauches du PS ont travaillé à revitaliser un lieu de rencontre entre europarlementaires des différentes sensibilités de gauche, aussi bien au sein du groupe socialistes et démocrates qu’écologistes ou du parti de la gauche européenne (qui rassemble le PCF, Syriza et Podemos, entre autres). Ce left caucus est, notamment, animé par Guillaume Balas, le secrétaire général du courant Un monde d’avance. Dans la continuité, ce dernier, qui est aussi député européen, Emmanuel Maurel, leader de Maintenant la gauche, et Pascal Cherkhi, entre autres, ont rallié Athènes pour participer, le week-end du 19 et 20 mars, à une réunion de l’Alliance Against Austerity.

Effervescence dans la social-démocratie européenne

Répondant à l’invitation d’Alexis Tsipras, les frondeurs du PS ont poursuivi là l’intense travail de mise en commun avec les forces progressistes européennes, qui les a vus renforcer leurs liens avec Syriza et Podemos, entre autres. « Au sein de la social-démocratie, nous sommes les alliés d’Alexis Tsipras », confirme l’eurodéputé Emmanuel Maurel. Qui ne cache pas la proximité d’analyse mais aussi de propositions avec l’ex chouchou de la gauche radicale européenne. Lors de cette rencontre européenne, la délégation frondeuse a côtoyé des représentants du Parti travailliste britannique. Signe des débats intenses qui traversent aujourd’hui la social-démocratie européenne.

Autant le PS français ne joue aucun rôle dans l’animation de ces débats au sein du parti socialiste européen, autant les frondeurs font de l’international un de leurs axes de bataille. À croire que les évolutions au sein du Labour depuis l’élection de Jeremy Corbyn, la continuité assumé par Elio Di Rupo et le Parti socialiste de Wallonie ou les bougés observés au sein du PS portugais donnaient des ailes à des Français qui refusent de jouer le rôle de "caution de gauche" d’une rue de Solferino en pleine errance stratégique. Alors que François Hollande et les socialistes français semblent avoir intériorisé une position minoritaire et refusent donc le combat, « nous ambitionnons de rassembler, à l’échelle de l’Europe, tous ceux qui s’opposent à l’austérité : partis politiques, syndicats, organisations non-gouvernementales », résume Emmanuel Maurel.

Concrètement, en France, cela se traduit par la publication de L’Avenir du travail¸ la contre-réforme du Code du travail rédigée par les gauches du PS le 23 mars dernier. Publié la veille de la présentation de la loi travail en conseil des ministres, le texte des Frondeurs se propose de « construire un marché du travail plus efficace et un Code du travail plus protecteur », par la « sur-cotisation » des contrats de travail courts et précaires, et en « relançant une dynamique de partage du temps de travail ». En outre, les rédacteurs souhaitent « une véritable sécurité sociale professionnelle, dans le cadre d’une protection sociale refondée », et « redynamiser le syndicalisme ». Aux antipodes du projet de loi dont Myriam El Khomri a la responsabilité.

Le poids des dissensions

C’est dans ce contexte que les déclarations successives de Benoît Hamon et Marie-Noëlle Lienemann prennent l’air d’objets politiques non identifiés. Certes, la sénatrice de Paris, qui publie jeudi 31 mars, son nouveau livre Merci pour ce changement !, n’a jamais caché son intention de se présenter en cas de primaire. Ne serait-ce que pour y faire vivre les positions de Maintenant la gauche, son courant co-dirigé avec Emmanuel Maurel. La candidature de Benoît Hamon est moins ferme. Le député des Yvelines laisse entendre qu’il pourrait se retirer de la course si quelqu’un de plus rassembleur se présentait. Le nom d’Arnaud Montebourg revient de manière récurrente au sein des gauches du PS, sans que ce dernier ne confirme ni n’infirme les rumeurs.

Cette double déclaration de candidatures marque cependant un échec pour les gauches socialistes. Malgré la dynamique frondeuse et le score honorable de la motion B, À Gauche pour gagner, lors du dernier congrès, les directions des courants Un monde d’avance et Maintenant la gauche ne parviennent pas à dépasser leurs différences de culture et d’organisation. Du côté des bases militantes, ces clivages apparaissent moins importants que la recherche d’une issue politique commune. La défaite annoncée – quand elle n’est pas souhaitée – de François Hollande s’il venait à se représenter fait grandir l’exigence d’une candidature alternative unique.

Alors que la primaire des gauches et des écologistes se profile pour la première quinzaine de décembre, y aura-t-il une primaire des gauches du PS pour qu’elles désignent ainsi leur représentant à l’étape d’après ? On peut se poser la question. Ce qui est certain, c’est les sensibilités de gauche au sein du PS ont toujours du mal avec la présidentielle. Elles y sont tellement opposées qu’elles semblent avoir du mal à en saisir les possibles.

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Vos réactions

  • Le rédacteur de cet article, pigeons voyageur du PC (et en sous main du PS comme on le voit) se gratte une fois de plus de nombril. On s’en fou de ces frondeurs qui au premier coup de fusil de la direction retourneront quérir un nouveau mandat de député. Il y a certainement mieux à faire que d’écrire ce genre de connerie.
    Tous derrière le seul candidat de gauche, si on ne lui met pas trop d’embrouilles dans les pattes (PS et PC...) Jean-Luc Mélenchon.

    rody Le 29 mars à 13:19
       
    • A la gauche du PS, il y a des politiciens professionnels accrochés aux urnes et à leur carrière. C’est la gauche qui se proclame "pas révolutionnaire" et pourtant, comme si cela avait un sens, "radicale"...en fait radis(cale).
      Mais il y a surtout, de plus en plus, et depuis peu de mieux en mieux organisés, des jeunes et des travailleurs qui luttent pour une révolution sociale.
      Pour ceux-là un décryptage détaillé très utile par Jacques Chastaing :
      Vers la grève générale…leçons de 2010 pour gagner en 2016

      Louis Le 29 mars à 17:05
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  • Il paraitrait que les négociateurs du jeudi de la primaire se sont mis d’accord sur un tronc commun et ont fixé les dates de leur fantasia. On attend avec impatience la publication de ce texte qui doit sauver la gôche.
    Pendant ce temps d’autres sont en mode action.

    choucroute Le 29 mars à 14:05
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  • A la "la primaire des gauches et des écologistes " il y aura miss Cosse et son soutien a la loi El Khomri et Dany et son soutien à Juppé ?

    Bobo Le 29 mars à 14:48
  •  
  • LE problème des "gôche"et de la gauche, c justememt le réel.

    Elles ont souvent un ton professoral et ne sont que peu à l’écoute des gens qui pourraient travailler avec elles.

    L’abstention va encore avoir des élus !!!!

    La Renaudie Le 29 mars à 15:26
  •  
  • Même pas besoin de "forcer" ce texte
    de Nathanaël UHL...

    Le peu de réactions et de commentaires - Bon d’accord, il vient d’être publié...- nous montre en filigranne la désespérance face à cette opération mort-née de "Primaires de gauche" auxquelles personne ne comprend rien et surtout ne croit...

    Ou plutôt, on a tous-tes conscience que c’est la dernière trouvaille pour "sauver le soldat Hollande (ou sa copie), voire le soldat Pierre Laurent... Ou Cécile DUFLOT à la veille de leurs congrès respectifs ...
    Ou Clémentine...? (Pourquoi pas !)

    Tous unis sur une ligne improbable "TSM" ("Tout Sauf Mélenchon")

    Perspective qui manque franchement de consistance et qui ne crée pas, manifestement, un enthousiasme délirant dans les masses populaires... Ni chez les militants , d’ailleurs...!
    Et si on prenait langue justement avec Jean-Luc MELENCHON, avant que son "égo démesuré", "la solitude de sa démarche" (bientôt 100 000 clics de soutiens quand même !...) lui soient reprochés ad nauseam...
    Comme un vieux disque rayé !

    Vous voyez une autre solution ...?
    Pour ne pas disparaître complètement des radars...
    Faire une alliance avec POUTOU...? Ou L.O. ?
    Ou avec lequel ou laquelle des"frondeurs"...

    Et pendant ce temps-là, le temps militant s’écoule...
    Et l’envie de "faire quelque chose" diminue de jour en jour...
    Sauf peut-être chez les 80 000 soutiens à jlm2017.fr...

    Mais ce serait dommage de laisser au seul JLM et ses groupies, le bénéfice politique des éventuels 15% qu’il est susceptible de draîner...!
    Peut-être plus...
    POURQUOI PAS ?

    (G.P.,
    animateur d’un comité de base jlm2017 -Banlieue de DIJON)

    Gil PERNOT Le 29 mars à 16:26
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  • Je suis vraiment déçu de lire des textes comme celui-ci sur Regards, où s’exprime "Ensemble". Fascinés par les états d’âme de Benoît Hamon, ou MN Lindemann… qui ont déjà, du fait qu’ils participent à la "primaire", accepté de soutenir le gagnant, quel qu’il soit ! ? TOUS les participants reconnaissent et signent que, sur l’essentiel, ils sont OK avec François Hollande, puisqu’ils s’engagent à le soutenir s’il est choisi ! ? Si vous avez l’essentiel en commun avec FH, pourquoi pas Juppé ? Cohn-Bendit, au moins, est logique !
    Les camarades de Ensemble qui ont participé avec moi à la campagne des régionales m’ont accoutumé à mieux…
    D’accord, on a fait un mauvais score. OK, la campagne des régionales a été ratée. Est-ce une raison pour passer chez l’adversaire ?

    Jean-Pierre Boudine Le 29 mars à 16:46
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  • Quel galimatia ! Le PS est vraiment un club de "salonards" où les discours feutrés masquent à peine les ambitions pour les places...Emmanuel, Benoit, Marie-Noëlle, Arnaud, et les autres....Bien sûr, ça sent le roussi (je reste poli) pour Hollande, Valls, Macron... ils veulent le fauteuil élyséen. Il faut rappeler tout de même qu’ils ont tous un point commun : ils sont toujours membres du PS et qui plus est, ce ne sont pas des sous-fifres du coin de la rue Solférino....En outre, ce n’est même pas pour un programme de changement mais surtout pour modifier à la marge la même politique, sans rien changer. Ils n’ont pas honte depuis (au moins) 4 ans que le pouvoir marche sur les traces de la droite et aussi de l’extrême-droite...La déchéance, c’est eux !!!
    Mais, au-delà d’un article dont on peut se demander ce qu’il vient faire là, Regards n’a pas les idées bien claires.
    D’autres part, j’interroge Clémentine Autain pour Ensemble, Pierre Laurent pour le PCF : Qu’espèrent-ils trouver comme réponses pour changer de politique au sein d’un PS qui grenouille dans le marais, des discussions sur le sexe des anges peut-être...
    Les Français qui cherchent des réponses claires, offensives à leurs problèmes, leurs souffrances, ce n’est pas ici qu’ils vont se prendre à espérer...
    Vraiment chaque jour qui passe me conforte dans l’idée que JL Mélenchon a eu mille fois raison de lancer la campagne de la France insoumise. Qu’attendez-vous pour rejoindre ce mouvement ?
    Je vois de nombreux ex-socialistes et aussi de nombreux communistes, écologistes qui soutiennent et appellent à agir. C’est le moment !

    morelle noire Le 29 mars à 19:26
  •  
  • Autant l’univers décrit ici est assez désespérant sur ce que l’on peut attendre des "gôches" du PS, autant les envolées un tantinet répétitives des groupies du "grand homme", qui nous enjoignent à rejoindre le fan club sont lassantes. Tout le monde sait - aussi - que JLM ne gagnera pas - non plus - la présidentielle. Il sera aidé, en cela, par la droite, à torpiller à la fois Hollande (ou l’autre candidat du PS) comme à tenter de torpiller aussi tout autre tentative à la gauche du PS, c’est à dire vraiment révolutionnaire, et pas cette énième version de l’homme providentiel - ce qui, est, tout de même, une première à gauche, si l’on excepte le modèle en tous points de JLM, Mitterrand, qui était, lui aussi, obsédé par la présidentielle - et qui avait dit, aussi, pis que pendre de cette Constitution ... avant d’en profiter !

    Pierre Robes Le 29 mars à 19:40
       
    • Hollande et Valls n’ont besoin de personne pour se torpiller, croyez moi, moi qui étais membre du club des 2% des soutiens de Hollande. Je n’ai pas voté pour JL Mélenchon et j’ai activement fait campagne pour Hollande. Je crois qu’il est inutile de faire un bilan exhaustif de sa politique pour comprendre qu’il n’a aucune chance d’être réélu. Mélenchon a au moins le mérite d’être constant et de proposer une autre stratégie de conquête du pouvoir. Il n’y a pas d’homme providentiel, il y a juste un porte-parole qui propose de ne pas jeter le fusil dans l’herbe face à l’ennemie ( vous savez, la finance sans nom) A vous de voir si vous voulez continuer avec Hollande, Valls, Macron et les autres carpettes qui appliquent sans broncher les directives du MEDEF et de la commission européenne. Sinon vous proposez quoi ?

      choucroute Le 29 mars à 20:12
    •  
    • Le choix (ou rejoindre bien évidemment) est entre manger les restes dans la gamelle du chien de la gauche de droite libérale du PS ou essayer de sortir de l’ornière dans laquelle nous sommes. Jean-Luc Mélenchon n’est que le flambeau de cette initiative. Pas plus. Sinon, on reste dormir ou on va à la pêche en 2017. Les autres supputations, y compris celle de l’homme providentiel, (quand même 100000 signataires à ce jour et plus de 10% des voix d’après certains sondages qui ne restent bien évidemment des sondages) tiennent plus de la malveillance intellectuelle que d’une analyse de la situation politique actuelle.

      rody Le 29 mars à 20:23
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  • Bonsoir.
    Je suis déçue de l’importance qu’accorde Regards au PS en général. Clémentine Autain participe en Bretagne à l’invitation pour un débat public avec Philippe Nogues et EELV. Il faut savoir quand même que ce meme Nogues a appelé aux régionales à voter EELV contre notre liste unie FDG.
    Donc tout cela est grave, ce n’est pas respectueux des citoyens militants sincères.
    Jluc Melenchon, n’en déplaise à certaines et certains a du courage et à bien compris l’impasse des primaires.
    Il reste celui qui porte nos valeurs et franchement, vu le comportement des autres, notamment Laurent et ses invités des lundis de gauche, sa démarche est respectable et c’est la plus crédible.
    Pour l’humain d’abord et insoumis,
    Victoire Belle

    Victoire Belle Le 29 mars à 21:15
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  • Ben oui, ce qui caractérise la situation c’est que sans une refondation du contrat social autour de la définition juridique et politique du COMMUN (ce à quoi on ne TOUCHE PAS), il n’y aura pas de changement dans la domination.
    C’est tout le système de représentativité et de décision qu’il faut revoir ! alors ... qui sera aux primaires de gauche ou pas.... ça ne nous intéresse pas.

    icelui Le 2 avril à 13:51
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  • Le poison présidentiel n’a t’il pas toucher tout lemonde ? de la gauche à l’extrême gauche .les primaires ne sont il pas un signe...de cette infection électoraliste ?

    Bob Le 2 avril à 18:19
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