photo cc Jean-François Gornet
Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 29 septembre 2015

Les jeunes sont-ils de droite ?

Selon de récentes enquêtes, les 18-24 ans seraient désormais deux fois plus nombreux à se dire de droite que de gauche. Un symptôme de l’échec de François Hollande, mais aussi de l’absence de proposition politique de la part de la gauche de gauche…

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C’est un sondage réalisé par Elabe qui a déjà fait couler beaucoup d’encre : les jeunes Français seraient de droite. Avec gourmandise, Le Figaro s’est engouffré dans la brèche, ravi de l’aubaine. Si les interprétations hâtives peuvent être dénoncées, la fiabilité du sondage interrogée, il n’en reste pas moins que les chiffres avancés par le sondage Elabe confirment toutes les tendances constatées ces dernières années. Il y a près d’un an, dans ces mêmes colonnes, nous soulignions l’emprise du vote FN parmi les catégories les plus jeunes de l’électorat.

Dans ce sondage récent publié par Atlantico, si 28% de l’ensemble des français se classent à gauche, 29% à droite et 11% au centre, dans la tranche 18-24 ans, ils ne sont que 17% à se déclarer de gauche contre 35% à droite. Dit autrement, alors que l’appartenance partisane est plutôt équilibrée parmi l’électorat, il y a deux fois plus de jeunes se classant à droite que de jeunes se classant à gauche. C’est une inquiétante évolution qui a pourtant quelques explications.

L’introuvable priorité jeunes de François Hollande

Souvenez vous, le quinquennat de François Hollande devait être placé sous le signe de la jeunesse « priorité numéro un ». La promesse de campagne résonne comme une mauvaise blague dont le président de la République est, paraît-il, coutumier. Trois ans et demi après son élection, on serait bien en peine d’énoncer ne serait-ce qu’une proposition concrète du gouvernement en faveur de la jeunesse.

Les 18-24 ans sont confrontés à une double peine : l’extrême difficulté à entrer sur le marché du travail et l’explosion de la précarité pour ceux qui parviennent à travailler. La conséquence de cette situation est une forte progression de la pauvreté dans les couches les plus jeunes de la population. À cela, on pourrait ajouter les conséquences sur le cadre de vie. L’impossibilité à disposer de revenus fiables entraîne mécaniquement une impossibilité à s’émanciper du cadre familial. C’est en particulier vrai dans les grandes villes où le niveau des loyers, les exigences des agences immobilières et l’absence de logements sociaux rendent quasi impossible la possibilité même de disposer de son propre appartement.

Dans ces conditions, comment s’étonner que les jeunes qui s’étaient massivement portés sur la candidature de François Hollande s’en détournent massivement aujourd’hui ? Dans un sondage publié par l’IFOP en septembre 2014, les intentions de vote pour Marine Le Pen pour la présidentielle de 2017 oscillaient entre 30 et 37% chez les 18-24 ans. Pire encore, dans l’hypothèse d’un second tour Hollande Le Pen, 61% d’entre eux voteraient pour la candidate du Front national

Mobilisations de droite et encéphalogramme plat à gauche

À cela s’ajoute la réalité et les dynamiques politiques des mobilisations de ces dernières années. Le long épisode de la "Manifestation pour tous" a incontestablement drainé une partie de la jeunesse qui n’est pas simplement celle des beaux quartiers, catholiques traditionalistes. Rassemblée autour de thématiques réactionnaires, cette partie s’est non seulement radicalisée à droite, mais aussi engagée politiquement.

À l’inverse, les mobilisations dans la jeunesse scolarisée sont désespérément atones. Si, comme toujours, il y a bien eu quelques mouvements de grève dans les lycées, épars géographiquement et limités dans le temps, il n’y a rien eu qui permette de coaguler un sentiment politique progressiste, même diffus. La dernière mobilisation d’ampleur, celle du CPE, remonte à 2006 – autant dire qu’il s’agit de la préhistoire pour la jeunesse actuelle. Pourtant, ces mouvements, centrés sur des questions de justice (pas de smic jeunes), d’égalité (contre la hausse des droits d’inscriptions par exemple) mettaient au cœur la lutte contre les inégalités sociales et le droit à un avenir dans cette société. En cela, ils produisaient un embryon de conscience politique de gauche.

L’évanescence de la frontière gauche-droite que génère le Parti socialiste depuis tant d’années, et singulièrement sous le quinquennat de François Hollande, trouble bien sûr les repères. Mais plus fondamentalement, c’est l’absence de perspectives, l’incapacité à produire un grand récit mobilisateur pour l’avenir qui pénalise la gauche, toute la gauche. De ce point de vue, il y a urgence pour la gauche radicale à se ressaisir, il n’y aura pas de réalisation d’un projet émancipateur sans capacité à entraîner les couches les plus jeunes du salariat. Il est temps de se mettre au travail.

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  • Déjà, se rappeler que les sondages sont lentement passés de systèmes de diffusion de l’opinion publique à une entreprise de modelage de celle-ci via des questions biaisées, des interprétations tordues, etc. Et donc les considérer pour ce qu’ils sont réellement devenus : des outils de propagande et de tentative de construction de l’opinion publique.

    Cela dit, on ne peut que s’interroger de l’adhésion des jeunes générations à des croyances un peu farfelues, comme le fait que la meilleure manière de réussir sa vie est d’entrer dans une filière de formation commerciale. J’ai réellement croisé des gosses que j’avais vu grandir dans des milieux fermement ancrés dans des traditions humanistes et qui se barrent dans des écoles de commerces le bac en poche sur l’air de « le commerce est ce qui tisse du lien entre les hommes ».
    Ils ont eu le temps de déchanter pour certains, mais cette vision du monde est inquiétante et tout, sauf innée.

    Dans le même temps, j’ai vu la configuration des épreuves écrites d’accès à la fonction publique basculer des questions d’intérêt général à des exigences purement comptables, gestionnaires, sur le mode managérial d’entreprise. Ce qui peut sembler « plus efficace » pour ceux qui ont été bercés trop près de TF1 ou M6, mais qui fait sérieusement froid dans le dos quand il s’agit de recruter dans les rangs de Pôle Emploi (ceux qui « gèrent les stocks de chômeurs ») ou de la CAF (ceux qui « gèrent la file d’attente des assistés »).

    Et il y a eu aussi l’abandon des IUFM qui favorisaient le recrutement des jeunes futurs profs dans les classes populaires et moyennes de la population, pour l’entrée à Bac+5 dans l’éducation nationale, niveau qui se caractérise aussi par un fort écrémage social vers le haut.

    Autrement dit, toute notre société s’est mise à sélectionner délibérément ces 20 dernières années les gens qui avaient une pensée « économie de marché » à tous les postes, y compris et surtout dans le social, l’éducation, etc.

    Et c’est ceux-là qui ont formé ceux qui ont à présent la petite vingtaine…

    Le Monolecte Le 29 septembre 2015 à 15:29
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  • Vu la façon qu’on a d’excommunier à la gauche de la gauche toute personne sortant des sentiers battus au motif qu’il est un intellectuel virant à droite, il est naturel que se dire de gauche devient difficile.
    En craignant le débat et les propositions autres, il n’y aura bientôt plus personne, au Ps on sait pourquoi mais à la gauche de gauche aussi pour d’autres raisons !

    Serge Le 29 septembre 2015 à 16:37
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  • Une chose est sûre : ce n’est pas en collant à Tsipras, qui a trahi son peuple, que l’on donnera une "envie de gauche" aux jeunes !

    François 70 Le 29 septembre 2015 à 19:00
       
    • Mieux vaut coller à l’UP et ses 3% ? Comme JLM ?

      totoLeGrand Le 30 septembre 2015 à 01:15
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  • C’est bien simple la dernière génération mobilisée (en classe de seconde) lors du CPE a aujourd’hui .... 25 ans soit 1 an de trop pour être dans cette catégorie ressortie par ce sondage. Les plus jeunes ont aujourd’hui été davantage bercés par le discours protestataire de Marine Le Pen, La Manif Pour Tous que par de réelles mobilisation progressiste

    Captain Noé Le 30 septembre 2015 à 01:23
       
    • G. Liégard écrit en conclusion :

      Mais plus fondamentalement, c’est l’absence de perspectives, l’incapacité à produire un grand récit mobilisateur pour l’avenir qui pénalise la gauche, toute la gauche

      Et voilà une fois de plus que Regards patauge dans l’eau tiède, ou plutôt, pratique la myopie volontaire. Pourquoi ?
      Oui, il y a un grand récit d’avenir pour les jeunes, c’est celui de la reconquête de la citoyenneté et de la souveraineté populaire comme en 1789 et 1793, c’est-à-dire l’émancipation par rapport à l’étouffoir absolu qu’est devenue la vie politique en France.
      Pourquoi passer sous silence la perspective qui existe, et qui est m6r , éminemment mobilisatrice pour les jeunes qui en ont assez du "système"( le mot vaut notamment pour les élections), de Macron à Najat, de Fabius à Sapin et à Cazeneuve, où on prétend les enfermer et les empêcher de choisir leur vie.
      La France a besoin d’un grand renouveau, qui passe par l’abolition de la monarchie façon Vème et des privilèges, attachés à ceux qui ont un pied dans leur siège et l’autre dans la banque, quand ce n’est pas en Suisse.
      Seulement voilà, la "gauche" incolore et insipide dont parle G. Liégard (et dont il a bien l’air de faire partie) a tout fait pour faire taire et mettre l’éteignoir sur cette initiative digne de notre temps, et seule susceptible de nous mettre en capacité d’affronter l’Europe de Juncker et Draghi.
      Redonner un sens à la citoyenneté (y compris dans l’entreprise, dans les instances locales et dans les services publics), restaurer la dignité du droit de vote bafoué par les traficotages des partis traditionnels, donner envie d’une participation effective au fonctionnement de nouvelles institutions, et à la vie collective à tous les niveaux, de la commune soucieuse de protéger son environnement aux vastes questions d’intérêt général nationalement, et en solidarité avec les peuples des autres pays, voilà la grande ambition qui pourrait entraîner les jeunes vers autre chose que le Fhaine.
      Notre jeunesse vaut mieux que les sucreries empoisonnées de la manif pour tous. Déjà tous les médias aux mains des puissances d’argent font tout ce qu’ils peuvent pour encourager la résignation à la servitude, ou détourner la colère vers de fausses sorties. C’est faire preuve d’ inconscience ou d’hypocrisie que de se lamenter, à longueur d’articles, sur des sondages que l’on ne fait que conforter, si on ne leur apporte pas la réponse qu’ils méritent.

      Autrement Le 30 septembre 2015 à 09:15
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  • Mais bien sûr totoLeGrand, sauf que non, le PG n’en est pas moins toujours lié à SYRIZA et tisse en même temps des liens avec Unité Populaire. Pendant que Regards crache encore sur ce qui se fait ailleurs qu’à Ensemble ou au PCF en pratiquant l’occultisme ou le dénigrement , le Monde (pas le journal) avance.

    Un PCF de Paris qui annonce avant les élections de fin d’année qu’il se scotchera quoi qu’il arrive au PS au 2T des Régionales...

    Un PCF de Paris et le Sécretaire national qui avaient déjà fait éclaté le fdg à Paris en se collant au PS au 1T des Municipales.

    Et puisque tu aimes les % totoLeGrand, le PS en Grèce en septembre c’est 6,28%.

    Mais, si il est vrai que la France n’est pas la Grèce, il est vrai aussi que les électeurs ne sont pas plus cons ici qu’en Grèce. Dès lors, vu que SYRIZA est passé MALHEUREUSEMENT sous la table par un chantage de l’Union Européenne façon Lisbonne, les Grecs vont devoir se tourner vers la force politique qui saura encore résister avec ... un PLAN B.

    Tiens un Plan B, allo Ch. Liégard, do you know the Plan B, if you don’t, ask to Ph. Marlière, he does... même si lui aussi dernièrement flatule plein pots sur (son) ses camarades de l’autre gauche dans le journal Le Monde, excusez du peu, sur ce qui n’est pas dans le cercle de la bien-pensance de gauche, bref sur ceux qui ne font plus la courbette au PS de Macron, Valls et Hollande tels des automates qui vont à la soupe pour “des places d’abord” et/ou pour “le Parti d’abord” au lieu de “L’Humain d’abord”.

    NB : UP = Unité Populaire (un joli nom), c’est 2,86 % en Septembre 2015.
    NB2 : Trois pourcents = le seuil pour avoir au moins un(e) Député(e) à la Vouli.

    HermanElPueblo Le 30 septembre 2015 à 14:25
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  • Un jeune qui n’est pas de gauche, n’est pas vraiment jeune.
    souvenons nous d’une époque où il existait des " jeunes Giscardiens" ( Délicieux oxymore ) ça nous a donné Sarkozy !

    Sanson93 Le 30 septembre 2015 à 18:53
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  • Les jeunes font souvent l’opposé de leurs aînés. Leurs aînés étaient 68tards, , idéalistes, féministes, nihilistes. Résultat pour eux : nés entre 2 pilules, sans père, sans repères, sans travail , sans avenir, sans nation, sans but voire sans identité sexuelle. Il sont peut être devenus réalistes, par le jeu naturel du balancier des idées. Va savoir.

    totoLeGrand Le 30 septembre 2015 à 23:52
       
    • Hé, toto, une fois de plus, tu t’embrouilles ! C’est l’âge ou le gros rouge ? Les 68ards, ce sont les grands-pères et les grands-mères, alors la génération d’après, ce sont les parents, tous des gogos de droite (selon ton ineffable raisonnement ) et des mollassons, et cette fois, nous les enfants, nous sommes à nouveau réalistes, pour de vrai, c’est-à-dire que nous allons virer toutes les droites dures et molles qui nous ont conduits à TINA.
      Vive 68, vive la lutte des classes, on lâche rien, de Nation à République, et de République à Bastille (vous savez, le Génie qui veille, là-haut) !

      Dix-huit ans Le 1er octobre 2015 à 09:37
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    • ça y est, j’ai enfin compris :
      "Toto" est un jeune Giscardien de 1972, donc c’est le fils d’un communiste de la libération, d’où son anticommunisme puéril, ringard et désuet
       :)

      Einstein Le 1er octobre 2015 à 23:34
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  • Citez moi une personne qui symbolise la jeunesse au Front de gauche et extrême gauche ... Besancenot comme moi a passé la quarantaine

    Citez moi une personne qui symbolise la jeunesse au Front national et à l’ UMP

    HERMAN Thierry Le 3 octobre 2015 à 15:00
       
    • Euh... Il me semble qu’au FN Marion MLP soit assez jeune.

      totoLeGrand Le 7 octobre 2015 à 00:10
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  • Justement on peut répondre à la deuxième question mais non à la première ...Telle est la question qui peut expliquer la non reconnaissance dans la jeunesse dans une figure de gauche radicale actuelle et qui complète le fond de cet article .

    HERMAN Thierry Le 7 octobre 2015 à 00:14
       
    • La jeunesse se reconnaitraît dans le FN à cause de Marion MLP ?
      Analyse qui semble un peu courte.

      totoLeGrand Le 13 octobre 2015 à 01:53
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