Accueil > Idées | Par Roger Martelli | 2 mars 2016

Les passions fatales de l’identité

L’obsession de l’identité – identité "nationale", identité de "l’autre" – nous précipite dans la logique de la guerre et de l’enfermement, et nous détourne de la quête de l’égalité. Historien et codirecteur de Regards, Roger Martelli publie L’Identité c’est la guerre.

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J’ai écrit ce livre parce que l’obsession identitaire me navre et m’inquiète. Nous ne sommes plus "chez nous" ? Allons donc ! Quand l’identité se mêle au "choc des civilisations", à "l’état de guerre" et à "l’état d’exception", nos sociétés s’enlisent dans un climat de peur qui nous ramène, bien malgré nous, à l’expérience traumatique de l’été 1914.

Or je suis convaincu que, si la France et l’Europe souffrent, ce n’est pas d’un déficit d’identité, mais d’une carence criante d’égalité. À l’oublier, nous nous laissons gagner par le désir rassurant de la clôture, de la frontière et du mur. Nous oublions la solidarité et nous nous laissons submerger par le ressentiment. Nous nous défions de "l’autre" et nous érodons notre propre liberté.

Il est temps, plus que temps de réagir. L’identité, hélas, ne nourrit pas la recherche de soi mais la détestation d’autrui, non pas le désir de rencontre mais l’acceptation de la guerre. Si nous ne le voulons pas, l’égalité, la citoyenneté, la solidarité doivent redevenir nos passions. Mais elles méritent des actes, davantage encore que des mots.

À lire
"Faute de sortir de l’obsession identitaire, la gauche risque de perdre son âme", interview pour Les Inrocks.
"La justice, pas « l’état de guerre »"
Finkielkraut, Zemmour, Houellebecq… La politique de la tension
L’obsession identitaire. À propos d’un livre de Laurent Bouvet

L’Identité c’est la guerre, de Roger Martelli, éditions Les Liens qui libèrent, 18,50 euros.

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  • Le véritable scandale, à mon sens, c’est que l’on nous impose une lecture dévoyée, partisane de l’identité où celle-ci se situe en perpétuel et nécessaire contraste avec l’altérité. Effet nocif de cette novlangue très prisée des cénacles réactionnaires qui, confisquant méthodiquement le champs linguistique, pervertit le sens commun. Car en somme, s’il était posé avec sérieux et générosité, un postulat identitaire n’aurait nullement les moyens de contredire le principe d’égalité. Question ouverte en tous les cas. Peut-être me détromperez-vous... ou me détromperai-je à la lecture de votre livre.

    Marco Carbocci Le 2 mars à 00:39
       
    • C’est exactement ce que je me suis dit en lisant ces quelques lignes. Je reste convaincu que pour accepter l’autre, il faut s’accepter soi-même et savoir qui on est et ce sans jugement de valeur ni hiérarchisation (d’échelle ou de valeur). L’identité n’est ni positive ni négative, elle est. C’est quand on commence à vouloir la normer ou en faire un ministère qu’il y a une dérive ... nationaliste.

      Job Le 3 mars à 07:58
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  • Et la souveraineté nationale mise en pièces par l’Europe néolibérale ? Pas un mot dans cette courte présentation ? Est-ce nationalo-belliciste aussi ou juste un oubli révélateur ?

    René-Michel Le 2 mars à 09:59
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  • "Le nationalisme, c’est la guerre"
    phrase célèbre lancée par François Miterrand dans un de ses derniers discours.

    Ce livre reprend et développe cette idée en switchant nationalisme par identité (sous entendue nationale).

    Pourtant l’identité dans la vie est quelque chose de fondamental. Savoir qui l’on est pour pouvoir avancer.
    L’identité, c’est aussi la culture.

    Mais il y a un grand courant de fond depuis longtemps dans les milieux autorisés qui prétend supprimer les nations, les identités, les genres, les cultures.

    L’homme nouveau devrait être .

    Cet homme nouveau, sans identité, sans genre, sans culture, sans religion, sans idées non plus hormis l’angélisme béat internationaliste, c’est l’être suprême de Nietshe, l’existentialiste de Sartre, le parfait camarade communiste, ou plus concrêtement le consommateur décérébré du libéralisme internationaliste.

    Merci, sans façon.

    duduche Le 2 mars à 23:50
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  • Pour moi, il y a pas mal d’hypocrisie la dedans et aussi masochisme suicidaire ; certes je veux bien remettre en cause l’identité, le nationalisme...mais que tout le monde le face. Hors , on en est loin, e t mêmes , nos chers camarades progressistes, défense le droits aux" minorités" de défendre, et revendiquer leurs identités culturelles.Pour moi , peut importe d’ou vous venez, qui vous êtes, ses vos idées qui comptent, comme je le dis ne pas mélanger religion, origine , nationalité, mais aussi, si vous vous réclamer du camp internationaliste, progressiste, vous ne pouvez mettre en avant votre identité culturel et religieuse.

    bob Le 3 mars à 11:11
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  • Pleinement d’accord.

    Les identités et autres archaïsmes sont les pires pièges qui poussent les dominés à agir contre leurs intérêts.

    Il serait temps que la gauche radicale cesse de servir la soupe aux islamistes.

    Leïla Babès.

    Leïla Babès Le 4 mars à 10:34
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