Accueil > Politique | Par Bernard Marx | 8 février 2015

Les syndicalistes allemands soutiennent la Grèce

Dans un appel commun, les principaux dirigeants syndicaux allemands soutiennent les demandes grecques et alertent sur les conséquences désastreuses de leur rejet par les instances européennes. La Confédération européenne des syndicats a pris position dans le même sens.

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Contrairement à ce que les médias, pour la plupart, veulent faire croire, les Grecs ne se battent pas seuls contre la sinistre obstination de Mme Merkel, de MM. Schaüble, Dijsselbloem, Juncker, Draghi, et le lâchage en rase campagne de MM. Hollande et Sapin. Certes, ils ont jusqu’ici reçu peu de soutien de la part des gouvernements et des dirigeants des institutions européennes. Mais dans la bataille engagée, les peuples et leurs représentants sociaux ont aussi leur mot à dire. Ce qu’ils feront pèsera lourd.

C’est pourquoi il faut souligner l’importance de l’appel signé par les principaux dirigeants syndicaux allemands, car il vient du pays qui semble dicter les positions de l’Europe toute entière et dont le gouvernement est le plus acharné contre les demandes grecques. La presse française n’en a absolument pas parlé, comme elle n’a du reste pas, non plus, évoqué la prise de position de la Confédération européenne des syndicats. Raison de plus pour en informer ici.

« Une chance pour l’Europe, non une menace »

L’appel "La Grèce au lendemain des élections – une chance pour l’Europe, non une menace" a eu comme premiers signataires le président du DGB, la grande confédération syndicale allemande, ainsi que ceux des principales fédérations professionnelles – celles des services (Ver di), de la Construction, de l’agriculture et de l’environnement (IG BAU), celle de transports (EVG), celle de l’alimentation (NGG), de l’éducation (GEW), des mines, de la chimie et de l’énergie (IG BCE) et de la métallurgie (IG Metall).

Fausses et vraies réformes de structures

Les signataires soulignent d’abord l’échec de la brutale politique d’austérité imposée à la Grèce en contrepartie des aides financières accordées. « Elles ont été utilisés avant tout pour stabiliser le secteur de la finance... Elles ne méritent en aucun cas le qualificatif de réformes structurelles... Elles ont été conduites pour détruire pas pour construire... Elles ont eu pour conséquence de déclencher une crise humanitaire et sociale sans précédent en Europe. » Dans ces conditions, « les résultats électoraux constituent un réquisitoire définitif contre ces politiques qui ont échoué ».

Les syndicalistes insistent particulièrement sur la question des réformes structurelles dont ils s’attachent légitimement à laisser l’apanage aux partisans des politiques néolibérales et d’austérité. Ils soutiennent en la matière les orientations du programme défendu par Syriza : « Des réformes structurelles dignes de ce nom ouvriraient de nouveaux horizons au pays afin que celui-ci renoue avec la croissance économique, au lieu de chasser toute une génération de jeunes hautement qualifiés vers l’étranger. De véritables réformes structurelles devraient s’attaquer sans détour à la fraude et l’évasion fiscales. De véritables réformes structurelles devraient lutter contre les politiques clientélistes et la corruption sur les marchés publics. Le nouveau gouvernement grec doit relever de nombreux défis : mener un projet de reconstruction et de développement, qui devra faire partie d’un "plan d’investissement européen", comme le demandent depuis longtemps les syndicats. »

« Dire "ça ne fait rien, on continue" n’est pas une option ! »

La suite s’adresse aux dirigeants européens. Ils doivent répondre favorablement à des demandes légitimes et raisonnables : « Il faut réellement négocier avec le gouvernement grec sans chercher à faire pression, afin de dépasser les politiques d’austérité et d’ouvrir des perspectives sociales et économiques au pays. Ceci s’applique en particulier aux conditions dévastatrices acceptées par le gouvernement précédent, maintenant désavoué par les urnes, en vue d’obtenir des emprunts internationaux. L’Europe ne doit pas s’obstiner dans la poursuite d’une politique aux dépens des peuples, une politique qui a été rejetée sans équivoque par la majorité des électeurs et électrices. Dire "ça ne fait rien, on continue" n’est pas une option ! »

Une grave menace pour l’Europe

Les syndicalistes soulignent enfin la menace potentielle pour l’Europe que constituerait le refus de toute réorientation « légitimée démocratiquement » de la politique grecque : « S’il s’avérait qu’une telle politique de réorientation ne serait possible que dans le cas où d’une sortie de la Grèce de l’Union monétaire européenne, alors ceci prouverait l’incompatibilité des institutions européennes avec les décisions démocratiques prises au sein des États membres. C’est ce qui permet aux courants nationalistes, actuellement en plein essor en Europe, d’avoir d’autant plus le vent en poupe. » Et, ajoutent-ils, « le déficit de légitimation démocratique au niveau européen, régulièrement déploré, et qui reste toujours non résorbé, ne doit pas venir aggraver les carences démocratiques que connaissent les États membres. La démocratie au niveau de l’Union européenne doit être renforcée, si l’on veut donner une nouvelle crédibilité au projet européen... Ce n’est pas le diktat de l’austérité qui fortifiera le projet européen, mais seulement l’initiative démocratie impulsée par le bas en vue d’instaurer la reconstruction économique et plus de justice sociale ».

« Des propositions modérées et raisonnables »

Reiner Hoffmann, le président du DGB, a précisé les choses après les propositions formulées par le ministre des Finances grecques Yanis Varoufakis (interview publiée le 5 février sur le site Social que Europe). Il considère positivement le fait que le nouveau gouvernement grec ne semble plus exiger une annulation pure et simple de sa dette. « La proposition modérée de Yanis Varoufakis de réduire l’exigence de l’UE d’un excédent budgétaire primaire de 4% à 1,5% me semble raisonnable et justifiée. Sa proposition de coupler le taux de paiements d’intérêts à la croissance économique à l’avenir devrait être considérée de façon positive. Tout le monde sait que se débarrasser de la dette ne prendra pas trois ou cinq ans ; nous devrions assumer une plus longue période. C’est une course longue distance et non le sprint exigé par la Troïka. L’ancien secrétaire général de la CES, John Monks, dont je étais adjoint, a déjà comparé la demande de compressions budgétaires à un traité de Versailles économique. Il a averti que conduire d’un pays à la ruine ne peut en aucun cas constituer une stratégie durable. »

« Le DGB, ajoute son président, demande une solution globale pour les pays débiteurs. Nous voulons de nouvelles négociations dans le cadre d’une conférence européenne sur la dette pour tous les pays en crise en vue de rétablir la viabilité de la dette et, par conséquent, de stabiliser la zone euro. Nous rejetons les faux bavardages autour du Grexit ; il serait dommageable que la Grèce quitte l’union monétaire. Loin de constituer une solution durable, mais cela aurait tout simplement pour conséquence d’aggraver les problèmes en raison des risques d’effet domino. »

Plus globalement, Reiner Hoffmann réaffirme l’exigence d’en finir avec les politiques d’austérité budgétaires et salariales dans la zone euro. Il est sceptique sur les chances de succès de la politique monétaire d’assouplissement quantitatif (« Sans soutien de la demande globale personne ne va investir un seul euro »), et « le plan de Juncker est insuffisamment ambitieux, par son volume, par ses financements et par les clauses restrictives qu’il contient ».

« Laisser au nouveau gouvernement grec le temps de mettre en place de nouvelles politiques »

Par la voix de sa présidente, Bernadette Segol, la Confédération européenne vient (le 5 février) également de soutenir la demande du peuple grec de mettre fin à l’austérité – sans cependant prendre position sur la question de la dette : « Il faut laisser au nouveau gouvernement grec le temps de mettre en place de nouvelles politiques. Il est vital pour la démocratie en Europe que soit respectée la volonté clairement exprimée par le peuple grec de mettre fin à l’austérité. » « La situation en Grèce, affirme encore Bernadette Ségol, représente une opportunité non seulement pour la Grèce mais aussi pour l’Europe toute entière. C’est l’occasion de réévaluer les politiques économiques et sociales menées depuis le début de la crise et d’adopter une nouvelle voie. (…) Seuls des investissements au niveau proposé par la CES – soit 2% du PIB sur dix ans – peuvent stimuler la croissance et générer les emplois dont la Grèce et toute l’Europe ont si désespérément besoin. »

Certes, ces interventions ne font pas à elles seules une mobilisation de masse. Mais, on dira ce qu’on voudra de leurs limites, l’absence d’initiatives des syndicalistes français fait jusqu’ici peine à voir.

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Vos réactions

  • Et nos syndicats qu’attendent-ils ?

    Vassivière Le 10 février 2015 à 18:47
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  • Merci pour l’info, les médias dominants sont à pensée unique. Encore un sujet sur la table.

    Peyo Le 13 février 2015 à 18:06
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