Accueil > Politique | Par Jérôme Latta | 23 novembre 2015

Macron : le "terreau" du djihadisme et le fumier du libéralisme

S’exprimant sur les attentats de Paris et les racines du terrorisme, le ministre de l’Économie n’a pas pu s’empêcher de réciter son bréviaire libéral, sans en percevoir l’inanité – en pareilles circonstances et pour un tel sujet.

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Huit jours : c’est le temps qu’il aura fallu à Emmanuel Macron pour livrer son analyse des attentats. Le temps a peut-être semblé long à un ministre perfusé à l’omniprésence médiatique. Rappelons qu’il figurait à la une du Monde daté du 13 novembre, sous le bandeau "Enquête sur la start-up Macron" tandis qu’en pages intérieures, le quotidien allait jusqu’à titrer ladite enquête "Le fantasme Macron" et à affirmer que « le ministre de l’Économie incarne un rêve dans la déshérence de la gauche ».

Entre-temps, depuis ce funeste vendredi, on a lu une impressionnante somme d’imbécillités (on en trouve un échantillon dans notre Déclarama) et une poignée d’analyses passionnantes (idem dans notre Vigie). On dira, avec un peu de charité, que les propos d’Emmanuel Macron n’entrent dans aucune de ces catégories. En fait, imperturbable, il traverse le décor de cette France sous le choc comme un lapin mécanique martelant sur son petit tambour la même vaillante petite marche.

« Ouvrir » la société

S’il a déposé sa bougie place de la République, samedi en compagnie de son homologue allemand Sigmar Gabriel, c’est lors d’une intervention à l’université du groupe de réflexion social-libéral "Les Gracques", ce même jour, qu’il a abordé le sujet [1]. Un public tout indiqué pour entendre notre ministre-préféré-des-Français réitérer qu’il fallait "ouvrir" la société contre la « défiance » que « nous avons laissé s’[y] installer ».

Ouverture, fermeture, on reconnaît la rhétorique macronienne, ses combats contre les « corporatismes » et la résistance aux réformes-nécessaires, lesquels seraient un « terreau » pour le djihadisme : « Je pense que ce sont des fermetures dans notre économie, dans notre société, les pertes d’opportunité, les plafonds de verre qui sont mis, les corporatismes qui se sont construits qui à la fois se nourrissent de la frustration sur le plan individuel et créent de l’inefficacité sur le plan économique. »

S’il déplore la rupture du « pacte de l’égalité » et les discriminations, s’il regrette que « nous avons progressivement abîmé cet élitisme ouvert républicain qui permettait à chacune et chacun de progresser » et « arrêté la mobilité sociale », Emmanuel Macron ne l’explique pas par le travail de démolition des politiques libérales appliquées depuis plus de trente ans, mais par la persistance supposée du modèle antérieur que ces politiques ont démantelé au profit du chaos actuel.

L’avenir selon Macron

La lecture du passé façon Macron peut laisser perplexe. En revanche, sa conception de l’avenir est plus limpide. D’abord, on reconnaît une politique déjà promue par Nicolas Sarkozy, consistant à assurer la promotion sociale en trompe-l’œil d’une minorité parmi les minorités (à l’image des places réservées dans les écoles de l’élite) sans chercher à assurer l’égalité pour tous les autres. Ensuite, cet avenir dans lequel il vaut nous précipiter est déjà avenu chez nos voisins allemands ou britanniques, où la "modernisation" a obtenu une plus grande "efficacité économique" au prix d’une augmentation générale de la précarité, des inégalités et de la pauvreté.

Précarité, pauvreté, inégalités : il faudrait qu’Emmanuel Macron explique comment ce schéma peut ne pas constituer aussi un terreau pour de futurs terroristes. Au passage, on lui rappellera que les quatre auteurs des attentats-suicides de Londres en 2005 étaient tous des produits de la société britannique "ouverte" par les formidables réformes impulsées sous Margaret Thatcher – pour laquelle il ne cacha pas son admiration, il y a quelques mois. Le problème doit résider ailleurs, aussi pressé soit le ministre de raccrocher les wagons de l’actualité au petit train de sa politique.

On peut savoir gré à Emmanuel Macron de se soucier des souffrances sociales qui contribuent à alimenter les radicalisations. Mais sa pensée simpliste, gouvernée par une doctrine archéo-libérale dont il ânonne dévotement les mantras, est aussi incapable de livrer une analyse du problème que des solutions à celui-ci.

Notes

[1Rappelons que ces Gracques avaient publié en juin dernier une tribune dont la scélératesse avait été résumée par son titre : "Grèce : ne laissons pas M. Tsipras braquer les banques !.

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  • E. Macron poursuit son objectif, et est prêt à utiliser de façon honteuse l’émotion créee par la barbarie djihadiste pour avancer ses billes.
    la misère , les ghettos, les inégalités ne constituent nullement un terreau pour le terrorisme, il faut arrêter ce discours repris par beaucoup qui constitue une erreur grave de diagnostic.
    Si c’était vrai les bidonvilles de Dakar ou de Calcutta (ou d’ailleurs) seraient des poudrières terroristes.
    Al Qaida et Daesh ne sont pas nés dans les quartiers nord de Marseille ou à Sevran. Regardez le profil des djihadistes : plûtôt des français ou des belges moyens que des paumés victimes de l’exclusion sociale.
    Je suis convaincu que Daesh est capable de recruter même à Neuilly, le moteur est idéologique.
    Aujourd’hui les libéraux noircissent volontairement la situation sociale, en parlant de 6 millions de chômeurs, alors que le chiffre de Pôle Emploi inclut des personnes qui travaillent (à temps partiel mais pas seulement).
    Le taux de chômage français mesuré par l’Insee, qui constitue la seule comparaison possible est de l’ordre de la moyenne de la zone EURO.
    Mais cela leur permet de crier à la catastrophe et à l’urgence de la mise en oeuvre de leurs solutions.
    Si on fait des comparaisons avec d’autres pays, il faut comparer le chiffre des catégories B et C de PE avec le chiffre des minijobs allemands, des contrats 0 heures britannique et des temps partiels aux Pays Bas (45% des salariés)
    Pour finir je remarque que Macron peut dire ce qu’il veut sans être inquiété alors que D.Batho a été virée pour 10 fois moins.

    Daniohannis Le 23 novembre 2015 à 15:32
  •  
  • Macron se fiche complètement de la réalité, il fait de la comm’, comme Daesh. C’est une autre forme de fanatisme et de pure superstition libérale, ce que montre très bien cet article. Merci de nous donner à penser au lieu d’opposer comm’ à comm’ !
    « Les superstitieux qui savent flétrir les vices plutôt qu’enseigner les vertus, et qui, cherchant non à conduire les hommes par la raison mais à les contenir par la crainte [...] ne tendent à rien d’autre qu’à rendre les autres aussi misérables qu’eux-mêmes » (Spinoza, Ethique, scolie de la proposition LXIII)

    Swift Gasparin Le 23 novembre 2015 à 20:40
  •  
  • Ca suffit maintenant le macronisme et les explications absurdes.
    Pourquoi ces jeunes se sont radicalisés ?
    Au départ le problème est purement social. Ils font des bétisent volent par pauvreté et manquent d’éducation, se retrouvent en prison sans comprendre pourquoi , ont la haine et se radicalisent.
    La solution, c’est l’engagemernt de l’Etat dans l’éducation, dans les banlieus, dans les logements, dans la mixité sociale. Il faut pour cette jeunesse désoeuvrée mettre plus de moyens et accueillir aussi les migrants dans des conditions décentes.
    La France pays capitaliste au trésor cachés et aux fraudeurs fiscaux a largement les moyens.
    La solution est à gauche, plus de gauche, chasse à la fraude fiscale et sociale, investissements massifs dans les banlieus. Donnnons à ces jeunes des moyens de s’en sortir.
    Halte au discours haineux de l’extrême droite fachiste.
    La solution est à gauche, Votez Front de Gauche.

    Nico du FG Le 24 novembre 2015 à 03:28
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  • A plusieurs occasions,le terme ’émotion ’ est employé avec un sens péjoratif,dans les articles fidèles à la ligne de Regards,mis à part les émotions auto-hallucinatoires liées à l’Utopie ou l’Uchronie..
    La lecture des blogs de Regard est instructive à cet égard et me conduit à détourner mon suffrage de ce courant pour le moins supect.
    En quoi l’émotion phobique est elle politiquement condamnable face aux massacres du 13/11 ?
    Doit on rester inerte face à ça ?
    Personne ne peut s’expliquer ?

    exd’ensemble Le 24 novembre 2015 à 10:56
       
    • Je ne suis pas très sûr de pouvoir répondre à votre interrogation… n’ayant pas employé le terme dans ce texte.

      Toutefois, il me semble que nulle part sur le site il n’est dit que l’émotion serait condamnable : au contraire, tant elle paraît naturelle en réaction à de telles attaques. En revanche, elle ne saurait gouverner ni les analyses de celles-ci, ni – encore moins – les réponses politiques à leur apporter.

      Jérôme Latta Le 24 novembre 2015 à 13:49
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  • Pour que les choses soient exprimées simplement et clairement (sans acronyme quelconque), il faut lutter contre "Dawla al-islamiya fil-’Iraq wa-Sham".
    J’espère que c’est clair pour tout le monde.

    mimi de gauche Le 24 novembre 2015 à 15:02
  •  
  • L’Arabie Saoudite et le Quatar ont beaucoup d’argent. Ils ne paient pas le social. On le paie pour eux. Et ça ne suffit pas. On nous fait aussi payer le prrix.

    mimi fg Le 25 novembre 2015 à 01:29
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