photo cc Flickr / Eduardo Siquier Cortés
Accueil > Monde | Par Loïc Le Clerc | 3 février 2015

Malgré Syriza, Podemos saisi par le doute

Si des milliers d’Espagnols sont descendus dans la rue dimanche, les sondages sont moins en faveur de Podemos, qui souffre de son manque de propositions concrètes au-delà du rejet du système. Et est soumis à la tentation d’alliances avec la gauche classique.

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Samedi dernier, les rues de Madrid avaient de quoi faire pâlir Merkel & Co. Quelques jours après la victoire de Syriza en Grèce, ce sont les Espagnols de Podemos qui ont compté leur forces. Ils étaient plus de 100.000, venus de tout le pays, à défiler pour cette "marche pour le changement", avec un mot d’ordre : « Oui, c’est possible. »

Le changement, voilà tout ce qu’attendent les Espagnols qui, comme les Grecs, les Portugais ou encore les Irlandais, souffrent de plusieurs années d’humiliation budgétaire. Et même si certains, comme Jean-Luc Mélenchon, sont plus qu’optimistes quant à la réussite des mouvements anti-austérité, en Espagne, beaucoup de questions restent encore sans réponse (lire "Podemos, un objet politique en mutation"). L’attente se fait longue.

Fédérer sans froisser

Face à la foule, Pablo Iglesias a changé de discours : « Cette année, nous commençons quelque chose de nouveau, cette année est celle du changement et nous gagnerons les élections face au PP. » Fini l’espoir et l’espérance, désormais, pour Podemos, c’est la victoire à tout prix. C’est au nom de cette victoire qu’Iglesias a créé un mouvement centré autour de sa personne et d’une poignée de proches, au risque de s’éloigner des idéaux démocratiques et horizontaux qu’il prônait il y a un an.

Mais pour ce qui est du programme politique, concrètement, les dirigeants de Podemos se contentent du minimum syndical : reprise en main des banques et de la fiscalité, 35 heures et partage du travail, ainsi que des moyens plus importants pour l’éducation ou la santé. Pour faire simple, Podemos veut redonner travail, dignité et tranquillité de vie aux Espagnols. Mais pour ce qui est du "comment", du "combien" ou du "quand", difficile de suivre... L’important est de croire qu’un autre système est possible.

Un flou artistique assez éloigné du programme très cadré de Syriza, ce qui n’empêche pas Iglesias de s’afficher aux côtés d’Alexis Tsipras. En fait, Iglesias joue très serré avec tout le monde. Pour la dette, on discutera, pour la Catalogne, on discutera, pour les liens entre l’État, l’Église et l’armée, on discutera. L’essentiel résidant dans la victoire aux diverses élections de cette année 2015, il faut fédérer un maximum et ne froisser personne – si ce n’est la minorité dirigeante et néolibérale, PP et PSOE confondus.

Comment gérer les alliances ?

Reste donc à savoir si la dynamique de Podemos tiendra jusqu’aux élections. Car faire descendre les Espagnols dans la rue et les faire voter n’est pas tout à fait du même ordre. Le premier test sera celui des régionales et des municipales. Et à ce niveau-là, d’autres complications sont à prévoir. Dont la première est la suivante : comment Podemos va pouvoir gérer les alliances politiques au niveau d’un village ou d’une région, notamment avec Izquierda Unida (IU, sorte de Front de gauche à l’espagnole), alors qu’elles sont interdites au niveau national ?

Le 22 mars prochain, des élections régionales anticipées se tiendront en Andalousie. Et alors que c’est Teresa Rodriguez, députée européenne Podemos, qui a été envoyée dans la bataille (lire "Teresa Rodriguez, l’anti-Iglesias de Podemos"), la tête du mouvement doute : « Il est peu probable que nous soyons la première force politique », déclarait il y a peu Luis Alegre, secrétaire pour la participation des citoyens, qui n’exclut pas une alliance avec le PSOE. De l’espoir au doute, voilà bien un discours qui pourrait inquiéter les militants.

Le résultat de Teresa Rodriguez sera une sorte d’indicateur de la capacité de Podemos de passer de la démonstration de force au vote vainqueur. Une première importante, d’autant que quelques semaines plus tard, le 24 mai, les autres régionales mais aussi les municipales auront lieu. Tout ceci ouvrira peut-être la voie à Podemos pour remporter les élections législatives qui se tiendront au mois de novembre. Jusqu’à présent, Podemos jouissait d’une belle avance dans les sondages, mais le dernier en date voit le PP et le PSOE lui repasser devant.

Pas de doute, si Podemos ambitionne de gouverner, ça ne se fera pas tout seul. IU et le PSOE restent tout-disposés pour s’allier avec Iglesias, une perspective bien éloignée de la position anti-caste prônée jusqu’alors.

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  • Un article démoralisant dans on ne sait quel but, complètement superficiel (on y apprend rien sinon que son auteur a manifestement un coup de blues qu’on espère saisonnier) et qui nous donne envie d’arrêter la politique pour nous consacrer à n’importe quoi pourvu que ce soit futile.

    Fulgence Le 7 février 2015 à 22:35
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