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Accueil > Politique | Par Clémentine Autain | 22 juin 2016

Manifestation du 23 juin : la volte-face d’un exécutif aux abois

Interdiction puis autorisation sur un parcours restreint : c’est un gouvernement en perdition qui ajoute la confusion à sa volonté de répression du mouvement social et à son tropisme néolibéral.

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Le revirement sauve la face, mais pas le fond d’une stratégie de la tension et de l’obstination. La décision d’interdire la manifestation contre la loi El Khomri a sonné comme un coup de tonnerre… à tel point qu’il a fallu pour le gouvernement prendre le chemin du renoncement. Une telle interdiction eut été du jamais vu depuis la guerre d’Algérie, où la manifestation de Charonne interdite par le préfet Papon déboucha sur neuf morts. Bernard Cazeneuve a dégagé un compromis in extremis avec les syndicats pour autoriser un parcours de moins de deux kilomètres autour de l’Arsenal à Bastille. Ce n’est pas le Pérou, mais c’est un peu moins autoritaire que prévu.

Pourquoi le couple exécutif a-t-il songé à l’interdiction et donc imaginé pousser à son comble l’affrontement avec les opposants à la loi El Khomri, syndicats en tête ? Il faut que l’affaire soit sérieuse, que leur projet politique ait un objectif bien déterminé. On peut railler l’impréparation, le revirement, et se demander s’il y a un pilote dans l’avion, mais le plus important est ailleurs : force est de constater l’entêtement de François Hollande et Manuel Valls à imposer la loi El Khomri et à souffler sur les braises de la conflictualité entre ceux qui se mobilisent socialement et le camp auto-proclamé de l’ordre et de la raison, qui n’est autre que celui de l’ordre dominant.

Avec le soutien du PS, Hollande et Valls ont choisi le 49.3 faute de majorité parlementaire pour la loi El Khomri. Ils passent en force alors même que, sondages après sondages, les Français rejettent à une large majorité cette loi. Ils méprisent la contestation sociale portée par les syndicats qui s’amplifie pourtant de manifestation en manifestation.

Libéralisme économique et contrôle social

Peu importe que la loi El Khomri n’ait aucune légitimité, pourvu que cette loi plébiscitée par le Medef et soutenue par les grands médias soit adoptée : voici le crédo du sommet de l’État. Ce qui compte, c’est que l’inversion des normes dans le droit du travail soit adoptée et que le gouvernement apparaisse comme le tenant de l’ordre, par la force et au mépris des libertés publiques s’il le faut. Qu’une telle interdiction ait pu être imaginée par des dirigeants politiques qui se réclament encore de la gauche est édifiant. Mais quand on a déjà en tête la déchéance de nationalité et en obsession la baisse du coût du travail, tout devient possible…

Même si les comparaisons historiques sont toujours délicates, il est difficile de ne pas songer à la SFIO de Guy Mollet qui, après avoir choisi la poursuite de la guerre en Algérie et la liquidation du marxisme, s’est retrouvé agonisante. Cet épisode cristallise le projet, incarné de longue date par François Hollande et Manuel Valls, qui vise à liquider tout raccordement de la gauche à ses principes fondateurs et à la tradition du mouvement ouvrier. Leur projet, c’est le couple libéralisme économique-contrôle social et ils le portent avec de la cohérence et une détermination sans faille. De ce point de vue, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion.

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Vos réactions

  • Le "libéralisme" économique est forcément corrélé au contrôle social. En effet, lorsqu’on met les gens en concurrence les uns contre les autres, c’est à dire en guerre économique sans autre règle que celle de garantir la guerre économique, il y a forcément des perdants, beaucoup de perdants, qu’il est nécessaire de contrôler.

    Julien Le 22 juin à 15:12
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  • Contrairement à ce que prétendaient certaines analyses, un constat s’impose ;

     Le néolibéralisme se passe fort bien de démocratie !

     La mise en place du tout marché nécessite un état très autoritaire et des lois coercitives !

     Le néolibéralisme a besoin d’un état bureaucratique et policier pour contrôler et empêcher toute contestation pendant la mise en route de ce système de guerre de tous contre tous, tout en démontant méthodiquement les services publics non répressifs qu’il abandonne au marché.

     Le néolibéralisme est un totalitarisme !

    Arnaud Le 22 juin à 15:47
       
    • C’est exacte, voir le Chili de Pinochet et son mise au pouvoir par le "Chicago boys" et le CIA. Depuis, leur programme est mise en œuvre pays par pays, si possible en gardent l’apparence d’une démocratie parlementaire. Mais le point de rupture est maintenant venu avec la crise systémique. Plus en plus "la démocratie" devient un terme creux, même une arme contre l’aspiration démocratique des peuples. Prochain étape possible : un gouvernement de l’unité nationale et des manifestations bien "encadrées", peut-être dans les stades de foot ?

      xantrius Le 22 juin à 19:00
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  • Et les directives européennes, un simple oubli ? Ou les positions de Marlière, "Plutôt Juncker que le Front populaire" ? Ah ces non-dits qui en disent long...

    René-Michel Le 22 juin à 15:56
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  • Vigilance, je crains que la manif de demain soit une souricière policière.

    Parler de "victoire" du droit à manifester semble incongru et prématuré au vu du petit parcours proposé.

    On peu se demander si ce n’est pas un recul syndical aussi bien : ils auraient peut être du refuser ce parcours.

    Nous verrons le 28 juin, mais il est hors de question de voir ainsi se restreindre le périmètre des manifestations, parce que cela risque de créer un grave précédent.

    Julien Le 22 juin à 20:56
       
    • Oui, ils auraient dû refuser cette mascarade. Ce n’est pas une reculade du gouvernement, mais de l’intersyndicale. Pour la manif du 28 je propose d’enlever toutes les banderoles car cela pourrait inciter à la violence et aussi de ne pas parler de politique. Blague à part, ça m’étonnerait que demain tout se passe comme prévu.

      Marx La Menace Le 22 juin à 22:39
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  • Autorise a tourné en rond sur une piste de 2km... on compare avec une manifestation normale...?

    https://www.google.fr/maps/place/Rue+de+l%27Arsenal,+75004+Paris/@48.8506717,2.3618918,16z/data=!4m5!3m4!1s0x47e671f8acc124bd:0x5474a37930a1784c!8m2!3d48.8505729!4d2.3660975

    Entourer d eau... cette zone sent le piège en effet...

    nours77 Le 22 juin à 22:19
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  • Un circuit, et bien soit, faisons les 24 heures contre la loi El Kohmri. La victoire ce sera le retrait de cette loi.

    choucroute Le 23 juin à 00:16
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  • Il faut arrêter de dire que le gouvernement est aux abois, qu’il est en crise c’est FAUX !
    Hollande et son entreprise sont là pour réformer, ils n’ont RIEN LACHÉ !

    Comme on disait autrefois "il ne faut pas vendre la peau de l’ours…"

    Le cadet de leurs soucis est de se faire réélire, leurs opportunités de carrière dépendent de leurs avancées pour libéraliser, pas d’un vote !! les résultats des votes, ils s’assoient dessus quand ça ne leur convient pas ; traité 2005.

    Hommage à ceux qui luttent encore et encore !

    Arnaud Le 23 juin à 09:13
       
    • Faites le tour des grands titres de la presse française, ça ne parle que de brexit, de foot et de probables violences dans la manif parisienne.
      Alors que le seul résultat qui compte est le RETRAIT de cette loi anti-travail !

      Arnaud Le 23 juin à 10:30
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  • Cette manif était une humiliation totale. Le gouvernement a réussi son coup et l’intersyndicale a été en dessous de tout. Mais la jeunesse montre le chemin, celui de la révolte. Le 23 juin elle l’a encore payé cher : https://youtu.be/ttL_n_QpTjc (notamment à 4:18), mais rien ne l’arrêtera !

    Octobre 2017 Le 24 juin à 23:38
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