Accueil > Politique | Par Aude Lorriaux | 2 mars 2017

Manifestation pro-Fillon : un petit air de février 1934 ?

Attaques contre la justice, argumentation complotiste et, maintenant, appel à une manifestation dont le caractère factieux transparaît : les réactions du camp Fillon ont des résonances frappantes avec les années 30. Jusqu’où peut-on pousser la comparaison ?

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« Une droite putschiste, qui ne gère la République que du bout des lèvres, tant qu’elle peut s’en servir. Voilà la manifestation de dimanche. ». Ces mots durs sont ceux de l’historien Nicolas Offenstadt. Les termes de "putsch" de comportement "factieux", ou la référence au 6 février 1934 ont affleuré à l’esprit de plusieurs intellectuels et politiques, après l’annonce de l’organisation d’une manifestation en soutien à François Fillon ce dimanche pour, selon l’hebdomadaire Valeurs actuelles qui a révélé l’information, « protester contre le coup d’État des juges »

« La manif des factieux c’est pas ma came », se plaint une petite main du QG de Fillon. « Si cet appel à une manif dimanche contre "le coup d’État des juges" se confirme, le camp Fillon basculerait dans le factieux », juge le chef du service France de Libération. « Un mauvais remake du 6 février 1934 ? », commente le conseiller de Paris Jacques Baudrier. « Irresponsable et anti-républicain. #6février1934 », twitte l’ex-ministre Corinne Lepage

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De fait, les parallèles avec le 6 février 1934 existent. Rappelons-le, à cette époque, la France subit de plein fouet une crise économique. Le chômage enfle, et le pouvoir s’avère incapable de rétablir la situation. S’ajoute à cela un contexte de scandales politico-financiers : les affaires Hanau, Oustric et enfin Stavisky – goutte d’eau qui fera déborder le vase de l’antiparlementarisme. L’escroc est lié à plusieurs députés radicaux, dont un ministre du gouvernement de l’époque. Le 8 janvier 1934, il est retrouvé mort. Aussitôt, la droite soupçonne la gauche de l’avoir tué pour éviter de fâcheuses révélations...

On retrouve dans l’affaire Fillon plusieurs des ingrédients de ce scandale. Une ambiance de soupçons et de complot, de fantasmes de manipulation du pouvoir. Là alimentée par l’Action française ou les Jeunesse patriotes qui dénoncent « un véritable complot » qui « se trame au dedans et au dehors contre notre pays » ; ici nourrie par François Fillon lui-même, qui a lancé mercredi : « Le crime profite à ceux qui ne veulent pas que la droite gagne ». On y retrouve aussi un même climat anti-institutions, déjà à l’époque contre la justice mais surtout contre les parlementaires ; aujourd’hui dirigé essentiellement contre les magistrats et les "merdias".

Attaques plus violentes

Les parallèles existent, mais ne nous y trompons pas, les différences sont aussi nombreuses… et pas forcément toutes rassurantes. Dans les années 1930, c’est l’extrême droite qui est à la manœuvre. Les manifestations durent pendant un mois, jusqu’à atteindre l’apogée du 6 février. En 2017, face à une extrême droite qui tente de se respectabiliser, c’est la droite qui fait monter les enchères. 

C’est en un sens plus inquiétant, mais ses attaques sont aussi beaucoup moins violentes que les textes d’appel à manifester de l’époque, véritables incitations à l’émeute mêlées d’antisémitisme, explique l’historienne Mathilde Larrère. « La guerre civile grogne », écrivait Jean Renaud, de Solidarité française, qualifiant le pouvoir de « voleurs », tandis que l’Action française appelait à crier « À bas les voleurs ! » sous les fenêtres des parlementaires.

Et surtout, la droite est aussi beaucoup plus divisée, comme les défections qui ne cessent de s’enchaîner ont pu le montrer. Ce qui fait dire à l’historien Jean Garrigues, joint par Regards : « Il y a un point commun qui est la remise en question des pouvoirs, avec une justice décriée. Mais nous sommes très loin du 6 février 1934 »

@audelorriaux

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  • Oui da ! 2017 n’est pas 1934 et moins encore 1936. "L’histoire ne repasse pas les plats". Bien sûr qu’il existe des similitudes de situation ( la crise capitaliste) et de comportements ultras à droite et à l’extrême droite. Mais tout d e même, il n’y a plus "la cagoule "terroriste posant des bombes et assassinant des militants révolutionnaires, ni des ligues défilant dans les rues aux cris de "à bas la république enjuivée et pourrie ", "les cocos à Moscou" !
    Quant à la gauche, syndicale et politique, en 1934, elle est profondément divisée ,comme aujourd’hui, mais, en 2 ans elle sait s’ unir contre le fascisme et pour la défense des libertés, derrière un programme de Front populaire. Elle gagnera les élections législatives en avril /mai1936 ( de justesse il est vrai) et, en à peine trois mois, fera faire à la France qui travaille et qui pense un bond en avant sans précédent... Aujourd’hui , nous en sommes loin , très loin : ni d e pacte d’union contre le FN, ni programme commun de gouvernement, et une gauche pour partie à l’agonie (PS) pour partie éparpillée et concurrente ( FI, PCF etc.). En résumé, des similitudes , oui, mais pas de reproduction à l’identique des faits et des évènements.

    carole Gineste Le 2 mars à 18:56
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  • Cette analogie est complètement inepte. Les factieux de 1936 avaient le soutien du Comité des forges, aujourd’hui c’est Macron.

    ARDUS Le 2 mars à 21:47
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  • Édito vidéo de Politis : « On risque d’avoir une situation comme celle des années 30 en Allemagne »

    Durruti Le 2 mars à 21:57
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  • Houy Fabien Le 3 mars à 14:23
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  • libération,Corinne Lepage, Jacques Baudrier,rien que ça, comme commentateurs de la vie politique, nous avons vu mieux, et moins politicien.
    heureusement la derniers citation est là
    Jean Garrigues :
    « Il y a un point commun qui est la remise en question des pouvoirs, avec une justice décriée. Mais nous sommes très loin du 6 février 1934 ».
    ARDUS a raison :
    Cette analogie est complètement inepte.
    en fait c’est l’article

    dan93 Le 3 mars à 14:34
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  • Inepte ? C’est la France moisie totalitaire qui se soulève, le même public qu’en 34. Les de Villiers, les néonazis comme De Lesquen, les factieux du goupillon. Ceux qui mésestiment ce danger néofascistes sont les aveugles qui après viendront pleurer, dès que cette fange aura scellé l’alliance avec le FN.

    Valdo Le 3 mars à 16:34
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  • "C’est la France moisie totalitaire qui se soulève". Ah bon ? Jusqu’à présent, je n’ai vu que la France Insoumise se soulever ,réussir ses meetings et agiter des casseroles devant le candidat ( jusqu’à quand ?) de la droite. Il ne s ’agit pas de sous-estimer ou de négliger la capacité de nuisance démocratique et républicaine d’ une minorité néo fasciste qui cherche l’appui d’électeurs déboussolés par 30 années de crise capitaliste et dégoûtés par cinq années de " socialisme de gouvernement"après l’avoir été par un quinquennat sarkosyste. Mais, que fait la gauche de 2017 qui semble n’avoir rien appris de 1934 et 1936 ?

    Eric Dumazet Le 3 mars à 20:20
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  • Quand on voit tous ces journalistes qui défilent excités sur les plateaux TV pour abattre Fillon on ne peut que douter de leurs arguments. Rares sont ceux qui parlent de présomption d’innocence et aucun pour dire que pour l’instant Fillon n’est pas mis en examen. La France "moisie, totalitaire" elle concerne qui ?

    Marante Le 5 mars à 09:54
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  • Et pendant ce temps le sable s’écoule dans le sablier sans que l’on parle des programmes. A quoi sert la presse lorsqu’elle ne traite que de sujets sans fonds. Que Fillon manifeste et pourquoi ne devrait faire qu’un entrefilet dans un journal et s’oublier dès le lendemain.
    Qui parle et expose les programmes ? Personne.
    En tout cas si l’on en parlait (même de celui de Fillon), et si l’on donnait à penser en les comparant, alors le journalisme retrouverait quelques lettres de noblesse. Voici en tout cas quelques points du programme de la France Insoumise afin de se faire une idée sur le vote de J.L. Mélenchon.
    - La retraite à 60 ans avec 40 ans de cotisations (la réforme de 2010 a fixé l’âge de départ à la retraite à 62 ans, et que la retraite à taux plein sera progressivement portée à 43 ans d’ici 2035)
    - Le remboursement des soins à 100%
     La cantine gratuite pour nos enfants
     Abrogation de la loi travail
     Renégociation des traités européens
     Vote dès 16 ans
     Refus des traités TAFTA et CETA
     Droit de révocation des élus
     Protection des biens communs »
    , tels que l’eau, l’air, le vivant ou encore la monnaie
    - Création un pôle public bancaire
     Le Smic à 1.300 euros
     Rupture avec la règle d’or
    (cesser la soumission du budget de l’état au contrôle de la commission européenne)
    - Transition écologique
     6ème semaine de congés payés
     Interdiction des licenciements boursiers

    etc,etc,etc...
    Alors si vous pensez que cela peut améliorer votre existence, il faut que Benoit Hamon et son programme PS light se retirent de la campagne car c’est le seul moyen de faire obstacle à ce que la droite nous prépare.
    Faites signer la pétition ci-dessous pour le retrait de B. Hamon.
    https://www.change.org/p/pour-le-retrait-de-b-hamon-en-faveur-de-j-l-m%C3%A9lenchon?recruiter=648266771&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink

    Kroutoi Le 6 mars à 09:35
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  • Un petit mea culpa pour avoir dressé un parallèle aussi stupide ? Dans votre canapé, devant bfm tv, vous avez senti la République en danger une seule seconde dimanche après-midi ? Vous êtes des inconscients d’oser écrire de telles choses et vous n’avez ni la politesse ni la décence de vous en excuser.

    Alban Le 7 mars à 00:25
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  • Connaitre l’histoire pour éclairer OK.
    Mais écrire le présent en faisant une sorte de "Copier / Coller" n’éclaire pas la situation. L’année 2017 ressemble t’elle aux années 30 ?

    La bourgeoisie de 2017 n’a pas fait le choix fasciste. Elle veut imposer sa politique en dénaturant les outils démocratiques.
    Ainsi les scrutins sont vidés de leur portée transformatrice et le pays pourrait être gouverné par ordonnance. Une forme d’autoritarisme accompagné du consentement des populations. Avec une bonne dose de bourrage de crâne.

    Berthier G Le 7 mars à 10:44
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