Accueil > Société | Par Emmanuel Riondé | 28 janvier 2015

Marseille inaugure une ZAD urbaine

Depuis le 22 janvier, une Zone à défendre (ZAD) est établie au cœur de Marseille. L’enjeu, empêcher la transformation d’un ancien parc public en immeuble d’habitation, rassemble habitants du quartier et activistes écolos.

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« Ils ont fait ça comme des sauvages... à 8h du matin, il y avait déjà deux arbres abattus ». Jeudi dernier, Muriel Wolff n’a guère apprécié le spectacle offert par un « ballet » composé de camions blancs (« sans aucun logo visible ») et de « quatre ou cinq élagueurs ». La veille, sous la pluie, le parc Michel Lévy avait vu débarquer une première pelleteuse qui s’était attachée à dégommer « les petits arbres » du square.

Le jeudi soir, à la suite de ces deux journées d’abattage, quelques habitants et militants se réunissent devant le parc. Certains décident d’y pénétrer. « On est rentré et on s’est installé pour dire ici, c’est chez nous, c’est un parc public et on en partira pas », assène Patrick, l’une des voix importantes du mouvement. Depuis, entre quinze et cinquante personnes y passent tous les jours et le site est occupé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec la présence d’au moins sept ou huit personnes chaque nuit malgré un mistral glacial.

Le parc Michel-Lévy, une lutte citoyenne depuis 2008

Des tentes sont plantées, plusieurs foyers se consument, un espace est dédié au tri sélectif, des listes de besoins sont affichés, des palettes entassées... Et des tags colorés ont fleuri sur les troncs d’arbre abattus et les murs de l’ancien centre d’animation. « On a accepté de passer en ZAD », résume Muriel, installée dans le quartier depuis 1983 et l’une des historiques de la lutte. De fait, le début des travaux a provoqué un regain de mobilisation. Car si le parc est fermé depuis un an et demi, son sort fait l’objet d’une lutte citoyenne depuis le printemps 2008.

Au cœur du quartier de Baille-Lodi dans le 6e arrondissement et à deux pas de la place Castellane, le parc Michel-Lévy est l’un des rares espaces verts de cette partie de la ville. Longtemps, les jeux pour enfants et le terrain de boule y ont côtoyé un centre d’animation (le Tempo) sous les ombraisons de grands arbres dont des platanes et quelques micocouliers. En février 2008, on apprend que le parc va être vendu à Unicil, groupe immobilier intervenant dans l’habitat social. Très vite, les habitants qui refusent de voir disparaître le seul (petit) poumon vert du quartier s’organisent et intentent des recours, gracieux puis juridiques, demandant que le square demeure un espace public.

La bataille judiciaire s’éternise, ils sont déboutés à chaque fois. Début juin 2013, le parc est fermé sans crier gare. Entraînant une nouvelle mobilisation des habitants qui, cette fois vont se constituer en un Collectif Michel Lévy. « On a exploré toutes les voies possibles, souligne Muriel. On a lancé des appels à des spécialistes des cause urbaines pour recueillir des avis techniques, juridiques ; on a consulté des avocats ; on est allé à l’urbanisme... »

Sept étages et trois niveaux de parking en sous-sol

Face à cette levée de boucliers, la municipalité rétorque qu’une partie verte sera maintenue « à l’identique ». « Ce lieu va redevenir un espace public, il y aura bien un jardin. Unicil est désormais propriétaire du terrain, ils ont un permis de construire et tout ce qui est prévu doit être fait dans la légalité. M. Moraine est à l’écoute des habitants de son secteur. Il les a déjà reçus et considère que c’est un mieux pour eux », résume une collaboratrice du maire UMP du secteur, Yves Moraine. Et d’inviter les zadistes de Michel Lévy à « se rapprocher d’Unicil » puisque « la vente est finalisée ».

Le parc est censé accueillir un immeuble de sept étages avec quarante-sept logements sociaux. Et son rez-de-chaussée doit être loué à la Ville pour qu’elle y réinstalle un centre d’animation auquel sera adjoint ce qui reste d’espace vert. En sous-sol : un parking de trois niveaux. Un espace vert très réduit, donc, soulignent les zadistes, et « contrairement à ce que prétend la mairie, ce sera impossible d’y replanter les arbres à haute tiges du parc », déplore Patrick.

Sur la fourche de l’un d’entre eux, un micocoulier centenaire répertorié comme arbre à protéger, David Escalier a installé sa plate-forme dès jeudi 22 au soir. Militant de Greenpeace, impliqué sur la plupart des luttes environnementales de la région, il y passe toutes ses nuits et une partie de ses journées quand sa formation en maraîchage biologique lui en laisse le temps. De là-haut, harnaché comme un élagueur, il alpague les riverains qui passent dans la rue adjacente et répond à la presse : « On demande l’annulation de ce permis de construire ; on défend un projet alternatif qui permette de maintenir ici un espace public et de liberté pour les habitants ; et que ce soit autogéré. »

Convergence entre locaux et zadistes

Si elle ne s’opère pas sans tensions, intrinsèquement liées à ce type de lutte, la convergence entre historiques "locaux" du collectif et zadistes plus ou moins exogènes (la plupart sont de Marseille), suit son cours. Et se noue à travers les AG de fin d’après-midi et la mise en place de micro-projets favorisant la réappropriation de l’espace par les gens du quartier. Mercredi 28 janvier, les zadistes de Michel Lévy (soutenus par les Paniers marseillais, les Amis de la terre et d’autres organisations) ont prévu des ateliers peinture et fabrication de tipis pour les enfants. Ils seront animés par des « jeunes titulaires du BAFA » qui ont rejoint le mouvement, se félicite Patrick.

« Pour l’instant, ça se passe très bien avec la police, ils viennent juste prendre des nouvelles, s’assurer que tout va bien », glisse-t-il. Mardi matin, le possible dépôt d’une plainte par Unicil était évoqué, mais rien ne semblait indiquer l’imminence d’une intervention de la police et chacun se préparait à passer encore quelques nuits sur place.

« On résistera pacifiquement bien sûr, assure Patrick. Mais si l’huissier vient pour nous faire signer l’arrêté d’expulsion, il faudra qu’il monte nous voir en haut des arbres avec son costume, son document et son stylo. On va rigoler. Et puis qu’il vienne avec son baudrier parce qu’on lui fournira pas, hein ! »

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  • Tenez-bon les gars, j’arrive !

    THOMAS Le 29 janvier 2015 à 11:07
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