Le HMS Bulwark à Gibraltar – cc Moshi Anahory
Accueil > Monde | Par Laura Raim | 25 avril 2015

Migrants : l’Europe militarise sa réponse

Les dirigeants européens ont décidé jeudi de demander à l’ONU un mandat pour mener des actions militaires contre les passeurs en Libye. Après avoir criminalisé les migrants, l’UE s’apprête à armer la lutte contre l’immigration clandestine.

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L’UE doit « déclarer la guerre aux trafiquants d’êtres humains », a martelé jeudi le commissaire aux affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos. La méthode est bien connue des hommes politiques : quand on a un problème, on lui « déclare la guerre ». Le plus souvent, c’est métaphorique : « Je veux faire la guerre à l’illettrisme, à la pauvreté, au chômage, aux concurrences déloyales, au communautarisme, à la délinquance, à l’injustice », promettait par exemple Nicolas Sarkozy dans un discours de campagne en 2012, l’emphase guerrière du langage visant dans ce genre de cas à compenser la faiblesse de l’action réelle. Il est à craindre cependant que la déclaration belliqueuse de Monsieur Avramopoulos soit tout à fait littérale.

Dès le lendemain du naufrage en Méditerranée, dimanche, d’un chalutier avec quelque huit-cents migrants à bord, les dirigeants européens ont en effet évoqué la piste d’une opération militaire contre les trafiquants qui profitent de la misère des personnes fuyant la guerre ou la misère. Si cela fait trente ans que l’Europe criminalise l’immigration, se contentant, en guise de politique migratoire, d’un dispositif de surveillance des frontières, la militarisation de la lutte contre l’immigration clandestine serait une grande première.

« Impossible de tarir cette source par la force »

L’Italie est parmi les États les plus offensifs en la matière, le chef du gouvernement Matteo Renzi ayant évoqué dès mardi des « interventions ciblées » contre les passeurs en Libye, devenu le pays d’embarquement des migrants et des candidats à l’asile en direction de l’Italie et de Malte. « Nous savons où les trafiquants mettent leurs bateaux, assurait même sa ministre de la Défense Roberta Pinotti mercredi. Les plans pour une intervention militaire sont là. » Parmi les propositions sur la table figure la destruction, par drones armés, des bateaux vides des passeurs sur les côtes libyennes.

Une voie hasardeuse : comment distinguer une embarcation de passeur d’un chalutier de pêcheurs ? Surtout, comment être sûr que le bateau est vraiment vide ? Pour Kader Abderrahim, chercheur à l’Iris interrogé par l’AFP, l’idée d’intervenir militairement en Libye est aussi dangereuse qu’inefficace : « C’est un pays avec deux gouvernements, deux parlements, plus de 150 milices, 60.000 hommes armés au bas mot. On se retrouverait comme des pigeons dans un champ de foire », estime-t-il. « Faire un blocus ? Mettre cinq mille bateaux en Méditerranée, poser des mines comme pendant la dernière guerre ? C’est absolument incontrôlable. Il faut s’attaquer à la cause du problème, pas à sa conséquence, poursuit-il. Ceux qui sont déterminés à venir trouveront toujours des points d’entrée. Ça rapporte tellement d’argent que les trafiquants seront toujours très créatifs en la matière. Il est impossible de tarir cette source par la force. »

Des considérations vite balayées. Jeudi, l’option militaire a été confirmée à l’issue du sommet européen extraordinaire à Bruxelles. Outre l’engagement à accroître leur présence en mer, à prévenir les arrivées « irrégulières » en renforçant les expulsions et à organiser un système d’accueil plus « solidaire », les vingt-huit chefs d’État et de gouvernement européens ont insisté sur la nécessité d’« identifier, capturer et détruire » les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les passeurs.

Dernière voie d’entrée

Étant donné que bombarder par drone des cibles dans un pays étranger, comme l’envisage l’Italie, est un acte illégal au regard du droit international, la France et le Royaume-Uni vont présenter un projet de résolution à l’ONU. Ils pourraient prendre pour modèle l’opération Atalante, déployée en 2008 avec l’aval de l’ONU, contre les pirates somaliens qui attaquaient les cargos dans l’océan Indien.

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, doit réfléchir aux conditions juridiques nécessaires pour engager d’éventuelles opérations militaires sur la côte libyenne. David Cameron a quant à lui annoncé que le Royaume-Uni mettait à disposition son navire de guerre, le HMS Bulwark, deux patrouilleurs ainsi que trois hélicoptères pour « démolir les gangs ». Matteo Renzi rencontrera lundi à Rome le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

Une mobilisation d’une rapidité remarquable, supposée montrer que l’UE est à la hauteur des enjeux humanitaires du moment. Encore ne faudrait-il pas oublier, dans la précipitation, que si ces « marchands d’esclaves du XXIe siècle » existent, c’est parce qu’ils représentent le seul moyen d’accéder à l’Europe, qui a quasiment fermé toutes les voies d’entrée légales aux migrants. Pour supprimer les passeurs, il suffirait donc de rétablir des voies légales. Une solution proprement politique qui s’attaquerait au fond du problème, mais qui intéresse manifestement beaucoup moins les dirigeants européens.

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  • Vivement une publication des oeuvres pédagogico-stratégiques du grand "Maurice" dans les Classiques du Peuple !

    Fulgence Le 26 avril 2015 à 08:39
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