cc Pierre Metivier
Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 10 juin 2015

Montebourg s’échauffe à l’eau tiède

Cosignataire avec Mathieu Pigasse d’une tribune qui a fait son effet, Arnaud Montebourg semble avoir oublié son passage au gouvernement et ne propose aucune réelle alternative politique. À quoi sert de hausser le ton si c’est pour rester sans fond ?

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Après quelques mois d’un silence qui sans doute lui coûtent un peu, Arnaud Montebourg a décidé de se rappeler aux bons souvenirs de ses camarades socialistes. Lors de ses vœux à ses administrés de Saône-et-Loire en décembre dernier, il avait pourtant indiqué : « Après dix-sept années de mandat local et national, le moment est venu pour moi de me retirer de la vie publique professionnelle. » Il faut croire que cela le grattouille un peu.

C’est par une tribune qui a fait son petit effet dans le Landerneau politique que l’homme du "redressement productif" marque son retour sur la scène politique. Signée avec le banquier d’affaires Mathieu Pigasse, celle-ci tire à vue sur le gouvernement et l’Europe et voudrait tracer une perspective alternative. Pari perdu.

Constat assassin...

« Hébétés, nous marchons vers le désastre », telle est la première phrase de la tribune soulignant ainsi l’urgence et la gravité de la situation. Pointant la menace qu’incarne le Front national, les deux auteurs en appellent à s’attaquer aux raisons de fond qui nourrissent la montée de l’extrême droite plutôt que l’inutile culpabilisation morale quand ce ne sont pas les tous petits calculs politiciens : « On serait, au contraire, bien avisé d’agir sur les causes réelles et profondes qui jettent des millions de Français dans ses bras : l’explosion du chômage, la hausse de la pauvreté et la montée du sentiment de vulnérabilité dans presque toutes les couches de la société française. » Un constat qu’on ne peut que partager mais qui, chacun en conviendra, n’est pas d’une terrible originalité.

Sans concession, le texte revient sur les politiques désastreuses menées dans le cadre de l’Europe et cherche à opposer une alternative dans, il faut bien le dire, une certaine confusion. Ainsi « Ce sont là des propositions de bon sens qui ont été portées par de nombreux économistes dont plusieurs prix Nobel d’économie et soutenues par les plus grandes institutions économiques mondiales, comme le FMI et l’OCDE, certains des plus grands gouvernements du monde comme le gouvernement américain, contre l’avis des forcenés du même dogme. » Doit-on comprendre que le FMI serait porteur d’une politique plus progressiste ? Les Grecs ont sans doute un avis bien différent en ce moment.

Mais l’amnésie qui frappe Arnaud Montebourg est parfois étonnante. « Élue pour faire baisser massivement le chômage, la gauche de gouvernement a rallié en deux mois de pouvoir les exigences destructrices de l’austérité, lesquelles ont fait… augmenter massivement le chômage. » À se demander ce que l’homme a fait pendant plus de deux ans au gouvernement, avant d’en être chassé – et même pas d’en démissionner. Un esprit fielleux pourrait même s’interroger : « Il était ministre de quoi, Montebourg ? »

Solutions conformistes et éculées

Mais si, après tout, chacun peut changer et évoluer, les propositions avancées dans cette même tribune ont un fort goût de naphtaline : croissance et réductions d’impôts.

Pour Montebourg et Pigasse, il s’agit « de se battre pour la croissance en interrompant les politiques absurdes, inefficaces et anti-économiques de Bruxelles, et rendre sous forme de baisses d’impôts ce qui a été lourdement prélevé sur les ménages (plusieurs dizaines de milliards d’euros). Cela veut dire ne plus se laisser faire par Berlin et Bruxelles et changer la politique économique nationale et européenne. » Cette approche pose au moins deux types de questionnements.

Le premier est celui de l’espace d’une politique de relance par la croissance dans un schéma keynésien très à l’ancienne qui soulève de nombreux problèmes. Une telle politique est sans doute presque impossible dans l’économie mondialisée telle qu’elle s’est mise en place depuis un peu plus de trente ans. C’est la principale raison de l’effondrement du paradigme social-démocrate, non pas seulement en France mais dans toute l’Europe. À cela s’ajoute un débat sur la notion même de croissance. L’absence de toute référence à l’écologie est assez cohérente dans la tribune parce qu’une telle politique de croissance infinie vient percuter l’épuisement des ressources à l’échelle de la planète.

Le second questionnement porte sur la fonction de l’Europe dans les politiques d’austérité réellement désastreuses menées en France. « Tout président élu commence par aller faire ses génuflexions à Berlin puis à Bruxelles, enterrant en 72 heures ses engagements de campagne », déclarent les deux auteurs. Mais la Communauté européenne, sous l’impulsion de l’Allemagne, est-elle la cause des politiques de régression sociale ou n’est-elle pas plutôt l’instrument qu’utilise une classe dominante bien française pour modifier la situation en sa faveur ? Le commissaire européen à l’Économie, un certain Pierre Moscovici, n’est pas contraint ou soumis par une quelconque puissance extérieure. En bon libéral, il mène à Bruxelles une politique dont il est convaincu – tout comme Michel Sapin ou Emmanuel Macron à Bercy.

Dupont-Aignan signe des deux mains

Plus contestable encore est la perspective avancée de la baisse des impôts : « Agir (…) cela veut dire se battre pour la croissance en interrompant les politiques absurdes, inefficaces et anti-économiques de Bruxelles, et rendre sous forme de baisses d’impôts ce qui a été lourdement prélevé sur les ménages (plusieurs dizaines de milliards d’euros).  » Et d’ajouter : « Les pertes de pouvoir d’achat pour les classes moyennes, par hausse des prélèvements sur les ménages, sont considérables (1.650 euros en moyenne par foyer en trois ans selon l’OFCE). » Pour tout dire, cette insistance sur les classes moyennes et la réduction d’impôts rend un peu perplexe. Loin d’une véritable réforme fiscale, ambitieuse et égalitaire, d’une réorganisation de l’économie, ce qui est proposé, c’est de redistribuer du pouvoir d’achat aux classes moyennes. Un peu léger pour une grande ambition pour le pays.

Côté responsable socialiste, on fait grise mine. La publication de la tribune au moment même du congrès bien tristounet de Poitiers n’est pas une bonne nouvelle. En rafale, Stéphane Le Foll, Michel Sapin et Manuel Valls y sont allés de leurs commentaires acerbes. Pour le premier ministre qui, sans doute, peaufinait sa nouvelle attaque contre les salariés, il s’agit de laisser « l’irresponsabilité aux autres ». De son côté, le ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement a déclaré « C’est le moment qui est choisi qui fait du bruit, mais sur le fond c’est faible. »

Prudemment, Jean-Luc Mélenchon a déclaré : « C’est trop court d’en rester à faire un gros clin d’œil aux gens en disant vous paierez moins. » Même s’il relève que « La tribune de Montebourg est intéressante, elle va dans mon sens au moins sur un point fondamental : la politique de la France ne peut être l’austérité et l’asphyxie de Berlin et Bruxelles ».

Le plus enthousiaste est finalement Nicolas Dupont-Aignan : « Tout, je pourrais signer l’ensemble de l’article. (…) Qu’Arnaud Montebourg vienne à Debout la France, il sera très heureux », a-t-il déclaré sur iTélé. Pas sûr que c’était l’objectif premier de nos deux auteurs.

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  • Un pantin comme un autre, pantin au sens de marionnette.

    La Renaudie Le 12 juin 2015 à 08:26
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