Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 26 mars 2014

Municipales 2014 : le Front de gauche à la loupe

L’examen attentif des résultats du Front de gauche au premier tour, dans les villes de plus de 20.000 habitants, montre que son poids électoral est significatif et démontre l’importance de son projet politique… autant que la nécessité de le faire évoluer.

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L’analyse est ici menée à partir d’un fichier de 259 communes de plus de 20.000 habitants, dans lesquelles n’a pas fonctionné une logique classique d’union de la gauche. Dans ces villes, trois grands cas de figure sont observés.

Dans le premier, le Front de gauche s’est présenté, avec toutes ses composantes, face à des candidatures du Parti socialiste (comme à Marseille ou Lille).
Dans le second, le Parti communiste a reconduit des alliances avec le Parti socialiste (Comme à Paris, Grenoble ou Rennes), une partie du Front de gauche a constitué des listes sans lui.
Enfin, dans quelques cas, face au PS, une alliance resserrée s’est constituée autour d’une des composantes du Front (PCF ou PG) ; parfois aussi elle s’est ouverte à des sensibilités différentes, écologistes (Grenoble) ou plus généralement alternatives (Rennes).

Des situations et des résultats variés

L’examen ici présenté s’en tient à ces cas de figure. Il n’inclut donc pas les cas où la totalité du Front de gauche se retrouve aux côtés de socialistes, notamment pour la reconduite de l’équipe sortante, comme à Nanterre, Gennevilliers ou Villeneuve-Saint-Georges. Les données brutes obtenues sont les alors suivantes.

1. Sur le total des 259 communes, les listes d’union de la gauche à direction socialiste et les listes socialistes proprement dites ont recueilli 26,9 %. Quant aux listes d’extrême gauche, animées par LO ou le NPA, elles ont obtenu 1,3 % des suffrages.

2. Les listes écologistes ont été présentes dans 65 de ces communes. Leurs scores vont de 2,3 % (Paris 16e) à 33 % (Paris 2e). Dans 25 cas, ils sont supérieurs à 10 %. Quand ils sont présents dans ce type de communes, les écologistes obtiennent 9,1 % (3 % sur le total de l’échantillon).

3. Les listes désignées par le ministère de l’Intérieur comme étant celles du Front de gauche ou comme des listes « alternatives » où figurent des composantes du Front ont regroupé un total de 8,2 % des suffrages exprimés. Leurs résultats sont bien sûr extrêmement variés. Dans les communes dont le maire sortant conduisait ou soutenait la liste de Front de gauche, ils sont toujours supérieurs à 20 %. Ailleurs, ils vont de 2,4 % (Agde) à 33,5 % (Lyon 1er secteur), en passant par les 24,7 % de Clémentine Autain à Sevran et les 25,8 % de Sofia Dauvergne à Romainville.

4. À l’élection présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 12,4 % dans ces 259 communes. Les analyses de l’époque montraient les potentialités d’un vote qui associait des segments sociologiques variés et des territoires diversifiés, centres urbains tout autant que périphéries. Le Front commençait à agréger des forces, en combinant la force du refus et l’espoir, plus ou moins clair, d’une nouvelle donne à gauche. Il constituait ainsi une potion efficace à la montée du ressentiment populaire.

Le Front de gauche reste un gage d’avenir

Les choix gouvernementaux ont cassé l’espérance et mué un peu plus la colère en ressentiment, nourrissant, à parts égales, l’abstention et le vote Front national. Le Front de gauche n’a pas été épargné par ce mouvement, d’autant plus que certains choix d’alliance du PCF ont brouillé son image. Mais, dans ce contexte, les résultats du Front montrent qu’il reste, pour une gauche de gauche, un gage d’avenir. Si l’on tient compte de que, dans les grandes agglomérations, une partie non négligeable de l’électorat communiste traditionnel a voté pour les listes socialistes d’union de la gauche, le résultat global des listes estampillées Front de gauche (8,2 %), dans la France la plus urbanisée, n’a rien de calamiteux. Dans bien des cas, comme à Grenoble, à Rezé ou à Rennes, la posture d’alternative a marqué heureusement le paysage politique local.

Il restera bien sûr à réfléchir pour assurer des progressions à venir. On devra par exemple tenir compte de la vivacité manifestée par de nombreuses listes qui se présentaient comme alternatives à un fonctionnement classique de l’institution politique, partisane comprise. L’écho de listes dites "citoyennes" un peu partout, dans les villes-centres comme dans les périphéries, doit être interprété sérieusement. Tout comme le score très honorable des listes EE-LV, alors même que les écologistes soutiennent de fait les orientations négatives du pouvoir installé. Dans ces deux cas, ce qui a attiré les électeurs est l’impression qu’on leur offrait une option nouvelle face à un monde politique jugé ossifié.

Peut-être faudra-t-il se dire, après le second tour, que la question posée aujourd’hui n’est sans doute pas seulement de changer le contenu des politiques publiques, mais de changer la politique elle-même, la façon de faire tout autant que ce que l’on fait. Auquel cas, nous devrons apprendre à faire marcher de front la clarté du refus, l’audace des alliances dans la gauche de gauche et la capacité à incarner, dans les mots et la façon d’être, une authentique novation à gauche. À tous les échelons de territoire.

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  • En faisant passer pour profits et pertes les comportements analysés par Guillaume Liégard ? Je pense que le temps est venu de la clarté, condition d’une écoute.

    Dominique FILIPPI Le 26 mars 2014 à 08:08
       
    • Vous faites erreur concernant la ville de Nanterre où le Front de gauche n’était pas autorisé à apparaître en soutien d’une liste, puisque divisé.
      Une partie a soutenu l’équipe sortante, quand l’autre partie s’est retrouvée sur la liste Unité et résistance pour Nanterre

      Aym Le 26 mars 2014 à 12:33
  •  
  • @ Aym : je parlais des multiples exemples donnés par Liégard...

    Dominique FILIPPI Le 26 mars 2014 à 13:55
       
    • et par d’autres intervenants...

      Dominique FILIPPI Le 26 mars 2014 à 13:57
  •  
  • une lecture, sans doute quasi sénile de ma part, des résultats cités, me conduit à penser que EELV reste un avatar de la Social-Démocratie, avec, bien sur, toutes les nuances que celà implique. Il en résulte une cohabitation obstinée au Gvnmt et des situations, locales certes, où la fin (virer les communistes) justifie tous les moyens. Il ne s’agit pas monter en épingle des comportemts locaux. Ils n’ont en commun que l’appât du Pouvoir, et de tout ce qui va avec. Il est donc difficile de parler de "faire de la politique autrement" lorsqu’il s’agit de re-faire pour obtenir les mêmes résultats : retour à Février 1848 ? Du moins, si l’histoire devait se répéter. Ce qui complique encore un peu plus le vote c’est que,décidément, la Social Démocratie semble la chose la mieux partagée à "Gauche".

    JeanJules Le 26 mars 2014 à 15:43
  •  
  • Il faudra faire les stats après le 2d tour sur :
     le nombre d’élus gagnés sur des listes réellement unies FG (au moins PCF-PG unis),
     le nombre d’élus gagnés sur des listes autonomes pour chaque parti membre du FG (PCF seul ou PG seul)
     le nombre d’élus membres d’un parti du FG (PCF, PG...) gagnés grace à des listes communes avec le PS.

    Pour l’instant au 1er, le PCF gagne des villes, c’est encourageant !

    Heurtier Le 26 mars 2014 à 16:24
       
    • On pourrait présenter des objections à de telles stats :

       Il n’a existé apparemment nulle part de liste "PCF seul" ou "PG seul" (sauf erreur de ma part)

       Le sens de "listes communes avec le PS" ne change-t-il pas radicalement selon que le PS dirige ou non la liste ? (allégeance ou autonomie)

       Pourquoi des listes seraient-elles davantage "réellement unies" avec 2 composants (PCF+PG) qu’avec 7 (PG+GA+FASE+Altern.+GU, etc.) ?

      Wild ar-Rachid Le 26 mars 2014 à 16:47
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  • Faire de la politique autrement c’est l’expérience qui continue en Limousin avec Terre de Gauche ( créé en 2010 par association du Front de gauche et du NPA ) : à Limoges historiquement dirigée par le PS + pcf la liste autonome au premier tour 14%. Risque que la ville bascule à l’UMP donc fusion des listes avec 13 places éligibles mais pas de solidarité de gestion et mise en place d’ici 2016 de la gratuité des transports ( PS majoritaire dans l’agglomération.) projet phare de notre programme Terre de gauche. À Guéret (Creuse) innovation aussi même cas de figure avec en plus entrée dans l’exécutif d’élus PG mais avec liberté de vote

    Rome pascale Le 27 mars 2014 à 12:53
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  • Il est bien fort dommage qu’ une véritable analyse de la faiblesse structurelle du Front de gauche n’ ait pas été faite ni par ses membres d’ organisation ni par les journaux proches du Front de gauche ...On reste dans l’ incantation béate " oui ca se tient "

    A Marseille , alors que toutes les composantes du Front de gauche étaient "ensemble" ,c ’ est une catastrophe ou un champ de ruines : en résumé , les scores de Mélenchon sont divisés par 2 , voir par 3 , selon les quartiers ou secteurs ...L’ exemple du 13 14 ( 7ème secteur ) est le plus cruel : dans un arrondissement comme le 13ème où le PC fut très implanté à une époque , il chute lourdement à 6,43 alors que Mélenchon et Batoux avaient fait 13 % et 11 % aux deux premiers tours de 2012 ( le FN frôle les 33 % et gagnera bien malheureusement la maire dimanche ) - L’ exemple de Marseille ville qu’ on m’ a présentée comme "rebelle" reste à mon avis jamais écouté par le Front de gauche marseillais , comme l’ exemple typique de la non implantation du Front de gauche dans une ville avec de nombreux quartiers populaires en son sein : le PC encore présent en militants laisse sa manière de s’ organiser à des groupes militants très réduits en effectifs , dont le but n’ est pas "la masse , mais la colonne de fer" ...Le lien avec les structures syndicales devient soit clanique , soit inexistant , soit quasiment reproché par des personnes du Front de gauche qui ont peu de liens ou d’ affinité avec la structure syndicale ... Comme personne n’ en a le courage , autant le hurler :

    A Marseille , le Front de gauche qui fait entre 5 et 10 % ( pour une moyenne de 7 % ) sur toute la ville est devenu " un champ de ruines" ...qui a sombré avec le Parti Socialiste lors du dernier scrutin ...

    Le Prado 2012 est un souvenir , ou un mirage selon la mauvaise interprétation qui en a été faite ..

    Le vent se lève - il faut tenter de vivre

    Cessez de rire charmante Elvire
    Les loups sont entrés dans Marseille .

    THIERRY HERMAN Le 28 mars 2014 à 23:36
       
    • Ce message doit interpeller les militants car au prado les sympathisants étaient nombreux. De plus les résultats de Marseille ne correspondent pas avec la tonalité nationale. Donc les camarades PCF ET PG doivent commencer par balayer devant leur porte car à ce niveau de dégringolade...on ne peut en faire l’économie.

      Dominique FILIPPI Le 29 mars 2014 à 11:30
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