photo Mairie de Paris / Sophie Robichon
Accueil > Société | Entretien par Jérôme Latta | 19 février 2015

Nicolas Bonnet : « Si l’on veut des Jeux olympiques "durables", il faudra les changer »

Conseiller de Paris et président du groupe communiste-Front de gauche, Nicolas Bonnet plaide pour une candidature de Paris aux JO 2024 sous conditions, conçue dans l’intérêt des populations, du territoire et du développement du sport.

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Avec la remise à Anne Hidalgo de "l’étude d’opportunité" rédigée sous l’égide de Bernard Lapasset, président du Comité français du sport international (CFSI), la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux olympiques 2024 a franchi une nouvelle étape. La décision devrait être prise en juin, la date limite de dépôt des candidatures étant fixée par le Comite international olympique (CIO) au 15 septembre.

Doublée par le président de la République, qui avait exprimé en novembre le souhait d’une candidature de la capitale et regretté ses réticences (lire "Jeux olympiques 2024 : Hollande se raccroche aux anneaux"), la maire de Paris défend une candidature « économiquement soutenable », à rebours du gigantisme des précédentes éditions, et avec en tête le souvenir des échecs de la ville pour celles de 1992, 2008 et 2012. Membre du Conseil national du PCF dont il anime la commission sport, Nicolas Bonnet suit de près le dossier.

Regards. Que faut-il retenir du rapport d’opportunité remis par le mouvement sportif à Anne Hidalgo ?

Nicolas Bonnet. Il ne nous a malheureusement été remis que la synthèse de rapport, au motif que la diffusion de sa version intégrale informerait les autres villes candidates : je regrette que les élus ne puissent pas se prononcer sur le rapport dans sa globalité. Ensuite, ce rapport arrive si tard que le débat politique nécessaire va être très court avant la soumission de l’éventuelle candidature aux votes des conseils d’arrondissement en mars et au Conseil de Paris en avril. Or nous avions alerté, dès juillet 2014, qu’au-delà de la sollicitation du mouvement sportif, il était nécessaire de mener un débat avec la population : "Pour quoi des JO, et pour qui des JO ?" Les Jeux olympiques et le CIO ont fait l’objet de violentes critiques sur la corruption, le système opaque d’attribution de la compétition, les dérogations fiscales, l’inflation inacceptable des coûts d’organisation, etc. Cela oblige à s’interroger sur les valeurs de l’olympisme et les raisons d’organiser des jeux. Ce débat politique avec la population française est un préalable indispensable pour reconstruire des Jeux du XXIe siècle sur la base de valeurs que la France peut porter.

« Nous devons nous demander en quoi ces Jeux peuvent être populaires et porteurs de progrès social »

On a justement le sentiment que cette candidature tombe au plus mauvais moment : les grands événements sportifs – Coupe du monde de football, Jeux olympiques… – n’ont jamais été aussi critiqués…

En décembre, le nouveau président du CIO a déclaré que le Comité devait être lui-même porteur du changement, sous peine d’y être contraint par les critiques, les désistements des villes tentées par une candidature ou les manifestations d’hostilité des populations. On constate à quel point ces événements sportifs internationaux sont privatisés, malgré les investissements publics auxquels ils obligent, et mettent à l’écart les populations. Leur popularité tient essentiellement au spectacle télévisuel de leur retransmission dans le monde : la participation populaire et ce qui doit ensuite rester de l’événement sont à réinventer. Nous allons lancer ce débat avec une réunion publique le 20 mars, en regrettant que la maire de Paris n’ait pas pris elle-même cette initiative. Nous, en tant qu’élus, nous devons nous demander en quoi ces Jeux peuvent être populaires et porteurs de progrès social, comment les populations y seront associées, comment nous pouvons contrecarrer leur marchandisation et les rendre accessibles…

A-t-on une chance de changer l’existant avec une candidature, en concurrence avec d’autres villes, qui impose de se conformer aux règles ?

Je pense qu’il faut saisir l’opportunité de la volonté exprimée par le CIO en faveur d’un changement. Avant 2024, il y aura Tokyo en 2020 : il faudra regarder comment les Japonais vont porter leurs Jeux. L’évolution peut se faire par étapes. La France a la chance de disposer déjà de beaucoup d’infrastructures. Il manque le village olympique, la piscine olympique et le centre des médias, à quoi s’ajoute la rénovation du Stade de France. Tout nouvel équipement devrait être conçu dans la perspective de ce que le CIO appelle "l’héritage", c’est-à-dire de ce qui doit répondre aux besoins de la population. Il faut inscrire la candidature – qui n’y figurait pas – dans les engagements de la campagne pour les municipales 2014 : la lutte contre la pollution, le Grand Paris des transports, le logement, la compensation des déficits d’équipements sportifs – qui suggère par exemple de situer la piscine olympique en Seine-Saint-Denis –, etc. Même sans l’obtention des Jeux, ces équipements doivent être réalisés, au profit des populations et du développement du sport.

« Les Français ne veulent pas d’un État dans l’État le temps d’une olympiade »

Anne Hidalgo a invoqué des "retombées économiques" que les spécialistes contestent de façon de plus en plus unanime. Peut-on encore évoquer de tels bénéfices aujourd’hui ?

Ce qui est quantifiable, ce sont d’une part les travaux et l’emploi créés en amont sur les chantiers. Cela pose d’ailleurs l’exigence des conditions que nous devons imposer aux entreprises au travers des clauses sociales. On peut d’autre part compter sur les retombées pour le tourisme. Au-delà, je ne pense pas que la balance puisse être positive, ni même que l’on doive poursuivre cet objectif : il faut mettre en regard ce que l’on investit pour les Jeux olympiques avec l’utilité de ces investissements, demain, pour les populations. Pour cela, il est également essentiel de veiller à ce que les infrastructures ne soient pas privatisées, mais relèvent de l’intervention publique afin d’en conserver la maîtrise. À l’image d’une piscine olympique dont on doit pouvoir garantir l’accès aux publics, aux écoles, sans dépendre des conditions d’un exploitant privé. Le besoin de camps d’entraînement doit par exemple être l’occasion de créer des équipements sportifs de proximité pour les clubs, au travers d’un plan de rattrapage des carences constatées à Paris et en Seine-Saint-Denis.

Des Jeux olympiques plus vertueux suffiront-ils à créer les conditions d’une acceptabilité sociale qui semblent difficile à obtenir en période de crise économique ?

L’idée, évoquée parfois, d’une candidature "low cost" n’est rien d’autre qu’une candidature d’austérité, alors qu’il faut au contraire de l’investissement public pour la relance économique. Je crois en des JO vertueux et maîtrisés, justement dans le cadre d’une politique de relance économique qui s’appuie sur l’investissement dans le sport. Les critiques portent notamment sur les grands projets inutiles, qui coûtent très cher, ne profitent pas aux populations et en plus reposent sur un modèle de privatisation des profits. Elles portent aussi sur le CIO et ce qu’il impose au pays organisateur en voulant débarquer sur un territoire dépolitisé et annexé : les Français ne veulent pas d’un État dans l’État le temps d’une olympiade.

« Le risque pour le CIO, c’est que les Jeux olympiques disparaissent »

Comment se donner les moyens de porter ces principes dans la candidature puis dans l’organisation ?

Je milite pour la promulgation d’une loi olympique, que l’État est en capacité de voter, afin de mettre en œuvre un vrai plan de développement du sport et de développement du territoire, et en même temps d’établir un plan de financement sur les neuf ans à venir.

Peut-on introduire une critique du CIO dans la candidature sans fragiliser celle-ci et s’exposer à la critique d’une France "donneuse de leçons" ?

Certains pensent effectivement qu’il vaudrait mieux tenir ce discours après la candidature… Mais on ne peut pas être candidat sans conditions. Ce n’est pas être prétentieux à l’égard des autres pays – qui eux-mêmes peuvent tout à fait en poser. Ce qui a été prétentieux dans les candidatures précédentes, c’était de croire que la seule image de Paris suffirait à être choisi. Les JO doivent aussi être vecteurs de promotion des droits de l’homme : la lutte contre les discriminations et le racisme, l’égalité hommes-femmes, la construction de la paix. Défendre cela ne peut nuire à la candidature. Le risque, c’est que les Jeux olympiques disparaissent. Ceux qui sont attachés aux valeurs de l’olympisme voient bien qu’il s’est engagé sur la voie de la marchandisation. Si l’on veut des jeux "durables", il faudra les changer, et le CIO en est conscient. Se saisira-t-il de l’opportunité de la candidature française pour renouer avec ces valeurs et replacer les jeux dans un cercle vertueux ?

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  • Et ce monsieur se prétend "communiste" et du "front de gauche" ? Cet entretien n’est qu’une déplorable vitrine de la mairie de Paris pour tenter de nous faire prendre ces vessies ultra-capitalistes de J.O. pour des lanternes du progrès social.

    Ll Le 20 février 2015 à 00:51
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  • Je "plussoie" le commentaire précédent. On est assez abassourdi par la position du PCF au Conseil de Paris concernant le choix de la Ville de Paris de candidater pour des JO 2024, organisé par un CIO ultra-corrompu, pour la glorification du sport-business, qui privatisent les recettes et collectivisent les dépenses, et qui laissent derrière eux une montagne de dettes publiques et des infrastructures inutiles à la population et très éloignés de ses besoins.

    Pour ma part, je refuse que la Ville de Paris dépense entre 60 et 100 millions (coût d’une candidature), et encore moins 6 milliards (hypothèse basse, qui sera forcément dépassé, cf. exemple Londres ou Athènes, sans parler de Pékin ou Sotchi) tout en maintenant une politique austéritaire par ailleurs.

    Stephane L (parisien) Le 6 mai 2015 à 10:57
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