Accueil > Environnement | Par Thomas Clerget | 27 juin 2016

Notre-Dame-des-Landes : de quoi le "oui" est-il le nom ?

Grâce au référendum local sur l’aéroport, le gouvernement n’a pas seulement évité un débat national. Il en a filtré les questions essentielles, et désamorcé la puissance symbolique de la contestation du nouvel aéroport.

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Avec un score de 55,17%, pour un taux de participation de 51%, les habitants de Loire-Atlantique, conviés aux urnes dimanche 26 juin pour un référendum consultatif, se sont prononcés en faveur de la construction d’un nouvel aéroport sur la commune de Notre-Dame-des-Landes. Pour les promoteurs locaux du projet comme pour le gouvernement, qui traîne le dossier tel un boulet depuis le début du quinquennat, la cause est désormais entendue : les travaux auront lieu, et les occupants du site devront partir avant l’automne.

Ce résultat augmente les marges de manœuvre de l’exécutif pour conduire une expulsion du site. Mais les occupants ne reconnaissent pas la légitimité du référendum, et annoncent vouloir continuer « d’habiter, cultiver et protéger le bocage ».

Défendre la ZAD au nom d’un choix de société

Ces occupants ont été piégés par une consultation taillée sur mesure pour une victoire du "oui". En consultant les habitants du département de la Loire-Atlantique, le gouvernement n’a pas seulement choisi un territoire réputé favorable au nouvel aéroport. Il s’est aussi assuré que le débat resterait plus facilement cantonné à des enjeux locaux et de nature essentiellement technique – qui sont un aspect de la contestation du nouvel aéroport mais ne constituent pas son terrain de lutte privilégié. En mettant l’accent sur le développement et l’emploi, les nuisances sonores ou la croissance du trafic aérien, les promoteurs du projet ont dépolitisé un dossier dont les enjeux réels dépassaient ce cadre restreint.

Si Notre-Dame-des-Landes a tant mobilisé, suscité une vague de soutien à travers le pays, si les "zadistes" ont tenu bon il y a quatre ans face à l’opération d’évacuation César, ce n’est pas seulement contre des choix d’aménagement du territoire qui entraînent une raréfaction des zones humides et la disparition des bocages. C’est aussi parce que la défense de la ZAD englobe ces questions dans celle, plus large, d’un choix de société qu’il devient pour beaucoup – et notamment pour les jeunes générations – urgent d’opérer. En confinant, avec un peu de réussite, Notre-Dame-des-Landes au débat local, le gouvernement a su désamorcer le potentiel symbolique qui fonde la contestation. Et empêché l’imaginaire de la ZAD de gagner d’autres espaces.

Ce potentiel, les opposants n’ont pas été en mesure de le réactiver. Ils n’ont pas été aidés par une actualité nationale qui a largement recouvert le débat ces derniers mois, ni par les difficultés d’EELV, relais traditionnel du combat contre l’aéroport dans le débat politique national. Ils ont également pâti d’une gauche traditionnelle qui reste encore souvent dans la difficulté lorsqu’il s’agit de prendre la mesure de la question climatique et des perspectives de transformation sociale que sa résolution nécessite.

L’ancien monde veut durer par la force

La transformation des rapports de production et de consommation est au cœur des questions posées par la contestation à l’aéroport, mais la stratégie "d’endiguement" du débat n’a pas facilité une jonction qui aurait pu s’opérer dans un contexte différent. C’est peut-être ici qu’est la victoire la plus importante du gouvernement. Non seulement dans le fait d’avoir obtenu l’aval des électeurs pour la construction des pistes et de l’aérogare, mais aussi d’avoir esquivé la mise en cause plus large d’un modèle social qui constitue une gigantesque impasse collective.

Alors que le développement exponentiel des échanges internationaux se traduit par une accélération des émissions de CO2 et du réchauffement climatique, c’est pour relier le "grand Ouest" aux capitales européennes que le projet d’aéroport a, selon les arguments de ses promoteurs, été conçu. L’aéroport est ancré dans l’imaginaire de la mondialisation, celui d’une richesse qui tendrait à s’accumuler et se diffuser à mesure que s’accroît la circulation des marchandises, des capitaux et des "hommes d’affaires".

Autour de Notre-Dame-des-Landes s’affrontent ainsi l’ancien monde, celui qui tente de perdurer contre toute évidence en s’imposant par la force, et la galaxie des possibles dessinée par les alternatives qui fleurissent un peu partout et ne demandent qu’à s’incarner dans un imaginaire commun, pour alimenter la perspective d’un changement de société plus profond. De ce point de vue, l’aéroport est une ligne de fracture symbolique, et l’on comprend pourquoi les forces conservatrices, gouvernement en tête, n’entendent pas laisser la contestation "s’enkyster". Quelle qu’ait été l’issue de la consultation, Manuel Valls avait prévenu : le site devra être évacué. Mais le fait est qu’aujourd’hui, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes n’est pas encore sorti de terre.

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  • "Ils ont également pâti d’une gauche traditionnelle qui reste encore souvent dans la difficulté lorsqu’il s’agit de prendre la mesure de la question climatique et des perspectives de transformation sociale que sa résolution nécessite."

    On se demande pourquoi les écosocialistes du programme -l’Humain d’Abord- et maintenant de -la France Insoumise- se décarcassent pour ne même pas être évoqués ici...

    Catherine Melin Le 28 juin à 09:30
       
    • Bien d’accord avec vous Catherine. Devons-nous en conclure, peut-être à tort, que le tout sauf JLM sévit ici, jusque est y compris au regard de cette question ?

      Babeuf

      babeuf Le 28 juin à 10:37
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  • Non mais je rêve !!
    Les zadistes seraient les défenseurs d’un choix de société !
    Personne ne les a mandatés et ils n’ont aucune légitimité pour imposer leur point de vue par la violence ; on pourrait dire la même chose des casseurs.
    Il n’existe pas une élite qui a tout compris face à des masses aliénés et abruties qui ne comprennent rien, sinon c’est un point de vue un peu léniniste.
    La vision du monde vue par les anarcho autonomes, personne n’en veut à part quelques illuminés.
    Sur le sujet NDDL, le choix n’est pas simple : agrandir Nantes Atlantique impliquerait un impact sur les zones humides proches du lac de Grand Lieu. A NDDL, on détruira un peu de bocage, mais si ce type de paysage a reculé en France, ce n’est pas à cause des aéroports ou des lignes de TGV.

    Daniohannis Le 28 juin à 16:23
       
    • Et quand,du fait de la disparition des zones humides,la région nantaise connaîtra des inondations,comme on vient d en vivre,que direz vous ?"c est le progrès" ?
      Remplacer des zones de culture par du bitume inutile ne vous pose aucun problème ? J admire(façon de parler !)les gens qui,comme vous,au nom de leurs certitudes qu on ne peut rien changer,et qui d ailleurs ne veulent SURTOUT rien changer,hypothèquent l avenir environnemental de leurs enfants .

      Le Baron Hugues Le 30 juin à 01:08
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  • Les anti aéroport,dont je suis,se sentent piégés,après ce référendum.J ai du mal à comprendre nos alliés opposants sur place,qui disent, maintenant,que la question était biaisée,et que tout était fait pour que le oui l emporte:périmètre de vote limité,entre autres.
    Dans ce cas,si tout était écrit d avance,il fallait,pour les opposants,appeler au BOYCOTT du scrutin.La participation aurait été insignifiante car,à l évidence,certains partisans du oui se sont déplacés, simplement de peur que les non fassent le plein.Chose qu ils n auraient pas faite en cas de boycott des opposants.
    Maintenant que le mal est fait,il est difficile de contester la légitimité du scrutin. D ailleurs,aujourd’hui ,à l assemblée,UMP et PS,dans une unité touchante,ont réclamé à corps et à cri le démarrage rapide des travaux.Demande agréée avec empressement par Valls,qui avait fait de cette question une affaire personnelle.C est dire si Vinci a du soudoyer tous ces élus,locaux et nationaux.
    Quoi qu il en soit,je crois qu hélas,tout est perdu.Comme toujours,l injustice et la lâcheté triomphent....

    Le Baron Hugues Le 30 juin à 00:59
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  • le pc 44 appelle à voter "oui" le pc national idem (à 9 conditions ; on meurt de rire, surtout pour celle demandée à Vinci)... Ce parti dénature complètement le fondement écologique et social du programme du front de gauche (feu par lui).
    Plus rien à attendre de parti là, auquel j’ai beaucoup (trop) donné pendant presque un demi-siècle.

    cantaous Le 30 juin à 14:03
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  • Notre dame des landes je ne connait pas le dossier, mais cela m’ apparait comme un dossier marginal, beaucoup mousse et de posture

    pagnoux Le 30 juin à 16:07
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