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Accueil > Politique | Par Clémentine Autain | 6 décembre 2016

Olivier Besancenot : « Les postiers sont entrés dans la phase France Telecom »

Jeudi, c’est la grève à La Poste : une intersyndicale avec Sud et la CGT appelle à une journée nationale de mobilisation pour l’emploi et contre les réorganisations. Le postier le plus connu de France, Olivier Besancenot, fait le point sur l’état alarmant de La Poste.

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De très nombreux bureaux de poste ferment leur porte un peu partout en France. 250 fermetures semblent prévues pour 2017. Comment en est-on arrivé là ?

C’est l’aboutissement du démantèlement du service public, des restructurations et réorganisations à La Poste depuis dix ans. Depuis 2004, 100.000 emplois ont été supprimés. L’objectif de la direction, c’est d’en supprimer encore 80.000 d’ici 2020. Leur augmentation repose notamment sur la mise en concurrence des différents opérateurs postaux. En réalité, La Poste organise sa propre concurrence. À l’échelle de l’Europe, les différents opérateurs publics nationaux, notamment allemands et néerlandais, se déguisent en opérateurs privés pour mener la concurrence dans d’autres pays. La Poste fait pareil : elle achète des filiales dans d’autres pays européens pour mener la guerre aux opérateurs locaux. Par cette méthode, il s’agit de réduire la masse salariale et de diminuer les infrastructures dans la sphère publique pour ouvrir toujours plus à la concurrence privée.

Comment s’opère cette transformation de La Poste ?

Dans deux tiers des zones rurales, les vrais bureaux de poste ont été transformés en "points poste". Maintenant, ce sont même les grandes villes qui sont touchées. À Paris, le bureau de poste de Gare du Nord vient de fermer. Or, l’activité ne baisse pas, comme le prétend la direction. Le flux de courriers est impacté par la crise économique mais il est compensé par toute une gamme de courriers – "suivi", "express", "accéléré", etc. – qui exigent du facteur d’aller à domicile, et pas simplement dans la boite aux lettres. Concrètement, vous pouvez avoir moins de courriers à distribuer, mais un temps de travail allongé parce que la prestation n’est plus la même. La conséquence de la baisse drastique de personnel, c’est que la charge de travail augmente pour ceux qui restent. Les postiers sont entrés dans la phase que France Telecom a connue en 2008-2010.

« Aujourd’hui à La Poste, ce sont des drames à répétition qui se produisent, des arrêts maladies et des suicides. »

Quel est le climat social au sein du service public postal ?

Aujourd’hui à La Poste, ce sont des drames à répétition qui se produisent, des arrêts maladies et des suicides, comme dans le Finistère ou le Doubs. Ces suicides, accompagnés de courriers qui incriminent les choix de l’entreprise, concernent des facteurs comme des cadres de l’entreprise. Souvenez-vous de la factrice à Villeneuve-d’Ascq qui a fait un AVC, après sept ans de cumul de CDD à La Poste : son encadrement lui a dit de n’appeler les secours qu’à l’issue de sa tournée ! La nouvelle, c’est que cet été, la justice a reconnu le lien entre le suicide et le travail.

Des entreprises comme Carrefour ou Franprix accueillent maintenant des "relais poste". Quel est l’impact concret de cette privatisation du service ?

La Poste est une entreprise à 100% de capitaux publics, mais qui est une SA. Il faut savoir qu’elle est aujourd’hui ultra-bénéficiaire et qu’elle touche le CICE, à hauteur d’un milliard sur trois ans. Pour autant, dans les zones rurales et les quartiers populaires, La Poste veut fermer ses bureaux. L’activité qui est dégagée, sous forme de courrier ou d’épargne, n’est pas assez rentable. Quand le service est assuré dans une antenne de Carrefour ou Franprix, se posent des problèmes de formation des personnels et de prestations qui sont réduites ou supprimées. Se pose également le problème de la confidentialité que doit assurer un service public. Aujourd’hui, nous sommes à un point de bascule dans la privatisation de La Poste.

« L’argument d’une communication moderne par SMS et mails est de pure façade. Il masque le choix politique d’une privatisation qui va à l’encontre d’un service égalitaire ».

Avec l’essor d’Internet, du numérique, le service postal doit évoluer. Comment ?

La Poste, comme dans d’autres domaines, doit utiliser ces révolutions technologiques pour augmenter les services à la population. Or La Poste veut les utiliser non pas comme des moyens pour améliorer le service, mais comme un écran de fumée pour justifier ses suppressions d’emplois et de bureaux. Toutes les heures, quatre emplois disparaissent à La Poste ! La révolution numérique ne justifie aucunement cette saignée. Les études d’impact réclamées par les organisations syndicales, à l’échelle nationale comme européenne, n’ont jamais abouti. Or toute une série de prestations qui sont assurées par Internet vont amener à développer le service postal. Les achats par Internet, qui explosent, amènent à de nouveaux flux postaux. Il y a bien longtemps que les gens n’envoient plus de cartes postales. Cet argument d’une communication moderne par SMS et mails, utilisé par la direction, est de pure façade. Il masque le choix politique d’une privatisation qui va à l’encontre d’un service égalitaire, accessible à tous sur tout le territoire.

Alors, en grève jeudi ?

Oui ! Cette journée nationale fait suite à une flopée de mobilisations locales qui associent des usagers et des élus de petites communes. La question se pose de faire de La Poste un réel service public, et donc de modifier son statut.

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Vos réactions

  • Pour stopper ce massacre, il faut sortir de l’Europe.
    3 possibilités :
    1) Mélanchon
    2) Lepen
    3)Dupont Aignan
    Qui d’autre concrètement ?
    NDA est lilliputien on laisse tomber. Fillon va tout laminer. Macron va tout laminer. Mélanchon sera la surprise, ou pas.

    Thomas Le 6 décembre 2016 à 22:58
       
    • La Poste , comme d’autres entreprises publiques est victime de l’archaisme de ses syndicats arc boutés sur leurs vieilles lunes et qui ont menés l’entreprise et ses salariés dans le mur, aujourd’hui effectivement la Poste est dans une situation critique et ses syndicats comme toujours se dédouannent en cherchant leurs habituels boucs émissaires : l’Europe , la mondialisation , le méchant patronnat etc etc.....
      Les syndicats francais ont 1 pouvoir de nuisance totalement disproportionné par rapport au très faible poids qu’ils représentent.
      ils sont les responsables masqués d’une part importante du chomage actuel .

      Marc Le 6 décembre 2016 à 23:48
    •  
    • non aucun des 3 le seul candidat le propose avec une sortie par l’article 50 de l lue FRANCOIS ASSELINEAU

      ouvrierpcf Le 5 janvier à 13:23
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  • @ Tauma. mélEnchon avec un E !!!
    @Marc. Je vous propose d’aller dans un centre de tri ou à votre bureau de poste en parler aux interessés ou de faire une journée sur le vélo jaune. Un peu de pôle emploi pourrait aussi vous amener à affiner vos sermons. La vie, quoi...

    René-Michel Le 7 décembre 2016 à 07:35
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  • La vérité c’est qu’il faut renvoyer dos à dos dirigeants politiques, patronat ET dirigeants syndicaux qui sont tous dans une lutte de pouvoir et d’egos.

    Delrieu Le 8 décembre 2016 à 08:56
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  • @Delrieu. Tes affirmations loin d’être dénués d’ego sentent la fachosphère à quinze bornes !

    René-Michel Le 8 décembre 2016 à 09:40
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  • L’argument de la situation critique me fait bien marrer aujourd’hui, vu que j’ai cessé d’être leur subordonné(j’ai fui lâchement après cinq années par peur de finir par faire une connerie). Mais quand j’y aiguisais ma dépression en prenant le téléphone c’était l’Argument avec un grand A... Multiplication par 4 ou 5 de ma charge de travail en 5 ans, suppression de postes et de bureaux à l’heure du cice, modification de mon service dont la fonction était d’accueillir la clientèle en service à vocation commerciale, j’en passe et des pires...Tout ça au nom de la sacrosainte situation critique. Et de voir ces mêmes dirigeants se pavaner dans des voitures toujours plus onéreuses et des costards toujours plus clinquants, bon courage à mes amis qui supportent encore cette vie et n’oubliez pas que le monde ne tourne pas autour de cette boîte, le chômage c’est pas la panacée mais faire une bêtise à cause d’eux c’est vraiment leur faire trop d’honneur...

    Jurgen Le 8 décembre 2016 à 10:36
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  • Je suis assez surpris des réactions a cet article, 2 ou 3 remarques « poujadiste » de base qui s’apparentent plus a des conversation de café du commerce que de réflexions digne de ce blog.

    Peu ou pas de réelle prise en compte de la situation globale, tant sur le bilan que sur les réponses à apporter par les « défenseurs » dont un s’inscrit dans le mode larmoyant plutôt que dans la révolte.

    Quand à l’interview de ce bon vieux Besancenot (eternel poupon chéri des médias) il est a l image de son groupuscule : brouillon, dans l’a peu près, pratiquant un anti –cadre primaire qui s’apparente plus a un l ouvriérisme désuet au lieu de pointer les enjeux derrière cette instrumentalisation de l’encadrement.

    En premier la baisse des trafics courrier n’est pas une invention de la direction ou des directions qui se succèdent à la tête de la poste depuis 10 ans, mais belle et bien une réalité.

    La poste n’a pas vu venir la révolution numérique, qui l’à vu venir d’ailleurs ? Les journaux de petites annonces type « Paru-vendu » ? Le « bon coin » les as tué en 3 ans !

    Les entreprises de ventes par correspondance, les grands annonceurs nationaux, petit à petit se sont dirigés vers d’autres formes de communication que le support papier. Fin des catalogues, fin des papiers de commandes, fin des chèques, fin des contentieux.

    Commande en ligne, règlement en ligne et que l’on ne vienne pas me dire que c’est pour les riches bien équipés, les principaux acheteurs en ligne, voir par portable, sont les habitants des cités qui sont le plus équipés en i phone 6, 7, 22 !

    Ce que ne dit pas l olivier, qui n’est plus facteur depuis longtemps mais guichetier a mi –temps, c’est que les trafics colis ont explosés et que La Poste et ses produits spécifiques sont plébiscités sur les cite de type EBAY, un partenariat avec amazone et d’autres existe.

    Les particuliers aussi : qui écrit encore plus de 5 courriers par an ? , qui demande à un organisme de tourisme un catalogue papier, qui demande encore à un interlocuteur pro, un document, un écrit ?

    La phrase la plus prononcée dans le monde et en France sont : envoyez moi le par email !

    Alors que La Poste en 2006 signe Cap qualité Courrier, une « ambition » pour les 10 années à venir ; accord signé par TOUS les syndicats CGT comprise, le vent numérique est déjà en train de tourner.

    La poste investit dans des Plate Industrielle courrier , PIC , bâtiments de plusieurs hectares, ou sont mis en fonction des machines de tri capable de séparer par n° de rue des tournées de distribution a plus de 80 000 objets a l heure .

    Elle concentre et contre accord des OS, elle s’engage à résorber les emplois précaires.

    Mais en deux ce schéma très couteux est devenu obsolète, commence alors la valse sans fins des « réorganisations » de chaque centre local de courrier, de chaque bureau, chaque tournée de facteur.

    Ces réorganisations sont effectués par des cadres de direction, issus du terrain pour la grande majorité, parfois qui ont été facteur eux-mêmes, cadres de proximité et qui malgré la pression constante de la hiérarchie et des « process » compliqués conservent une logique de service aux clients et ont une visions « pratique » du terrain.

    Bien entendu, ces réorganisations tous les 18 mois ou 2 ans, pèsent sur les organisations, les facteurs et l’encadrement de proximité, une première alerte

    Article du monde Septembre 2012

    Jean KASPAR, président de la Commission du Grand Dialogue de La Poste, a présenté son rapport.

    Jean KASPAR, président de la Commission du Grand Dialogue de La Poste, a remis aujourd’hui, conformément au calendrier fixé au moment de sa nomination, le 27 mars dernier par le président directeur général de La Poste, Jean-Paul Bailly, son rapport sur le bien-être au travail à La Poste

    Le grand dialogue est lancé suite a une vague de suicide, et une « pause » dans les réorganisations est décrété, mais
    A La Poste, en dépit du "Grand Dialogue", les suicides continuent ;

    Les syndicats assurent qu’après une pause, la réorganisation du groupe public a "repris de plus belle". "Une catastrophe humaine se développe", assure Bernard Dupin, administrateur CGT, premier syndicat de l’entreprise.

    LE MONDE | 02.04.2013 à 15h10

    Donc ce qui se passe aujourd’hui en 2016 n’est que la continuité des années 2008 2013.

    Si la poste est dans cet état, c’est également à cause du sport national et local des DRH, sport qui est la chasse au quinqua.

    Dés les 56 ans atteints chez les cadres et 53ans chez les facteurs, la seule question qui leur est pose en entretien de "progrès " c’est « avez-vous des projets », traduction " que voulez vous pour partir dans une forme de temps partiel annualisé qui est en fait un pré retraite aménagée.

    Tout les cadres de proximité, de direction, les organisateurs, sont désormais soumis a une pression constante, poussés la sortie, par la perte de sens de leur métier.

    Ils étaient rentrés fonctionnaires, ils se retrouvent, « manager-gestionnaire- décideurs (sans les moyens) – et exécutant (par cause du manque de moyen).

    Les non- cadres sont soumis à une double pression, celle des organisations et de la clientèle.

    Les anciens craquent, les jeunes démissionnent ou baissent les bras.

    Le turn over du personnel précaire est important, des régions ont du mal à recruter, l’apport de l’intérim est devenu monnaie courante.

    Voila le constat et quand a la solution et bien c’est tout simplement le retour en arrière sur la privatisation qui a eu lieu en 2010 par un retour a un établissement public , recentré sur ses missions régalienne a savoir :livrer du courrier au même tarif, sur tout le territoire avec un personnel titulaire et formé.

    buenaventura Le 8 décembre 2016 à 14:29
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