Accueil > Culture | Par La rédaction | 22 décembre 2016

Onze livres à emporter avant que 2016 ne s’achève

Romans, essais, bandes dessinées ou témoignages : nous avons retenu onze parutions de cette année – autant de coups de cœur évidemment très subjectifs.

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Roman – Le nouveau nom

Si vous ne connaissez pas Elena Ferrante – dont personne ne savait rien avant l’enquête du journaliste Claudio Gatti sur sa véritable identité –, vous avez peut-être déjà entendu parler de L’Amie prodigieuse, paru en 2011. Ce premier épisode d’une saga passionnante suivait le parcours de Lila et Elena, deux jeunes adolescentes issues de milieux populaires, évoluant dans le Naples des années 50. Avec Le nouveau nom, nous voilà propulsés dans les années 60. Les deux fillettes ont grandi. La modeste Lila est devenue riche en épousant l’épicier qu’elle ne tardera pas à mépriser. Quant à Elena, elle poursuit ses études et tombe amoureuse du jeune Nino Sarratore. Un ouvrage social et historique sur l’Italie des années 50 à nos jours. Hautement féministe. Et politique. (P. J.)

Le nouveau nom, d’Elena Ferrante, éd. Gallimard, 23,50 euros.

Roman – La Cheffe, roman d’une cuisinière

Après avoir livré le récit de Trois femmes puissantes, qui se battent pour préserver leur dignité contre les humiliations du quotidien – paru en 2009 –, Marie Ndiaye livre un nouveau portrait, celui d’une cuisinière passionnée. D’origine modeste, née dans la misère, recrutée comme bonne à tout faire, elle devient une femme respectée et sera la première étoilée de sa génération. L’histoire d’une femme forte, perfectionniste et qui sacrifie tout pour sa cuisine. Une recette délicieuse à la sauce Ndiaye. (P. J.)

La Cheffe, roman d’une cuisinière, de Marie Ndiaye, éd. Gallimard, 17,90 euros.

Roman – Histoire de la violence

Il y a deux mondes dans les romans d’Édouard Louis. Il y a la langue de ceux qui parlent les belles lettres. Et puis celle de ceux qui improvisent, le verbe approximatif. Déjà dans En finir avec Eddy Bellegueule, ces deux mondes s’opposaient. D’aucuns parleraient de mépris – voire de racisme – de classe. Rien à voir. L’œuvre de Louis est puissante. Intelligente. Dans Histoire de la violence, il revient sur le viol dont il a été victime un soir de Noël et interroge tout à la fois son passé, l’histoire de son agresseur, le racisme, la misère, etc. Comme une quête. Pour mieux expliquer la violence. Pour objectiver sa source. Ses origines. Pas pour excuser mais pour comprendre. (P. J.)

Histoire de la violence, d’Édouard Louis, éd. Seuil, 18 euros.

Essai – La Médiocratie

L’auteur-philosophe Alain Deneault analyse les modèles de gouvernance, en politique comme dans l’entreprise, dans lesquels il n’y a de place ni pour la pensée, ni pour les idées. « La médiocratie désigne ainsi un régime où la moyenne devient une norme impérieuse qu’il s’agit d’incarner », précise-t-il. Un essai passionnant qui nous permet de mieux comprendre pourquoi les politiques ont cessé de faire de la politique et comment la bonne et saine gestion – comprendre néolibérale – conduit nos sociétés contemporaines à la « privatisation de nos services publics et l’adaptation des institutions aux besoins de l’entreprise ». (P. J.)

Médiocratie, d’Alain Deneault, éd. Lux, 15 euros.

Essai – Sur l’esthétique

Edgar Morin revient sur plusieurs années de travaux sur le sentiment esthétique, pensé comme une émotion devant le "beau" – qu’il soit naturel ou artistique : « L’émotion esthétique est le miroir de l’émotion créatrice », écrit-il. En ces temps inquiétants, parfois nauséabonds, où la peur et l’horreur dominent l’actualité, ce plaidoyer pour la beauté redonne forces et espoirs. Nécessaire et utile. (P. J.)

Sur l’esthétique, d’Edgar Morin, éd. Robert Laffont, 14 euros.

Essai – Les États et empires du lotissement Grand siècle

Les États et empires du lotissement Grand siècle pourrait impressionner, rebuter, par son intitulé très "thèse de doctorat", par son édition dans la collection "Perspectives critiques" des PUF (Presses universitaires de France), ou son classement au rayon philosophie. Mais l’ouvrage n’est ni une thèse, ni un essai. Pas plus qu’un roman. Passionnant par son propos et sa forme – qui mêle récit d’anticipation, fiction "post-apo", polar, ou encore écrit érotique –, Les États et empires… raconte la découverte, plusieurs temps après notre siècle, des restes d’un lotissement par un groupe nomade. Dans un monde dévasté, ils tentent de déchiffrer et de saisir les us de notre société par ce qu’il en reste. Si leur regard distancié et parcellaire n’empêche pas les erreurs d’analyse, ils mettent au jour la logique utopique du lotissement, sa pensée politique, comme ses écueils. (C.C.)

Les États et empires du lotissement Grand siècle, de Fanny Taillandier, éd. PUF, 16 euros.

Politique – Une colère noire, lettre à mon fils

Préfacé par Alain Mabanckou, cette adresse d’un père à son enfant est sans doute l’une des lectures les plus bouleversantes de l’année. L’ouvrage de Ta-Nehisi Coates qui revient sur les meurtres de Noirs-américains par la police a rencontré un vif succès outre-Atlantique. L’auteur dresse un portrait cinglant – et violent – d’une société dont l’héritage des luttes acharnées pour l’égalité et les droits des Noirs est largement menacé. À quelques semaines de l’installation de Donald Trump à la Maison Blanche, l’ouvrage a de quoi donner quelques sueurs froides. Et de réveiller les consciences. (P. J.)

Une colère noire, lettre à mon fils, de Ta-Nehisi Coates, éd. Autrement, 17 euros.

Politique – Le Livre des trahisons

Qu’est-ce qui restera du quinquennat de François Hollande ? La loi El Khomri (21 juillet 2016) ? Les multiples prolongations de l’état d’urgence ? Le projet de sa constitutionnalisation ? Le projet de déchéance de la nationalité ? L’évacuation de la jungle de Calais (24 octobre 2016) ? Sous la direction du philosophe Laurent de Sutter, Le Livre des trahisons s’intéresse à une partie de ces projets, lois ou actions, mis en place ou avortés, depuis le 15 mai 2012. Réunissant quarante écrivains, universitaires ou chercheurs (comme les philosophes Patrice Maniglier ou Ivan Segré et l’écrivaine et critique Fanny Taillandier) – chacun s’attaquant librement à un sujet – l’ouvrage égrène chronologiquement et méthodiquement, dans une diversité de formes et de tons, la succession des abandons et des abdications de la présidence Hollande. (C.C.)

Le Livre des trahisons, dir. Laurent de Sutter, éd. PUF, 19 euros.

Musique – Brûle et Hip-hop family tree vol.1

Le hip-hop est né des flammes, officiellement le 11 août 1973. Dans le chaos d’un Bronx en décomposition, des jeunes de la communauté afro-américaine poussèrent un cri artistique au souffle finalement insoupçonné. Leur culture multidisciplinaire, d’abord balbutiante, se transforma en machine commerciale à partir de 1979. Eux s’évanouirent des mémoires, remplacés par une nouvelle génération qui s’attribua les mérites et concentra les regards. Justice est rendue avec la parution de deux livres complémentaires. Avec le roman Brûle, on plonge dans la vie intime de DJ Kool Herc, père du hip-hop, grâce à un récit haletant et un tableau saisissant du Bronx de l’époque. La BD Hip-hop family tree vol.1 dézoome l’histoire en abordant l’ensemble des groupes pionniers. Un format original et marquant. (M.B.)

Brûle, de Laurent Rigoulet, éd. Don Quichotte, 18 euros.
Hip-hop family tree vol.1, d’Ed Piskor, éd. Papa Guédé, 26 euros.

BD – Une étoile tranquille

Malgré son prix "révélation" à Angoulème, ce petit bijou a largement échappé à l’attention générale. Comment écrire la biographie d’un homme qui, s’il a plongé dans les tréfonds de l’humanité en racontant Auschwitz avec Si c’est un homme, a le plus souvent refusé de se raconter lui-même ? En assemblant les bribes de sa vie, en visitant ses lieux marquants et ses aspects les plus méconnus, répond Pietro Scarnera, qui fait le portrait à la fois du témoin, du chimiste et de l’écrivain. Le trait est limpide, rehaussé d’ombres délicates, et l’on a autant envie de redécouvrir Primo Levi que de découvrir la prochaine production de son compatriote. (J.L.)

Une étoile tranquille – Portrait sentimental de Primo Levi, Pietro Scarnera, éd. Rackham, 19 euros.

BD – Wonder

Parmi les images marquantes de mai/juin 1968, on trouve celle d’une jeune ouvrière aux usines Wonder refusant de reprendre son poste, en dépit du vote de la fin de la grève. C’est de cette figure singulière – demeurée anonyme – dont s’inspirent l’auteur François Bégaudeau et la dessinatrice Elodie Durand pour leur bande-dessinée Wonder. Le parcours de grève de la jeune ouvrière se déploie dans une échappée graphique et colorée. La langue sobre et économe laisse avec pudeur toute la place à l’inventivité formelle, l’émancipation esthétique renvoyant à une autre, sociale et culturelle, comme au refus de subir à nouveau l’exploitation. (C.C.)

Wonder, de François Bégaudeau et Elodie Durand, éd. Delcourt, 17,95 euros.

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