photo Louis Camelin
Accueil > Culture | Par Caroline Châtelet | 3 juin 2016

Orchestre debout, partition pour un nouveau monde

Deux mois après les débuts de Nuit debout, l’Orchestre debout jouera samedi après-midi son quatrième concert, en parallèle d’une journée d’action contre les accords transatlantiques (CETA et TAFTA). Une expérience musicale et militante.

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Comptant parmi les rendez-vous les plus fréquentés de Nuit debout, Orchestre debout fait partie de ces propositions ayant permis de battre en brèche les clichés, tant au niveau politique que médiatique, sur le mouvement et ses participants. Mine de rien, organiser place de la République un concert de musique classique accessible à tous, interprètes comme spectateurs, colle mal avec la vision de casseurs assoiffés de violences…

350 musiciens

Ce projet hors-normes a été créé par Clément, hautboïste amateur. Membre de la commission animation de Nuit debout, le jeune homme a l’idée mi-avril de lancer la création d’un orchestre qui interpréterait un morceau choisi pour son titre programmatique : la symphonie n°9 dite "Du nouveau monde", composée en 1893 par Antonín Dvořák. Le concert est prévu le 21 avril et d’autres personnes rejoignent rapidement Clément pour prêter main forte, de la logistique en lien avec Nuit debout à la diffusion des partitions. Comme le raconte Fanny, violoniste amateur :

« L’idée étant de faire venir le maximum de musiciens, nous avons fait passer l’information en contactant divers orchestres, mais aussi en créant une page Facebook, pour ne pas passer uniquement par les structures déjà existantes. »

Miracle des réseaux sociaux et de la mobilisation autour de Nuit debout, le concert connaît un retentissement majeur. Ce mercredi soir-là, ce sont plus de trois cent cinquante musiciens qui, après seulement deux heures de répétition, donnent à entendre sous la baguette de trois chefs successifs trois des quatre mouvements de la symphonie. Cela devant plusieurs milliers de personnes, assises au sol ou perchées sur les mobiliers urbains alentours, et dans un silence remarquable.


Debout, et ouvert

Ce succès à l’ampleur inattendu amène à lancer le soir-même l’idée d’un deuxième concert. Suivront un troisième avant bientôt un quatrième, chaque session réinventant sa forme. Après la présence d’un chœur pour le deuxième concert, et l’arrivée de danseurs pour le troisième, ce sont les percussions qui s’invitent samedi. Une façon de ne pas reproduire une formule à l’identique, comme Fanny le souligne :

« Il était important d’essayer d’autres pratiques et modalités pour ne pas fossiliser le mouvement. Certaines choses se sont créées spontanément, comme le départ en bœuf sur Bella Ciao pour les deux premières sessions. C’est cela qui a amené à orchestrer cette partition pour le troisième concert. »

Cette spontanéité, ajoutée au fonctionnement démocratique – le choix des morceaux est soumis au vote des interprètes, tandis que l’ouverture aux chanteurs et danseurs permet aux non-musiciens de participer à l’événement – et à l’organisation en parallèle de cours d’initiation à la pratique instrumentale, participent certainement de l’engouement pour le projet. Pour Adrien, violoncelliste amateur :

« Orchestre debout offrait l’occasion de diffusion de la musique classique hors des circuits traditionnels (d’enseignement, professionnel, ou commercial). »

Outre le plaisir de jouer avec d’autres, ce musicien relève l’intérêt de « se saisir par ce biais de certaines questions soulevées par Nuit debout. Parmi celles-ci, celle de l’horizontalité, de l’absence de leader – compliqué dans un orchestre – sont essentielles. Non seulement tous les musiciens sont les bienvenus, quel que soit leur niveau, leur formation, leur origine sociale – on croise dans l’orchestre des instruments n’étant pas symphoniques, comme la viole de gambe – mais l’absence de leadership n’empêche pas une force collective. »


La musique et le message

À quelques heures de ce quatrième concert dont l’un des mots d’ordre est, comme l’explique Fanny, « d’apporter via certains morceaux un soutien aux Brésiliens manifestant contre le président par intérim Michel Temer », Orchestre debout semble à un tournant. La mobilisation connaît en effet « un tassement, qui va sans doute avec la perte de vitesse de la présence à Nuit debout, où il y a moins de personnes aux AG et dans les commissions ».

Interrogée sur la capacité de l’orchestre à participer de la convergence des luttes, ou à tout le moins de l’arrivée de nouvelles personnes au sein de Nuit debout, la jeune femme rappelle que « l’orchestre ne se pose pas en porte-voix de Nuit debout. Tout est discuté en coordination avec la commission animation et les gens s’investissent librement ». Elle fait remarquer que les concerts ont lieu simultanément à d’autres rendez-vous (comme la journée d’action contre les accords transatlantiques pour samedi). « C’est intéressant si les gens qui viennent pour le concert restent pour assister aux échanges, y prendre part. Mais c’est une vraie question en débat, et nous n’avons pas tous la même vision. »

Elle note aussi que certains, dont elle fait partie, « ont une conception politique de la chose, là où d’autres n’ont pas ce désir », et avance que le pas marqué par le mouvement est lié au fait que « le message envoyé ces dernières semaines était moins politique, plus consensuel » :

« Peut-être devons-nous avoir un message plus offensif et clair. Nous ne sommes pas de gentils saltimbanques là pour produire de jolies images pour les caméras des télévisions… »

Orchestre debout, concert samedi 4 juin, 15h, place de la République à Paris.

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Vos réactions

  • "L’ouverture aux chanteurs permet aux non musiciens de participer à l’événement". ROGNTUDJUUUUUUUUUUU !

    Diane Le 4 juin à 07:44
  •  
  • L’équilibre de la douceur.

    Comme un
    rêve qui revient
    dans la douceur
    d’une forêt je
    vois, en marchant
    sous le son, la
    tendre chanson
    d’un oiseau
    solitaire.

    Francesco Sinibaldi

    Francesco Sinibaldi Le 8 juin à 17:39
  •