photo cc PS / Mathieu Delmestre
Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 8 février 2016

Parti socialiste : ne demandez plus le programme

Samedi, le conseil national du PS a adopté le "dépassement" du parti, validé une "feuille de route" pour la présidentielle et renoncé à avoir un programme. En bonne logique, les sujets qui fâchent ont été évacués du texte final.

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Pour maintenir une unité de plus en plus de façade, le parti socialiste décide de ne rien trancher. Son conseil national, réuni samedi 6 février, n’a pas pris position sur la déchéance de la nationalité et a escamoté la question de la primaire. Pour donner à croire qu’elle a servi à quelque chose, cette instance a voté sur le « dépassement du parti socialiste » et le déplacement de son université d’été de La Rochelle à Nantes.

Les députés PS pourront donc voter, sans aucune consigne de leur parti, la déchéance de la nationalité. Les frondeurs ne devraient donc encourir aucune sanction en votant contre. Surtout, la « feuille de route » adoptée en vue de la présidentielle sonne le glas du débat d’idées dans le scrutin préféré des Français.

Le débat escamoté

Après une réunion assez mouvementée des responsables de fédérations le week-end précédent, la direction du PS a convoqué en urgence un conseil national à l’ordre du jour vague, hors délais et hors procédures. Normalement, seul le bureau national est autorisé à procéder à la convocation du "parlement" des socialistes. Pourtant, il y a eu du monde lors de ce conseil national, du monde mais une « ambiance morne », relève une participante. La précédente session s’était déroulée trois mois et demi plus tôt, avant la défaite du PS aux élections régionales et bien avant la crise de valeurs générée par l’annonce d’une législation sur la déchéance de la nationalité.

L’aile gauche du PS a fait entendre sa petite musique devant les cadres socialistes, souhaitant que le débat ait lieu sur une séquence de cinq défaites consécutives : municipales, européennes, départementales, sénatoriales et régionales. Emmanuel Maurel, leader de Maintenant la gauche, une des composantes de la gauche du PS, déclenche le tir :

« On ne peut pas parler d’où on va sans parler d’où nous en sommes aujourd’hui ».

Sitôt ouvert, le débat est enterré. C’est Didier Guillaume, président du groupe PS au sénat, qui se charge de la besogne : « Nous sommes le parti majoritaire ». Comme lors des états généraux du PS il y a un an, la réflexion insufflée par Jean-Christophe Cambadélis apparaît totalement déconnectée de la réalité. Valérie Rabault, députée peu frondeuse du Tarn-et-Garonne, tâche de ramener ses camarades à la réalité :

« Avant de parler du dépassement du PS, il faudrait déjà éviter le trépassement ».

Alors que le patron des socialistes entend mettre en œuvre, sous l’autorité conjointe de Julien Dray et de François Lamy, une alliance populaire qui ouvre le PS, les frondeurs, eux, se moquent :

« Nous avons tellement ouvert les portes qu’on ne compte plus les départs ».

Le programme abandonné

Mais chacune des interventions des ténors des gauches du PS est suivie, immédiatement, par le contrefeu d’un poids-lourd de la majorité : Bruno Leroux après Christian Paul, Didier Guillaume après Marie-Noëlle Lienneman, Christophe Borgel après Laurent Baumel. Cambadélis a bien retenu les leçons tactiques de son passage chez les lambertistes.

Et si le premier secrétaire du PS fait dans l’onctueux – « Je n’ai pas mis la déchéance aux voix pour ne pas diviser le parti » –, d’autres se chargent de cogner. Ainsi, Christophe Borgel avertit :

« Utiliser l’argent du PS, la logistique du PS pour déglinguer le PS, ce n’est pas la solution ».

Une sentence qui vaut pour les frondeurs aujourd’hui et, en raison de son succès, la primaire demain. Une primaire dont chacun reconnaît pourtant qu’elle pourrait être utile – en plus d’être inscrite dans les statuts du PS, comme l’a rappelé Christian Paul – si elle cimente l’ensemble de la gauche autour du candidat des socialistes. Ce candidat, pour Cambadélis et les siens, ne peut avoir de nom que François Hollande.

Ce dernier partira donc à la bataille sans programme. « Notre parti n’a aucun intérêt à rejouer la pièce des élections précédentes où le temps passé à discuter et à se disputer pour élaborer le programme est inversement proportionnel au temps que passe le candidat à le lire », précise le texte adopté par 97 voix pour, 41 contre et 18 abstentions (les amis de Martine Aubry). À tout le moins, Cambadélis est pragmatique : à quoi bon élaborer un programme, se faire élire dessus si c’est pour ne pas le tenir une fois élu ?

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Vos réactions

  • Un parti de droite parmi d’autres ...

    François 70 Le 8 février à 16:37
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  • On se croirait à l UMP !! Les fayots aboyeurs du grand chef récitent leur petite leçon,écrite par Valls,sous la dictée de Macron,et la grande majorité obéit,sans se poser de questions.
    Les autres désapprouvent....et continuent de payer leur cotis à cette officine:c est tellement bon,les ors de la 5e République !!

    PS(si j ose écrire):pour le jeu de mots(hilarant,on s amuse bien au PS)"dépassement/trépassement"...le mot trépassement n existe pas,on dit trépas,tout simplement.

    Meme en langue française,ils sont nuls !!

    HLB Le 8 février à 21:22
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  • Il y a mieux à faire que de disserter sur une réunion PS. Qui peut bien encore s’intéresser au programme de ce parti dit fauxsocialiste ? Comme le disaient joyeusement un de mes aïeux, les bourgeois à la lanternes, rajoutons de l’histoire.
    Il aurait été plus intéressant de commenter le débat sur la Grèce et l’Europe, autrement plus sérieux entre Mélenchon et Zoé Konstantopoulou sur la chaîne télé sur YouTube : "Pas vu à la télé".
    La primaire est à l’élection présidentielle ce que le mirage est au désert. Rien !

    rody Le 9 février à 11:33
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  • Il est dommage que l’on parle de programme comme au spectacle. Maintenant, on fait de la politique comme McDo fait de la cuisine.

    Un programme politique devrait être la feuille de route pour l’aboutissement d’un projet. Mais cela impliquerai d’avoir des idées. Idée, idéologie, que des gros mots ringards. Surtout ne pas déranger les citoyens devant leur TV. La droite s’occupe d’eux. La droite au pouvoir, alternativement la droite décomplexée ou la droite masquée.

    Et la gauche (la vraie), où est elle ?

    edrobal Le 13 février à 16:50
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