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Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 28 novembre 2016

PCF : radiographie d’un vote militant

Les militants communistes ont voté. À une majorité modeste, ils ont choisi le soutien à Jean-Luc Mélenchon, mais le résultat global dissimule d’importantes inégalités. Comment comprendre les évolutions internes du monde militant ? Regard sur un vote éclaté…

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Les analyses qui suivent s’appuient sur les chiffres officiels rendus publics par la direction du PCF. Les données détaillées par département peuvent être téléchargées (format .xls) en bas de cet article.

1. Entre 2011 et 2016, le corps électoral communiste s’est rétracté : il est passé de 69.300 à 56.600, soit un recul d’un peu moins de 20%. Désormais, plus de 40% des cotisants communistes se trouvent regroupés dans 13 départements qui comptent plus de 1.000 cotisants à jour. La passion du débat interne a provoqué une participation légèrement plus importante qu’en 2011 : 7 cotisants sur 10 se sont déplacés pour voter.


2. En 2011, Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 59,1% des suffrages exprimés ; cette fois il n’en recueille que 53,5, soit un recul de 5,4%.


Il progresse dans 24 départements ; dans 10 d’entre eux, il progresse de plus de 10% et, parmi eux, dans des départements a priori inattendus comme le Puy-de-Dôme, le Nord et le Pas-de-Calais. En revanche, il recule de plus de 30% dans 7 départements, il est vrai d’implantation modeste, à l’exception de la Corrèze.


Une grande part de renversement de situation entre la Conférence nationale et le vote militant semble s’être joué dans cinq grosses fédérations, la Seine-Maritime (où le maire de Dieppe Sébastien Jumel s’était engagé en faveur de JLM), le Nord et le Pas-de-Calais (où les mauvais résultats communistes des européennes ont peut-être atténué les propensions à un solo communiste), le Gard et le Val-de-Marne (où le poids des élus a pesé en faveur de Mélenchon). Ces cinq fédérations regroupent de fait plus de 20% du nombre national de cotisants.


3. Un fait mérite de retenir l’attention. À trois reprises, en juin 2016 (vote des militants pour le 37e Congrès), le 4 novembre 2016 (Conférence nationale) et à la fin novembre les votes internes au Parti communiste se sont soldés par de courtes majorités, en faveur de la direction ou contre elle.

Mais les majorités n’ont jamais été les mêmes. Si l’on observe la ventilation des résultats entre les différentes options, on est tenté de suggérer qu’il y a désormais quatre sensibilités dans l’organisation, d’importance sensiblement égales. Un quart des suffrages se retrouvent dans les options les plus "ouvertes", qui ne font pas de la protection de l’organisation le critère premier des alliances politiques : ce groupe s’est retrouvé au Congrès autour de la motion "Ambition communiste" et a participé à l’initiative récente de "Front commun".

Un second groupe, aux traits très marqués, est avant tout sensible à la nécessité d’affirmer une identité communiste en tant que telle, ce qui suppose de concourir sous l’étiquette communiste aux élections, surtout les plus structurantes. C’est cette sensibilité qui a porté avec le plus de cohérence l’option d’une candidature communiste.

Un troisième groupe conserve l’attachement à l’existence d’un parti communiste distinct, mais comme condition pour peser dans des alliances à gauche, et d’abord avec le parti socialiste. Héritière de l’esprit de « gauche plurielle », cette sensibilité a promu la candidature communiste en 2016, sans renoncer à la possibilité d’une alliance de la plus large gauche, si les conditions se modifient au début 2017.

Enfin, le quatrième groupe est structuré autour du groupe dirigeant actuel. Il considère que le communisme ne peut exister sans parti communiste déclaré pour le faire vivre. Attaché à l’existence d’une structure pérenne et dotée de moyens matériels, il considère que l’option tactique, notamment électorale, est seconde par rapport à cet objectif. Selon les moments, il privilégie le rapprochement avec tel ou tel des groupes précédents. C’est en cela qu’il se considère comme l’axe des rassemblements internes.

Un équilibre instable

Au Congrès du printemps 2016, la direction s’est appuyée plutôt sur le troisième groupe qu’il a intégré dans le dispositif en place. Dans la phase préparatoire à l’élection présidentielle, ce sont le second et le troisième groupes qui ont convergé pour porter l’option d’une candidature communiste. Dans l’ultime phase, à la veille de la Conférence nationale, c’est un rapprochement avec la première sensibilité qu’a fini par choisir le secrétaire général, inquiet des effets destructeurs possibles d’une candidature communiste. Sans l’engagement déterminé de cette sensibilité, le renversement de majorité n’eût pas été possible.

Le problème est que cet équilibre, où aucun groupe n’est un bloc sans nuances, est par essence instable et la fragilité des majorités en atteste. Jusqu’à ce jour, la culture de l’unité partisane l’a emporté mais, il est vrai, dans des contextes où les minorités étaient réduites et relativement isolables dans l’organisation. C’est ce trait qui a permis l’épuisement de toutes les "dissidences" antérieures, à plus ou moins longue échéance.

L’élection présidentielle et ses conséquences, ses effets sur la restructuration politique générale, et notamment à gauche, permettront-ils la reproduction de cette culture ? Il est bien sûr impossible de le dire. Dans l’immédiat, la majorité des militants qui se sont exprimés ont choisi de s’engager dans le soutien, étroit ou plus distancié, à celui qui fut le candidat du Front de gauche en 2012. Cet engagement sera-t-il profond ? Les rancœurs de la période récente s’effaceront-elles dans une dynamique commune ? Les semaines et les mois à venir le diront.

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Vos réactions

  • Merci pour cette analyse précise et objective des forces en présence au sein du PCF.
    La question posée à la fin (les rancœurs s’effaceront-elles dans une dynamique commune ?) est judicieuse et la réponse, en effet, incertaine.
    Mais, et c’est à mes yeux l’essentiel, une chose peut être considérée comme quasi- certaine : l’électorat communiste, lui, se mobilisera massivement, "à 99%", dans les urnes en faveur de JLM. Et probablement même la frange de l’électorat communiste qui ne se déplace plus depuis le référendum de 2005 et la trahison de son résultat.
    C’est, au fond, la mobilisation-radicalisation de l’électorat populaire de tradition communiste qui pèsera le plus en faveur d’une réponse positive à la question posée...

    François 70 Le 28 novembre à 09:05
  •  
  • Très intéressante analyse. Il faudrait aussi pouvoir mesurer, par département, dans quelle mesure les alliances locales avec le PS (municipales...) ont pesé contre l’option Mélenchon. Disons plutôt, contre l’option "France-Insoumise" ; car malgré la personnalisation de l’élection présidentielle, c’est la question des programmes et des alliances qui reste décisive pour le succès d’une mobilisation populaire, capable de rompre avec le système régnant ; si aucune voie nouvelle n’est ouverte au développement des luttes, (voir l’Avenir en commun), celles-ci seront vite découragées et étouffées par toute autre option (qui conserverait le bi-partisme néolibéral des deux côtés, le budget dicté par Bruxelles et bientôt le CETA-TAFTA, le 49-3, la braderie des services publics et du pôle énergie etc.). À quoi bon, DU POINT DE VUE COMMUNISTE (et non seulement PCF), "l’existence d’une structure pérenne et dotée de moyens matériels", si ce n’est pas pour préparer en urgence un pouvoir susceptible de favoriser en grand le développement des luttes ?

    Autrement Le 28 novembre à 11:00
  •  
  • On peut peut-être supposer que les 20% d’adhérents -votants en moins sont des membres qui ont quitté le PC à cause de ses compromissions électoralistes avec le PS depuis 4 ans .
    Ce qui permettrait de dire que le score de Mélenchon chez ceux qui restent est d’autant plus interessant et qu’il devrait conduire la direction à percevoir que malgré les attitudes et positions parfois contestables de JLM, beaucoup en ont fini avec l’idée que le parti soit obligatoirement autre chose qu’un outil et une fin en soi.

    zouzou77 Le 28 novembre à 11:52
  •  
  • Que vaut cette "nalyse" basée sur des chiffres non officiels et incomplets, dans laquelle on projette ses propres présupposés, pour conclure par cette lapalissade que l’avenir est plein d’incertitude ? Cela dit, effectivement bien malin qui peut prévoir ce que seront les trois prochains mois qui nous séparent du printemps électoral 2017.

    Eric Le 28 novembre à 12:59
  •  
  • Oui en tous les cas , ces chiffres sont éclairants à bien des égards et devraient inviter parfois certains commentateurs pourfendant Mélenchon a plus de circonspection.

    Prenons les chiffres du val de marne 2556 cotisants a jour inscrits
    48,9 % vote JLM = 1249 votes en faveur de l option JLM.

    population du val de marne : 1 348 000 habitants
    inscrits sur les listes :767 951 inscrit en 2012
    absentions 1er tour : 22, 50 , 19, 51 au 2 ieme tour
    moyenne : 21,00 %

    Donc dans cette "grosse fédé " si on estime que 2000 votes se porte sur Mélenchon ( 78 %° ° ce sont donc en % au premier tour ) un apport de 0,26 % de voix des inscrits ! pour les seules électeurs communistes disons "surs et certains" ( les militants) .

    donc on retrouve les 20 % d’absentions du corps électorale

    Il faut donc relativiser camarades ! C’est, au fond, la mobilisation-radicalisation de l’électorat populaire de tradition communiste qui pèsera le plus en faveur d’une réponse positive à la question posée...

    comme le dit plus haut le camarade François !

    C est sympa ce choix de dernier moment mais bon ! c’est a remettre dans son contexte c’est un apport lilliputien !

    Et qui relativise et l’apport du PCF et les "revendications" qui pourraient en découler .

    buenaventura Le 28 novembre à 15:27
       
    • le soutien apporté à la candidature Mélenchon n’est nullement un soutien " du dernier moment"... mais plutôt l’ expression de la vie démocratique d’une organisation politique qui a pris le temps du débat et de la consultation en son sein... Sans doute les choses auraient pu aller plus vite si le délitement du FDG entre 2012 et 2016 n’avait pas eu lieu, si le sectarisme "identitaire" des uns, l’ ambition personnelle d’un autre d’incarner seul la "gauche alternative" , n’avaient pas pris le dessus sur la nécessaire dynamique collective du rassemblement... On veut espérer que tout cela est désormais derrière nous !

      Noël Le 29 novembre à 14:01
  •  
  • Je me situe dans le mitan entre le 1er et le 4ème groupe, tel qu’analysés par R.M., et m’attendais pour ma part à un écart plus important de l’ordre de 10%. Localement ma section est à 78% (dans le 93) pour J.L. M. après un débat parfois raide mais toujours attentif, débat (3 mois environ)au cours duquel les proportions se sont quasi renversées. Le risque d’explosion était grand. L’instabilité qui résulte de cette diversité me semble au contraire, non source de fragilité potentielle, mais source possible de dynamisme....seulement possible..car il est vrai que les questions sociales, hélas, n’ont pas été au centre du débat, ce qui rendu permis l’infiltration dans l’Huma’, par des "économistes" du CN, d’une tribune critique "économique" de JLM consternante, heureusement passée inaperçue.

    michel.mourereau Le 28 novembre à 16:08
       
    • Bonjour..stp quel jour cette tribune dans l’huma dont tu parles ? Je l’ai zappée...

      Philippe Le 29 novembre à 07:36
    •  
    • Des économistes, vraiment ?
      Ne feraient-ils pas parti des déconomistes, ceux-là aussi ?

      choucroute Le 29 novembre à 08:43
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  • Bonjour,

    Sauf erreur de ma part, le tableau qui recense les départements où "l’option Mélenchon progresse" entre 2011 et 2016 ne correspond pas au commentaire qui figure juste au-dessus. Ou vice versa. Si Roger Martelli peut nous éclairer, cela facilitera la compréhension. Merci.

    Olivier Le 28 novembre à 16:50
       
    • Bonjour.
      Merci de votre observation : les tableaux de résultats ont été ajustés à mesure que nous parvenaient les chiffres définitifs, mais nous avons pris un peu de retard dans la mise à jour du commentaire. C’est corrigé !

      La rédaction Le 28 novembre à 17:30
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  • Cette analyse est intéressante . A plusieurs reprises j’ai échangé avec des camarades du PCF en leur demandant parfois mais comment vous qui voulez être communiste "pur et dur" avez-vous pu vous associer en conseil national avec des camarades qui ne rêvent que d’intégrer encore davantage le parti socialiste ?

    Si l’on pousse votre raisonnement jusqu’au bout, la direction du PCF devrait vous donner les clefs du parti . Alors la vous ferez comment ?

    J’attends encore la réponse....

    Dans l’analyse il me manque celle qui concerne les 22 secrétaires de fédés...." qui optaient pour l’option 1 " et qui à mon sens mériteraient aussi une analyse approfondie . Le résultat de leurs votes est pourtant significatif et témoigne de problème qui pourrait être des problèmes de fonctionnement.

    Sans entrer dans les choix quelques fois éloignés dans l’idée précitée, c’est quand même curieux qu’excepté deux d’entre ces fédérations, les 20 autres réalisent des scores approximatif de 2/3 pour le choix communiste et 1/3 pour le choix "Mélenchon" !

    A mon sens ça mérite réflexion !

    Enfin, qu’allons-nous faire ? On y va ou on traine les pieds ?

    Les rancoeurs seront-elles plus fortes que la vigueur, la volonté de la droite et de son extrême pour qu’on reste tous à se regarder pendant qu’en face on déroulera le tapis rouge, bien épousseté par le gouvernement socialiste, afin d’accueillir le MEDEF en grande pompe ????

    Mes camarades aujourd’hui disparus, m’expliquaient ce qu’était la lutte de classe et la collaboration de classe. Ils nous disaient toujours : " le capitalisme préfére toujours que ses affaires soient gérées directement par ses représentants directs : la droite ! " Mais quand la droite est discréditée il passe cette gestion aux collaborateurs de classe : les socialistes !"

    On est au terme d’une de ces versions et la pire ! Les socialistes ont pourtant fait tout ce qu’ils ont pu : loi travail, CICE et autres pour aider ce "pauvre" Medef ! Mais ils en veulent plus et tout le lit que les socialistes ont bordé du mieux possible pour le MEDEF, ce dernier en veut davantage et de suite !!!!

    Donc les camarades, plutôt que de nous tordre dans tous les sens revisitons nos classiques : les chômeurs, la pauvreté, les bas
    salaires , le service public les gens du travail et de la création attendent toute autre chose que des rancoeurs exprimées entre nous !

    Luttons, échangeons, aménageons nos programmes avec le peuple et par le peuple !
    Nous avons tous à y gagner !

    coco 40 Le 28 novembre à 21:50
       
    • il n’ont pas "pris les clefs" parce qu’ils ont compris
      / que les communistes savent s’affronter, parfois très durement, mais ont en "commun" le souci de ne pas diviser, ce fut même la base des "21 CONDITIONS "chères à Trotsky (mais oui !) et à Lénine, et le souci, malgré tout, de l’Emancipation finale, et c’est pourquoi, aux responsabilités, ils restent "Incorruptibles",
      / que ce débat, la preuve celui des 20 dernières semaines, est mené cette fois-ci jusqu’ à son terme (provisoire, le vote) contrairement à celui, à l’époque, censé faire la critique de la "Gauche Plurielle", où le PCF en Congrès, adopta la même attitude que celle de la direction du PS à son propre Congrès de Rennes en 2002 : critiquer mais pas plus ! N’est-ce qu’une simple coïncidence ? Non, ce fut une pratique politique trop semblable à celle de la Social-Démocratie : le récent débat en est la retombée lointaine, d’où les prises de position successives de M-G Buffet puis de P.Laurent, à mon point de vue.

      michel.mourereau Le 29 novembre à 11:44
  •  
  • la "tribune des économistes" prétendus, ou pire , se trouvait dans l’Huma’ du Mercredi ou du Jeudi dernier (23 ou 24 XI)

    michel.mourereau Le 29 novembre à 11:24
  •  
  • Sebastien Jumel n’est pas député, il est maire de Dieppe.

    LEJAMTEL RALPH Le 29 novembre à 11:37
       
    • Sa signature d’ Elu Maire est au nombre des 500 parrains

      michel.mourereau Le 29 novembre à 11:47
  •  
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