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Accueil > Economie | Entretien par Loïc Le Clerc | 18 janvier 2016

Pierre Khalfa : « Contre le chômage, Hollande amplifie une politique qui a déjà échoué »

Avec son "plan d’urgence pour l’emploi", le gouvernement poursuit ses attaques contre le droit du travail. Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic, analyse ce plan de sauvetage du candidat Hollande qui exauce les vœux du patronat.

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François Hollande exposait ce lundi matin au Conseil économique, social et environnemental (CESE) son "plan d’urgence pour l’emploi". Au programme dans l’avenir libéral de la France : la formation, ou comment occuper les chômeurs tout en les faisant sortir des chiffres du chômage ; les aides à l’embauche aux PME, ou comment mettre fin aux cotisations salariales ; et la réforme du code du travail, ou le début de la fin des 35 heures et du CDI.

Regards. François Hollande propose 500.000 formations supplémentaires. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la fameuse "courbe du chômage" ?

Pierre Khalfa. Tout ça relève du mirage. La formation ne crée pas d’emploi, elle modifie simplement la place des uns et des autres dans la file d’attente des gens qui sont en recherche d’emploi. Au-delà du fait qu’il sera très difficile techniquement de faire entrer 500.000 personnes de plus dans les sites de formation, l’objectif est de dégonfler la catégorie A. Ça n’est que manipulation statistique, c’est une illusion totale. En supposant même qu’ils arrivent à l’exploit de former un demi-million personnes, sur le fond, ça ne changerait rien à la question du chômage. Le problème n’est pas que les gens ne sont pas formés, c’est qu’il n’y a pas d’emplois disponibles.

François Hollande veut mettre en place des aides à l’embauche pour les PME, allant de 1.000 à 2.000 euros. En contrepartie, celles-ci n’auraient plus à payer de cotisations pour les salariés proches du smic. On légalise la précarité ?

Cette démarche renvoie à l’idée libérale classique que le frein à l’emploi, c’est le coût du travail. Or les entreprises embauchent quand elles ont leurs carnets de commandes remplis et une visibilité sur l’avenir. Évidemment, toute entreprise préfère payer des salariés moins cher et n’avoir aucune charge. Mais le moteur de l’emploi, c’est le fait d’avoir une demande effective globale qui soit stabilisée ou en progression. Or aujourd’hui, il n’y a aucune garantie que la demande va reprendre.

« Le patronat veut la fin de la durée légale du travail »

Le gouvernement souhaite permettre aux employeurs de négocier avec leurs salariés le temps de travail. Les socialistes sont-ils en train de déconstruire les 35 heures ?

Les 35 heures, ça n’existe plus. Les salariés font en moyenne quasiment 40 heures par semaine. Ce qui compte, c’est la durée légale du travail, qui détermine le seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Ce que veut le patronat, c’est payer le moins d’heures supplémentaires possible et donc pouvoir négocier la durée du travail entreprise par entreprise. Ce serait la fin de la durée légale du travail. Une des réponses indispensables à la lutte contre le chômage, ce serait de baisser massivement la durée légale du travail. Il y a un mouvement historique de baisse de la durée du travail depuis que le capitalisme existe. La population active augmente, donc si on veut faire en sorte qu’il n’y ait pas un chômage de masse qui s’installe, il faut baisser régulièrement la durée du travail.

François Hollande a aussi abordé la question de la rupture du contrat, qu’il souhaite simplifier. Est-ce la fin d’un autre symbole, le CDI ?

On est dans un paradoxe néolibéral qui consiste à penser que si les entreprises n’embauchent pas, c’est parce qu’elles ne peuvent pas licencier. C’est la logique néolibérale classique, qui ne marche pas. Il n’y a aucune surprise dans les annonces de Hollande. C’est la poursuite et l’amplification d’une politique qui a déjà échoué. Ça n’a pas marché auparavant, il n’y a aucune raison que ça marche maintenant. Dans le meilleur des cas, il y aura un dégonflement statistique du chômage qui permettra à François Hollande de se représenter à l’élection présidentielle. Tout ça est totalement dérisoire par rapport à ce qu’il faudrait faire aujourd’hui sur la question de l’emploi.

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Vos réactions

  • J’ajouterai :
     à travers les exonérations de cotisations préconisées, c’est notre système de protection sociale qui va être à nouveau affaibli .
     Quand bien même il y aurait une reprise, on pourrait s’interroger sur ces effets ; cf exemple des ventes d’automobiles (dont la hausse mérite d’être regardée de plus près) quand la production s’effectue de moins en moins dans notre pays

    Monsieur HR Le 18 janvier à 16:41
       
    • Vous avez raison !!! notre sécu, privée de cotisations à un moment ou les migrants viennent se greffer, ça devrait donner !! personne ou si peu, parlent du drame humain de ces formations dont il est à penser qu’elles serviront de leitmotiv à des radiations sauvages de personnes déjà qualifiée, dont les passerelles de compétences n’ont pas vraiment été utilisées et à qui on redemande après avoir été au top , de redevenir apprenti !! joli socialisme que voilà ! Nous passerons sous silence l’outrance non moins évidente de voir confier à des requins de la formation, tous de près ou de loin ou potes d’entrepreneurs, ou potes socialos, et généralement n’ayant jamais fait que ça !!! s’engraisser !! certains réclament la formation confiée au secteur privé !! eh bien on n’a pas fini de voir le pire !! juges et parties, voilà !! quand on voit certains groupements assos ou autres à qui des Borlo ont confié des gens en plan social, à cout de milliards, pour comptabiliser idem temps partiel , saisonnier, cdd et cdi = 1 placement ! les voleurs !! et il faudrait leur faire confiance ....le but est en effet évident, politique et à vocation électoraliste !! pauvre de nous !

      le gall dantec Le 19 janvier à 20:43
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  • En fait ce que Hollande veut, c’est sortir 500.000 jeunes du chômage afin qu’il puisse dire que la courbe du chômage s’est inversée pour qu’il puisse se présenter. Tout à avec les impôts des français.
    Mais la ficelle est trop grosse.
    Comme dit Clémentine Autain ce soir sur RTL, il vaudrait mieux développer des emplois dans les secteurs d’avenir : transition énergétique, secteurs sociaux ; petite enfance et grande vieillesse. Au moins ça serait utile.

    Thomas Le 18 janvier à 19:45
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  • Bizarre que la CFDT ne réagisse pas...

    dubitatif Le 18 janvier à 19:58
       
    • et pour cause !! les potes socialos , pas touche !! ajoutons que ce sont les plus mauvais qui réclameront encore ces aides comme ils sont à l’affut , comme ils utilisent des apprentis sans jamais les recruter, pour nombre et on devrait veiller à un livret de maitre comme on devrait instaurer ici un livret citoyen de patron..généralement, les ’proxénètes" (désolée mais c’est du vécu) assoiffés d’aides en tous genres font tous les clivages possibles pour recruter ...insertion, apprentissage, formation, et tout ceci pour rien ! puis on va voir TF1 et on tente de loin , ce que les partenaires ont sur place compris quant au comportement ...on voit dans ce batiment qui ’ne trouve plus personne, des gens anciens compagnons du devoir, qui ne trouvent rien ...trop cher, trop qualifié et l’apprenti lui , on le voudrait autonome immédiatement ...sans compter qu’à la fin il ne l’est pas non plus car peu sont recrutés par le même patron et pourtant ils se succèdent, laissant sur le fan tant de jeunes !! c’est du vécu ...C’est du vécu, j’y ai cru, je n’y crois plus et ça n’est qu’une pitoyable manoeuvre et une redite d’un scénario par trop utilisé !! MARRE !

      le gall dantec Le 19 janvier à 20:50
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  • 4000 emplois supprimés à Edf...entreprise à 80% capitaux d’état ! Mais ce sont des emplois non précaires...mauvais exemple à détruire

    dubitatif Le 18 janvier à 20:02
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  • Du PS au FN, ils ont tous la même politique économique, seuls le vocabulaire et la posture médiatique changent.

    Et à chaque fois, les mêmes râlent que ces politiques s’en mettent plein les poches et nous qui payons, les mêmes qui les ont mis en place. Et à chaque éructation de ces politiques, il y a toujours quelqu’un pour faire l’étonné. Rien de nouveau sous le soleil.

    Il nous faut, non une primaire, mais juste un équipe qui porte la parole de ceux qui fabriquent une société plus humaine et auquel on puisse se compter pour faire force.

    Le reste, un grand coup de balais et aucun compromis, aucune alliance : juste un vrai combat politique total et constant.

    La Renaudie Le 19 janvier à 07:58
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  • on aurait de quoi en faire un livre !!! pensées aussi pour ces chomeurs qui vont devoir entrer en formation en mangeant leurs droits pour auto financer celle ci ...quelqu’un y pense ?

    le gall dantec Le 19 janvier à 20:53
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