photo cc D. Delaine
Accueil > Politique | Par Loïc Le Clerc | 22 avril 2015

Pierre Moscovici, social-truc

Depuis qu’il est commissaire européen, Pierre Moscovici n’en finit plus de vouloir mettre les délinquants budgétaires sous les écrous. Mais un mystère persiste : n’est-il pas de gauche, l’a-t-il été à un moment ? Menons l’enquête...

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Sur iTélé, lundi 20 avril, à 8h45, Bruce Toussaint pose cette question simple à Pierre Moscovici : « L’Union européenne est-elle responsable et coupable de la mort de ces 700 migrants en Méditerranée ? » Et la réponse du commissaire européen aux affaires économiques est on ne peut plus claire : « Non, je pense qu’on ne peut pas poser le problème comme ça. »

C’est à peu près le seul argumentaire dont est capable Moscovici depuis quelques mois. Non, on ne peut remettre en question la politique de l’UE, qui de tout façon n’est responsable devant rien ni personne. C’en est tellement absurde qu’un ancien ministre de l’Économie français peut, alors que toute l’Europe critique sa politique laxiste et coûteuse, devenir le garant de la rigidité budgétaire européenne. Après avoir quémandé des délais et des assouplissements, Moscovici est à son tour devenu celui qui dit "non".

Grecs en sandwich

La rhétorique de culpabilisation du gouvernement grec est bien en place : il faut des réformes "ambitieuses", "crédibles", "justes", faites par un gouvernement "sérieux" dans un "travail commun" qui ne va "pas assez vite, pas assez loin". En clair, tout l’inverse de ce pour quoi le peuple grec a voté. Et Mosco de rassurer : « Je ne fixe pas de délai. » Les Grecs devraient-ils lui dire merci ? De toute façon, il ne parle jamais des citoyens, comme si tout ceci ne concernait que la Troïka et Varoufakis.

Pour ce qui est d’une éventuelle sortie de la zone euro, Moscovici l’affirme, il n’y a pas de plan B. There is no alternative. La seule issue dans l’eurozone, c’est la soumission économique et financière.

Symbole d’une UE qui s’obstine, Moscovici avoue que lors d’une réunion au FMI, il n’a quasiment été question que du cas grec. Qu’importent les néonazis d’Aube dorée, qu’importe que l’extrême droite finlandaise ait obtenu 17% des voix aux législatives du mois d’avril, qu’importe que les nationalistes aient fait 8% aux législatives de mars en Estonie, qu’importe les prochaines victoires des extrêmes droites européennes car elles ne représentent pas un danger pour les dogmes de l’UE. La morale, ou ne serait-ce que la politique, n’a pas droit de cité ici.

L’oeil de Mosco

Voyageons un peu dans le temps à présent. Rappelons juste qu’en décembre 2014, Moscovici se rendait en Grèce pour soutenir son allié Antonis Samaras face au grand méchant rouge de Tsipras. Mais à l’époque, Mosco est déjà commissaire européen et donc ne peut plus se définir comme socialiste, vu que cette notion n’existe même pas à ce niveau de dérive libérale... Mais chut ! Il ne faut pas lui dire, sinon il se fâche tout rouge (décidemment, la couleur de l’humeur !)

Octobre 2014. À peine placé à la Commission, Moscovici rassure, il restera français (qui en doutait ?), mais il ajoute : « Je resterai socialiste, social-démocrate, je ne sais plus comment il faut dire maintenant. » No comment... Début 2014. Hollande officialise son "tournant social-démocrate". Qui est le premier à s’en réjouir ? Ce cher Moscovici, qui affinait alors la définition : « Il y a chez François Hollande, désormais, une claire affirmation de cette identité social-démocrate mais il n’y a pas de tournant. Ni inflexion, ni reniement, ni renoncement. Nous avons d’emblée mené une politique réformiste. » Pas d’inflexion, pourtant Mosco appelait de ses vœux un "socialisme de l’offre" dans son ouvrage Combats... Conclusion : en 2014, ni Mosco, ni Hollande n’étaient déjà plus socialistes de gauche.

Pourtant, son coeur fait Blum

En octobre 2013, Moscovici déclarait : « Moi, je suis pour la gauche qui fait, pour la gauche qui agit, qui transforme. Moi, je mène une politique qui met l’accent sur l’investissement et qui est favorable aux entreprises. » On dirait du Macron. Outre le « Moi, je... » très socialiste, Mosco nous prévenait déjà que lui et le gouvernement allaient appliquer une politique de « droite de gauche ». Faut-il donc remonter à un tract des années 70 et à la LCR pour que le bougre fasse au moins semblant d’appartenir à une gauche assumée ?

En 1997, Libération lui tirait le portrait : « Connaisseur de Marx, en phase avec Keynes, Mosco-le-techno a le profil idéal pour faire ingurgiter à l’élite de la nation une potion économique plus à gauche. » Finalement, il n’a pas changé notre Mosco, c’est juste qu’il était déjà social-démocrate, qu’il est né ainsi, et qu’il a suivi le mouvement général de droitisation.

Ironie de l’histoire ou bien moquerie sans tabou, on peut lire sur la première page de son blog cette citation de Léon Blum : « L’homme libre est celui qui n’a pas peur d’aller jusqu’au bout de sa pensée. » Soit Moscovici ne l’a jamais méditée, soit un peu trop...

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