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Accueil > Politique | Par Laura Raim | 21 janvier 2016

Plan B, épisode 1

Alexis Tsipras n’avait pas de plan B. C’est cette faille, exploitée par ses "partenaires" européens, que Jean-Luc Mélenchon et ses invités veulent combler ce week-end en organisant à Paris le premier "sommet internationaliste pour un plan B en Europe".

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Cosigné par l’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des Finances allemand Oskar Lafontaine, ainsi que Stefano Fassina, ancien vice-ministre des Finances italien, et Zoé Konstantopoulou, ancienne présidente du parlement grec, l’appel avait été lancé en septembre dernier après l’écrasement du "printemps athénien" et l’imposition d’un troisième mémorandum pire que celui que les Grecs avaient massivement rejeté par référendum le 5 juillet. Les cinq signataires affirmaient que, face au chantage au "grexit" de la Troïka, les forces anti-austérité devaient elles aussi se doter d’un plan B pour «  renforcer (leur) position  » et appuyer leur plan A – «  une renégociation complète des traités européens  ».

« Une démonstration d’internationalisme concret »

Outre ses initiateurs, la conférence réunira une quarantaine de parlementaires, ex-ministres, économistes, sociologues, représentants d’ONG et journalistes venus de Grèce, d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie, de Belgique, des Pays-Bas mais aussi des pays extérieurs à la zone euro comme le Royaume-Uni et le Danemark ainsi que deux pays africains – le Sénégal et le Mali.

Soit « une belle démonstration d’internationalisme concret », écrit sur son blog Jean-Luc Mélenchon, qui avait précisé à la fête de l’Huma : « nous ne présentons pas un plan pour notre pays, pour la gauche, nous présentons un plan conforme à l’intérêt général de 450 millions de personnes qui habitent à l’intérieur de l’Europe ».

L’un des enjeux du sommet est en effet de démontrer qu’il est possible pour un parti, décidé à s’affranchir du cadre néolibéral européen, de mobiliser à l’échelle nationale, sans pour autant sombrer dans le "repli sur soi" nationaliste. Comme l’expliquait Éric Coquerel lors de l’université d’été du Front de gauche, « le Plan B et son sommet recoupent deux choses : la revendication de l’indépendance – oui le peuple a le droit de prendre des mesures unilatérales – et la dimension internationaliste. Il y a la question de la construction d’une alternative géopolitique internationale qui se pose »

L’euro : en sortir ou pas ?

Trois sujets seront abordés au cours de neuf tables rondes : "maîtriser la monnaie", "maîtriser les dettes publiques" et "maîtriser le commerce international". Si les deux derniers thèmes sont relativement consensuels, la gauche européenne s’accordant sur la nécessité de plus ou moins restructurer, voire d’effacer, la partie "illégitime" de la dette et de lutter contre les traités de libre échange comme le TAFTA, voire pour certains de rétablir des mesures protectionnistes, le premier thème est celui qui polarise le plus au sein de la gauche. Car si tout le monde admet qu’il est impératif de "rompre" avec les traités d’une monnaie devenue « l’instrument de la domination économique et politique de l’oligarchie européenne », le débat est loin d’être tranché quant à la possibilité de le faire tout en restant dans l’euro.

De fait, le terme de "Plan B" renvoie à des pistes bien différentes. Tel que le concevait Yanis Varoufakis lorsqu’il était ministre des Finances, celui-ci, que Tsipras avait rejeté juste après le référendum, « n’était pas de revenir à la drachme, mais d’instaurer une monnaie parallèle (virtuelle) libellée en euros, même avec les banques fermées, jusqu’à ce que la pression soit suffisamment forte sur Merkel » pour obtenir un bon accord, a-t-il répété lors de la Fête de l’Huma. Varoufakis l’a redit dans un entretien accordé à Ballast :

« Une fois que vous avez créé une union monétaire, vous ne pouvez plus revenir en arrière en empruntant le même chemin à l’envers, car ce chemin n’existe plus, le chemin qui nous a menés là a disparu. Retourner en arrière, c’est aller vers la dévaluation compétitive, risquer l’augmentation des tensions nationalistes, une fragmentation encore plus poussée de l’Europe ».

Bien que candidate en septembre sur les listes d’Unité populaire, le nouveau parti favorable à une sortie de l’euro (lire l’interview de Panayotis Lafazanis), Zoé Konstantopoulou est également très réservée sur cette question.

Au-delà des divergences, faire rupture

D’autres intervenants (dont l’auteure de cet article), convaincus de la vanité de toute tentative de réformer l’UE de l’intérieur, militent au contraire pour une sortie de l’euro. Pour eux, la préparation à cette sortie n’est ni une fin en soi, ni seulement une carte à jouer, une arme de dissuasion massive, dans le rapport de force face à la Troïka : il s’agit du préalable nécessaire pour restaurer à court terme la souveraineté populaire et mener des politiques progressistes et sociales.

C’est la position du fondateur de Die Linke Oskar Lafontaine, des économistes Frédéric Lordon et Cédric Durand (membre d’Ensemble !), mais aussi de l’eurodéputé grec Nikolaos Chountis, qui a rejoint Unité populaire, et de l’économiste et ex-député Syriza Costas Lapavitsas – également membre du parti des dissidents de Syriza. Et ces derniers n’ont pas attendu le jeu de massacre à Bruxelles, cet été, pour affirmer l’impossibilité à court terme de transformer par la négociation et l’argumentation rationnelle l’euro austéritaire en euro progressiste.

Si chacun est conscient de ces divergences, tout l’intérêt du sommet est précisément de ne pas s’y arrêter. En faisant plancher une table ronde sur les conditions de possibilité d’un plan A et l’autre table ronde sur l’élaboration d’un plan B au cas où ces conditions ne sont pas réunies, le sommet dépasse la binarité entre rester et sortir, et fait avancer la réflexion sur la mise en œuvre d’une véritable rupture. En diplomatie, cela s’appelle l’ambiguïté constructive.

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Vos réactions

  • L’UE a forgé un arsenal juridique qui empêche tout changement significatif.Ce Mélenchon schow est une entourloupe surtout qu’on attend toujours son auto-critique vis à vis de Maastricht à l’origine de tous nos problèmes.Même Sarkozy s’est autocritiqué ,pas Mélenchon !
    De plus le recours à une immigration de masse toujours plus nombreuse puisqu’en plus des 2 millions l’an dernier,ce sont 4 millions de travailleurs à bas coût que les capitalistes vont importer certes sous des atours de ’compassion’ mais pour des raisons de profits économiques,évidemment.
    Sur ces questions Mélenchon prône une immigration amplifiée prioritairement musulmane,religion dont il a décrété,contre toute réalité,’une chance pour la France’.
    La chance de disparaître ?

    henry Le 22 janvier à 08:08
       
    • C’est amusant comme les capitalistes, sous quelque forme que ce soit, accuse les capitalistes de tous les mots et reprochent à leur détracteurs de ne pas être assez anti capitaliste.

      Vous êtes de la mouvance FN, c ’est clair, donc pour une économie libérale comme l’a bien précisée Mm Maréchal-Lepen.

      Vous voulez une sortie de l’Europe et ici vous expliquez qu l’Europe empêche tout changement ....

      Il faut une autre Europe construite dans cette humanisme là, dans cet internationalisme là ; et non celui dans la haine et de la compétition de l’un contre l’autre, ou tout autre fumisterie d’économie à sélection naturelle comme on entend si souvent les partisans du FN parlé.

      La seule faiblesse de ce combat est qu’il vient d’en haut, qu’il n’y a encore aucun réel relais de l’expression populaire sincère et honnête ; on reste dans la démocratie par procuration.

      La Renaudie Le 22 janvier à 08:24
    •  
    • La Renaudie.
      Le problème, c’est toujours quelle Europe, c’est ça la question.
      Pour l’instant l’Europe est celle du chômage de la délocalisation et de l’immigration de masse extra-européenne.
      Tout étant lié. Alors quel est votre projet ?
      En sachant que tous les partis d’extrême gauche se tirent la bourre et sont dans l’incapacité totale de s’entendre pour des raisons de personnes de structures et d’histoire.

      Thomas Le 23 janvier à 16:17
    •  
    • Ce que vous dites est faux, Henry JL. Mélenchon a affirmé plusieurs fois avoir commis une erreur à propos de son vote en faveur de Maastricht. Des vidéos sur le Net où on l’entend expressément le dire vous apporteront une rectification de vos propos.

      Babeuf

      Babeuf Le 26 janvier à 09:48
  •  
  • Il y a de solides partenaires européens dans ce projet. Mais le chapeautage par J-Luc Melenchon en rend le côté français suspect : initiative personnelle, autocrate, genre ancien éléphant même sorti du PS.
    Pourquoi n’a-t-il d’abord recherché l’accord des sympathisants et membres du FdeG : Ensemble, PCF, adhérents individuels et courants de gauche d’EELV ou d’autres mouvements citoyens.
    Pourquoi tirer la couverture en son seul nom (à la rigueur celui de son petit parti) ? Des visées de candidature présidentielle "évidente"... au-delà vu dans la perspective d’un véritable enjeu européen cet appel semble partiellement crédible et nécessaire, sous une forme actualisée en tenant compte des partenaires dans une dynamique de rassemblement qu’on attend encore

    rebel déçu Le 22 janvier à 13:31
       
    • Depuis les présidentielles, le PCF a un jeu a géométrie variable, très difficile d’avoir un partenaire dont on finit par croire qu’il a le don d’ubiquité !
      Soyons sérieux , le FdG est mort d’avoir servi de marche-pieds au PCF, au grand dam de bien des communistes.
      Comment voulez-vous que le PG et Ensemble puissent se fier a des politiques qui s’unissent avec vous ici et que l’on retrouve ailleurs avec des socialistes dont on sait qu’ils soutiennent la politique du Triumvirat Hollande-Valls-Macron ? L’erreur du PG et de Mélenchon est d’avoir cru qu’il était possible d’amener EELV vers le FdG mais au moins il le reconnaissent.

      morellenoire Le 22 janvier à 16:38
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  • L’opération "Plan B" de Mélenchon est déjà un échec avant même d’avoir commencé.
    Varoufakis qui a une autre notoriété internationale est en train de proposer le sien à partir de Berlin. Pour les connaisseurs, intellectuels et politiques, il n’y aura pas photo. C’est Varoufakis qu’on suivra.
    Mélenchon restera avec sa petite ambition personnelle et ses micros partis européens. Ce "sommet" est déjà son lancement de campagne présidentielle. Il n’a jamais eu qu’une visée à court terme et opportuniste purement électoraliste, même s’il est celui à gauche qui est le plus crédible , cela étant avec ceux qui restent...

    cestquandlebonheur Le 24 janvier à 00:39
       
    • On peut se tromper, vous semblez bien souhaiter un échec du plan B, avec gourmandise ? Ce sommet est en fait une conférence permanente qui se déroulera périodiquement. Prévu en novembre 2015, il a été annulé et reporté à cette date et vous savez pourquoi. Voilà.

      Et, pour la petite histoire, Y. Varoufakis qui n’a pu se déplacer, sera présent à la poursuite de ce sommet, à Madrid, personne ne lui demande d’être d’accord avec tout le monde.... Que Mélenchon soit candidat à la présidentielle n’est pas affiché, même si ce n’est un secret pour personne !!!

      Je vous rappelle que ce sommet expose les différentes stratégies possibles pour lutter contre la domination des néolibéraux (pour qualifier rapidement en un mot) en Europe. Pas de fonder un éniemme parti de plus. Et puis, si un mouvement populaire européen arrivait à se fonder pour permettre de sortir des politiques austéritaires et de donner des vraies raisons aux peuples d’espérer, ce serait mieux que de proposer une politique larmoyante.

      Le Front de gauche a subi un enterrement de première classe sous la houlette du PC, malgré le désaccord de très nombreux communistes et d’autres mouvements, il faudra bien s’habituer à ces revirements, puis de montrer aux citoyens qu’ils peuvent intervenir et agir eux aussi. Le sommet du plan(s) B(s) n’a pas d’autres ambitions !

      morellenoire Le 24 janvier à 20:50
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  • Le débat s’échauffe quelque peu hélas... depuis la diatribe anti PC de Morellenoire. Les avis sur JL Melenchon montrent que la personnalisation avec des vieux-"nouveaux" est stérile.

    L’important c’est un engagement commun de contenu et une ferme décision de transversalité horizontale.
    PG et PCF lancent des initiatives exclusives contrôlées d’en haut. Ils développent des stratégies de préservation de leur pouvoir centralisé concurrent. Il faut le pousser à mieux partager et écouter.

    Ensemble, porteur de valeurs sociales progressistes et écologistes réelle, et défenseur de la transversalité non hégémonique devrait tenter, avec un appel à tous, de réorienter le débat vers des valeurs coopératives ouvertes et porter le ras le bol des sympathisants du FdeG. Mais, sa grande horizontalité ne conduit elle pas aussi à une inefficacité sans force de fait dans le combat des chefs voisins ?

    Sur la base d’un tel élan de réflexion, on pourrait solliciter Clémentine Autain comme porte parole de cette transversalité programmatique vers, pourquoi pas une candidature jeune, alternative, respectueuse de la démocratie à la base, féministe sans langue de bois à une primaire des forces de la gauche de gauche antilibérale et écologiste. Sans en faire non plus la nouvelle idole à la place des califes !
    Rebel déçu

    Rebel déçu Le 24 janvier à 09:11
       
    • Je rectifie : ce n’est pas une diatribe anti-communiste. Ou alors critiquer le PC est considéré comme tel. Je connais nombre de communistes, certains encartés d’autres non, ayant la même approche politique.
      Est-il possible de dire que depuis 2012, le PC n’a pas de politique unitaire cohérente, depuis les législatives, municipales, territoriales, européennes, régionales ? Où se trouve la cohérence du Front de Gauche ? un PCF qui joue dans la cour des socialistes soumis à la politique actuelle ? Un PG qui a cherché a accrocher EELV, alors que ce dernier est encore amarré au PS ? Je remarque que le plan B (je rappelle que ce n’est pas un programme) a brillé par l’absence de responsables du PC. Dommage.

      morellenoire Le 25 janvier à 13:26
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