Accueil > Politique | Par Loïc Le Clerc | 25 août 2015

Pour la gauche européenne, le chantier du plan B

Ni sortie de l’euro, ni soumission à la dictature financière : l’espoir renaît que les gauches européennes, pressées par l’exemple grec, s’unissent pour proposer une alternative radicale à la construction européenne actuelle.

Vos réactions (8)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

L’événement était passé inaperçu, et pourtant, en signant la Déclaration de Barcelone en janvier dernier, Syriza, Izquierda unida (Gauche unie) et Iniciativa per Catalunya Verds (ICV, écologistes catalans) impulsaient l’idée d’une collaboration internationale des gauches radicales pour lutter contre l’Europe néolibérale par l’arme démocratique. Depuis, Syriza a eu trop à faire, face aux assauts de la Troïka, pour continuer à mettre en place ce projet. Mais les Grecs ne sont pas seuls et l’idée progresse.

Un air frais est venu du congrès du Parti de gauche (PG), plus précisément d’une publication d’Eric Coquerel, le 18 août dernier, intitulée "Pour un sommet internationaliste du plan B". Constatant l’échec de la démocratie face à l’absurdité du système économique européen, le secrétaire national propose la tenue d’ « un sommet internationaliste du plan B dès le dernier trimestre 2015 [qui] réunirait toutes les forces de l’autre gauche de l’UE acceptant de travailler et de réfléchir concrètement à ce scénario ».

Agir pour casser le carcan de l’UE

"Plan B", l’expression avait déjà été utilisée par un certain Yanis Varoufakis. L’ancien ministre grec des Finances avait planifié une solution économique viable pour la Grèce en cas d’échec des négociations avec les créanciers de son pays. L’idée était de s’abstraire des exigences de la Troïka pour élaborer un « système bancaire parallèle », sans pour autant sortir de l’euro. Un plan que Tsipras aurait rejeté à la dernière minute, juste après le résultat du référendum, poussant Varoufakis à la démission.

Le PG développe le plan de Varoufakis, en appelant à son internationalisation. Coquerel l’explique lui-même de cette façon : « On ne peut réformer l’UE, il faut agir pour casser ce carcan. C’est la condition même pour sortir les peuples européens de l’ornière austéritaire et relancer un projet coopératif entre eux. » Pour qu’un coup d’État financier ne se reproduise pas sur un pays isolé, ce projet se base sur une synchronisation des positions politiques entre pays. « Il ne s’agit pas de s’en tirer au mieux dans chacun de nos pays en comptant sur les marges de manœuvre plus ou moins fortes que sa puissance économique, son poids démographique lui donnent. » Le scénario est précisé par Guillaume Etiévant, secrétaire national du PG, dans une tribune publiée par Politis : « Le préalable au changement n’est pas la sortie (de l’euro, ndlr), mais bien au contraire la bataille politique pour créer une crise diplomatique et politique au sein de l’Union européenne. »

Enfin, la gauche pourrait prendre la main sur une menace, activée comme levier d’action jusqu’à présent par Angela Merkel et ses sbires sous le nom de "Grexit". Reste à coucher sur le papier les modalités d’une telle alternative. C’est tout l’enjeu de cette « conférence européenne du plan B », qui se donne pour objectif d’« examiner concrètement tous les scénarios, et leur adaptation à l’intérêt de chaque pays. » Espérons que toutes les forces de gauches européennes répondront présent.

« Organiser la résistance européenne »

Le week-end dernier, lors de sa rencontre avec Jean-Luc Mélenchon, Yanis Varoufakis a pour sa part accepté ce rendez-vous du plan B, se donnant pour projet de « démocratiser l’Europe à nouveau ».

À l’issue de cet entretien d’un vingtaine de minutes, le co-fondateur du PG a déclaré : « Puisque les Allemands ont un plan A, ficher dehors tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, eh bien nous, nous allons avoir un plan B, c’est ce qu’on fait dans ce cas-là. Chacun a des idées sur le sujet. Il faut les confronter et il faut vite se coordonner pour organiser la résistance européenne. » De plus, Mélenchon a invité Varoufakis à venir le rejoindre pour la Fête de l’Huma  où, selon Patrick Le Hyaric, un « grand forum européen (…) sur les moyens pour sortir des politiques d’austérité et renégocier les dettes » se tiendra le samedi après-midi. Les violons s’accorderaient-ils ?

Quelques heures après avoir vu Jean-Luc Mélenchon, Yanis Varoufakis rejoignait Arnaud Montebourg à la fête de la Rose. Il appelait alors à impulser une « alliance des Européens qui proposent quelque chose de radical : la démocratie. Que l’on passe enfin d’une Europe des gouvernements à une Europe des peuples. » La folle idée de l’économiste grec est en fin de compte celle-ci : dépasser l’Europe monétaire, régie par des banquiers et des administrateurs nommés, par une démocratisation des institutions. Secrétaire nationale du PG et conseillère de Paris, Danielle Simonnet commentait cette rencontre ainsi : « Montebourg et les socialistes frondeurs auront aussi à en débattre […] pour sauver la démocratie. » Le champ de l’alternative s’ouvre. Reste à chacun d’y trouver et d’y accepter sa place.

L’atout Varoufakis

De leur côté, ce lundi 24 août, Mélenchon, Coquerel et Simonnet prenaient un premier contact par visioconférence avec Panayótis Lafazánis, responsable grec d’Unité populaire, le nouveau parti des dissidents de Syriza. Varoufakis, lui, continuera son tour d’Europe politique ambitieux et prometteur, le 23 octobre à Londres, où il rencontrera Pablo Iglesias pour un débat sur « la nouvelle gauche européenne : un futur pour l’Europe ? ». Jamais la question n’aura été aussi présente au cœur des préoccupations de la gauche radicale. D’où l’intérêt d’y apporter une réponse commune.

On en vient à se demander si Yanis Varoufakis n’est pas l’homme par lequel les gauches radicales européennes s’uniront, des frondeurs du PS français aux démissionnaires de Syriza. Car l’ancien ministre grec des Finances présente l’avantage d’être à la fois encore lié à Alexis Tsipras, par sa fidélité à Syriza, tout en ayant toujours fait la preuve de son indépendance d’esprit. Cet entre-deux, ou plutôt cette dualité, offre une multiplicité de possibles en termes de convergence des sensibilités, de compromis internes… Pour qu’enfin, les gauches radicales européennes se lèvent et, ensemble, exigent une alternative : un plan B.

Vos réactions (8)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Je ne pense pas qu’on puisse construire de l’internationalisme en stigmatisant une nation.

    Patrick SOULIER Le 25 août 2015 à 18:50
  •  
  • Ni sortie de l’Euro, ni soumission, tel est le titre de cet article qui fait référence à un édito d’Eric Coquerel sur le site du PG, du 18 août dernier. l’auteur ne fait pas mention à ce passage de l’édito d’Eric Coquerel, à propos de l’Euro. Le voici :

    "L’heure est venue pourtant de tourner la page. Depuis plusieurs années le PG travaille sur un scénario « plan A/plan B » (à savoir : l’action d’un gouvernement mixant désobéissance/négociation avec les traités pour transformer radicalement l’UE - le plan A, avec celui de sortie de l’Euro en cas d’intransigeance en face - le plan B)".

    Par ailleurs, Jacques Généreux n’exclut pas non plus une sortie de l’Euro selon les circonstances que nul ne peut prévoir. Les traités-hyper carcan et l’Euro ne font qu’un. Désobéir aux traités comme l’écrivit il y a déjà quelques temps Jacques Généreux, avant la séquence Syriza, est l’antichambre à une sortie de l’Euro.

    Babeuf

    Babeuf Le 25 août 2015 à 20:06
  •  
  • "Ni sortie de l’euro, ni soumission à la dictature financière : l’espoir renaît ".

    Sidérant !
    Aucune envie de lire la suite.

    Jean-Marie Le 25 août 2015 à 20:46
  •  
  • On a l’impression de lire le programme de Hollande puis celui de Siryza.
    Il y a décidément des gens qui ne comprennent rien à rien.
    De même qu’on ne peut pas demander à un éléphant de faire des claquettes, on ne peut pas demander au institutions européennes de prendre des mesures contraires à son socle fondateur.
    La seule solution est de déconstruire toute cette europe, revenir aux nations, stopper net l’immigration et recréer une europe des coopérations.

    totoLeGrand Le 25 août 2015 à 23:15
  •  
  • Bonjour,

    oui, il faut établir le plan B. Mais par une élite ou par quelque chose de plus démocratique ?

    Car actuellement, la gauche, la vraie est bien isolée dans sa communication.

    mais retourne vers ses lunes de "démocratie centralisée" ...

    La solution première n’est pas dans les urnes, mais dans la façon de vivre notre vie. Au lieu de courir après des programmes, si on aidait les gens à vivre concrètement leurs difficultés comme le font beaucoup d’associations. Les gens ne veulent plus de discours, ils préfèrent le concret. Les espagnols semblent avoir beaucoup d’avance sur le sujet.

    Les gauche, en France, sont beaucoup trop idéaliste et pas assez concrète. Qu’est ce qu’on a à foutre du pouvoir pour le pouvoir ? Ou alors, certains ont des dessins cachés ?

    Oui à écouter les gens autour de moi, ils n’ont rien à faire de babiole comme la pseudo 6ème république -un truc de parisien comme on dit en province- ils veulent qu’on les aide à voir clair dans la situation actuelle : décrypter le droit pratique, des adresses de produits de consommations sains et à prix honnête, tout chose concrète qui aide à vivre.

    Ceux qui sauront fabriquer cet aide seront crédible pour faire de la politique et reconnu porte parole et éligible. Les autres seront classés comme héritier de ce que plus personne ne veut, du moins à gauche.

    La Renaudie Le 26 août 2015 à 11:20
  •  
  • Comment peut-on affirmer pouvoir lutter contre la dictature financière européenne tout en conservant son pilier fondamental, l’euro ?
    De nombreux économistes ont démontré et redémontré combien les deux sont étroitement liés.
    La gauche autoproclamée radicale ne partage-t-elle pas, en fin de compte, la même responsabilité que le PS dans la fuite de l’électorat vers le seul parti prônant la sortie de l’euro ? Il devient urgent de se poser la question.

    Jean-Marie Le 26 août 2015 à 12:41
  •  
  • Une montagne toujours plus monstrueuse de dettes, de conneries illusoires

    Que de vous, enfermer derrière vos murs d’autisme pour repêcher ensuite les noyés où ramasser les gosses miséreux dans des bidonvilles en causant, des guerres. Une montagne toujours plus monstrueuse de dettes de conneries réciproquement « adultes » pas seulement financières, à imiter en pire ! Vraiment réellement Tous, que des pleurnicheurs « raisonnablement » trop Minables pour simplement Se, regarder.

    //laguenon.wordpress.com/2015/08/25/une-montagne-toujours-plus-monstrueuse-de-dettes-de-conneries-illusoires/]

    Linda Mondry Le 26 août 2015 à 14:21
  •  
  • La proposition d’une conférence européenne du plan B est intéressante car elle est de nature à fédérer des positions opposées au sein de notre camp. Elle consiste en fait à laisser ouvertes toutes les alternatives et à renvoyer à l’évolution effective de la situation politique les choix cruciaux qui aujourd’hui nous divisent. On peut se retrouver dans cette stratégie que l’on soit europhile ou europhobe, même si on pense dans ce dernier cas comme Sapir qu’il faudra à un moment se séparer pour constituer d’autres alliances en s’alliant à d’autres courants. Cette question est une bonne question de fond qui n’est pas posée au bon moment politique, comme c’est presque toujours le cas des questions de fond. Ce qui compte aujourd’hui, c’est de trouver la synthèse politique nécessairement provisoire qui préserve notre unité et notre capacité d’action.

    Yann LARGOEN Le 27 août 2015 à 09:46
  •