Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 4 mars 2016

Pouria Amirshahi, socialiste parti

Après avoir voté contre le budget et multiplié les critiques, le député Pouria Amirshahi quitte le PS, en récusant un "système des partis, qui ne porterait plus de projet d’avenir. Le fondateur du Mouvement commun entend pourtant continuer à militer.

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Ce n’est pas à franchement parler une surprise. Le député Pouria Amirshahi a choisi un entretien au quotidien Le Monde pour annoncer son départ du Parti socialiste, ce 4 mars. Une semaine plus tôt, il évoquait en off cette décision avec Regards. « Je pars sans rancœur », confiait alors le député de la 9e circonscription des Français de l’étranger, en mal de parti depuis… son vote contre la loi de finances 2016 puis celui contre la déchéance de la nationalité, pour la partie la plus visible. Sa démission du Parti socialiste constitue finalement un aboutissement logique.

Divergence avec les autres responsables des gauches du PS

Au fil des entretiens plus ou moins formels, Pouria Amirshahi a fini par tirer un trait sur la possibilité de réformer le PS de l’intérieur. « Il n’y aura pas d’équivalent français de Jeremy Corbyn », nous glissait-il récemment, en ajoutant :

« Je respecte mes amis qui font un autre choix et je continuerai de partager, avec eux, comme avec les bonnes volontés que j’évoquais, des espaces de réflexion et d’action ».

Il salue le travail mené, notamment, par les députés européens Isabelle Thomas, Guillaume Balas et Emmanuel Maurel pour créer un left caucus qui établisse des passerelles entre les gauches sociales-démocrates européennes et peut être au-delà. Mais il ne croit plus à la possibilité de reprendre le PS à gauche. S’il ne renonce pas pour autant au militantisme, il estime que ce qui fut son parti pendant plusieurs décennies est marqué par « l’existence, comme ailleurs, d’une caste de technocrates et de possédants de plus en plus puissants ».

Le choix du départ marque donc, pour l’ancien syndicaliste étudiant, mais aussi pour l’ancien responsable d’une circonscription d’action sociale, une profonde divergence d’analyse avec les autres responsables des gauches du PS. « La France n’est pas gouvernée par l’aile droite du PS, mais par des néoconservateurs, dans tous les domaines, à quelques exceptions près », martèle-t-il dans l’entretien qu’il a accordé au Monde. Il avait, auparavant, étayé cette caractérisation par le débat sur la déchéance de la nationalité :

« Tout le monde a bien compris que la déchéance de nationalité est une mesure symbolique, pour marquer le coup. Mais quel symbole ! L’exécutif a réussi le tour de force de nous replonger dans le débat délétère initié à l’époque par Nicolas Sarkozy sur l’identité nationale. »

Des partis à bout de souffle

Dans ce cadre, la publication de l’avant-projet de loi sur le travail ne l’a pas surpris. Son silence sur le sujet, alors qu’on connaît un Pouria Amirshahi très disert, en revanche étonnait les observateurs. Le député ne masquait pourtant pas son soutien aux initiateurs de la pétition #LoiTravailNonMerci. Une initiative qui, parmi tant d’autres, témoigne, selon lui, de la vitalité de la gauche. « Ce qui est en ruine, ce sont les formes d’organisation partisane que sont les partis politiques », qu’il qualifiait, dans nos colonnes, de « tribus ».

« La gauche, quant à elle, est debout et bien vivante, que ce soit dans les associations, sur le terrain, dans l’action locale. Il faut l’écouter cette gauche, entendre tous ceux qui irriguent notre société. Il faut recréer les causes communes de la France dans un pays qui n’en a plus, et où l’on divise selon les groupes et les communautés. »

Cependant, la démission de Pouria Amirshahi n’est pas un coup d’éclat et surtout pas dirigé contre le seul Parti socialiste. C’est tout le système des partis que récuse le fondateur du Mouvement commun. Considérant qu’il « mène à l’abîme démocratique », le toujours frondeur approfondit son analyse sur des partis « rhizomes d’un système institutionnel à bout de souffle. Ils sont devenus des machines électorales sans grande conviction, sans promesse d’avenir heureux pour le pays. Ils sont au mieux incapables, au pire dangereux comme par exemple le Front national ». Évoquant le PS, il conclut : « Le mien est sans ressort, sans idées malgré de nombreuses bonnes volontés ». En cohérence avec ses positions, le député annonce qu’il ne se représentera pas aux élections législatives de 2017.

Désormais libre de ses actes comme il avait décidé déjà de l’être de sa parole, Pouria Amirshahi va désormais se consacrer au Mouvement commun, qui constitue un lieu d’échanges et d’expérimentation politiques] où membres de la gauche associative et sociale rencontrent et construisent avec des membres de la gauche politique, qu’ils soient ou non, membres de parti.

Reste l’épineuse question des présidentielles 2017. Sollicité par ses amis du Mouvement commun d’ouvrir le débat en se positionnant, Pouria Amirshahi ne se défausse pas, mais privilégie le choix collectif. Le mois d’avril devrait être l’occasion d’un séminaire du Mouvement commun, pour élaborer une position, de préférence commune.

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Vos réactions

  • Une décision difficile, mais voilà un homme qui suit ses idées.

    Lucie, de Marseille

    Lucie Le 4 mars à 17:29
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  • les autres responsables des gauches du PS"
    voilà un concept "les gauches du ps" qui montre bien dans quelles turpitudes de la pensée se noie le mundillo politique dont "Regards" est un acteur parmi d’autres irresponsables

    cantaous Le 4 mars à 22:22
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  • Sous prétexte qu’il quitte avec quelques métros de retard un parti renégat et corrompu, cet individu se croit permis de mettre tous les partis dans le même sac ! Tous pourris, en écho objectif avec le populisme fasciste du FN. C’est stupide, prétentieux et dangereux.

    René-Michel Le 4 mars à 23:25
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  • Le PS, un parti « sans ressort » et « sans idées » !!!

    Mais pas du tout bien au contraire, c’est un parti plein d’idées toutes plus à droite les unes que les autres.

    edrobal Le 5 mars à 18:07
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