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Accueil > Monde | Par Loïc Le Clerc | 23 mars 2015

Premier test réussi pour Podemos en Andalousie

Un an après son apparition dans le paysage politique espagnol, Podemos confirme sa dynamique aux élections régionales andalouses et se place pour la suite. Si les socialistes conservent la région, le Parti populaire fait naufrage… en compagnie de Izquierda unida.

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Quelques mois après sa percée lors des Européennes de 2014, le parti issu du mouvement des Indignés se devait de confirmer. C’est chose faite en Andalousie, à l’occasion des élections régionales anticipées qui se sont tenues dimanche. Certes, Podemos n’arrive qu’en troisième position, derrière le PSOE et le PP, mais c’est bel et bien une victoire pour le parti dirigé par Pablo Iglesias.

Après une campagne express et un duel joué d’avance entre le PSOE de Susana Diaz et Podemos de Teresa Rodriguez, c’est sans surprise que la socialiste conserve la région Andalousie. Le PSOE garde ses 47 sièges au parlement andalou, avec 35% des voix, mais avec le plus mauvais score du PSOE depuis des décennies dans cette région. Podemos, pour sa première participation à une élection en tant que parti, glane 15% des suffrages et acquiert ainsi 15 sièges. La véritable débâcle est à attribuer au PP, qui tombe à 33 sièges (soit 17 de moins qu’en 2012) avec 27% des suffrages. Mais le chiffre qui fait mal est celui des votes : 500.000 voix en moins pour le parti dit "populaire".

Podemos échappe au piège

La région Andalousie est un fief du PSOE depuis 1982. En 2012, il avait tout de même fallu faire front commun avec Izquierda unida pour obtenir une majorité et ainsi devancer le PP et ses trois sièges d’avance. Cette fois-ci, emmené par Susana Diaz, présidente de la région depuis 2013, les socialistes avaient peu de craintes quant à l’issue de ce suffrage. Le PP souffre d’une trop mauvaise réputation depuis la crise et l’élection de Mariano Rajoy. Seule épine dans le pied : Podemos. Son influence en Andalousie est toujours plus importante (c’est la région d’Espagne où il y a le plus de cercles) et le parti envoyait Teresa Rodriguez, originaire de la région de Cadiz, eurodéputée et très influente au sein de Podemos.

Pour tenter d’enrayer cette dynamique, le PSOE a choisi d’organiser ces élections anticipées, pariant que le manque d’expérience et de temps jouerait en défaveur de Podemos. On ne peut pas dire que c’est une réussite, car si Susana Diaz sauve les meubles, en quelques semaines à peine, Podemos est parvenu à s’organiser suffisamment pour faire une irruption conséquente au parlement andalou. La dynamique est plus que jamais en marche et Podemos s’installe confortablement à la troisième place, dans une Espagne murée au bipartisme.

Certes, du côté de Podemos, on espérait faire encore mieux avec l’objectif d’au moins 20 sièges, mais on se félicite d’avoir triplé les résultats des Européennes. Pour Teresa Rodriguez, la mission des élus de Podemos commence « dès aujourd’hui », même si avec 15 parlementaires, son influence restera modeste. Elle a d’ores et déjà fixé deux objectifs : « Mener à bien nos propositions et surveiller chaque recoin du Parlement. » Rodriguez fait allusion à la lutte contre la corruption, véritable cheval de bataille de Podemos. Il faut dire que le PSOE andalou ne porte pas vraiment en lui une réputation d’intégrité et d’honnêteté.

Izquierda unida touche le fond

L’autre surprise de cette élection, c’est le parti Ciudadanos, sorte de Podemos de droite, qui arrive en quatrième position avec 9% des voix, soit neuf représentants. Fondé en Catalogne avec pour principale revendication une opposition à l’indépendantisme, Ciudadanos a profité de l’engouement des Espagnols pour des mouvements comme Podemos, et surtout de la perte de sens de la distinction gauche / droite, pour s’exporter dans toute l’Espagne et siphonner les voix du PP.

Mais s’il est un autre parti que le PP qui souffre depuis quelques temps, c’est Izquierda unida. IU s’est présenté à cette élection à l’intérieur de la coalition comprenant également Les Verts et Convocatoria por Andalucía (IULV-CA). Mais ce fut loin d’être suffisant : la gauche radicale est littéralement à terre, laissant sept sièges lui échapper et obtenant moins de 7% des suffrages. Le fait que Podemos ait dénoncé leurs alliances avec le PSOE lors de la législature précédente semble avoir converti bon nombre d’électeurs de gauche.

Reste désormais à savoir avec qui Susana Diaz fera des alliances pour gouverner l’Andalousie, car il lui manque encore huit sièges pour former une majorité. Elle a affirmé après son élection que le PSOE ferait cavalier seul. Il faut dire qu’elle n’a plus franchement d’alliés en dehors de son parti. Il lui sera compliqué de renouer avec IU, qui, tellement compromise par ses coalitions passées avec les socialistes, remet aujourd’hui en cause cette stratégie. De toute façon, IU ne possède plus suffisamment d’élus pour pouvoir apporter une majorité au PSOE. En réalité, il ne reste plus à Diaz que Ciudadanos pour gouverner. Mais des accords de ce genre ne seraient que ponctuels, assure-t-on dans le camp socialiste.

Ce qui semble certain à l’issue de ce scrutin, c’est le message des Andalous à leurs représentants. La politique traditionnelle proposée par les deux partis historiques ne peut plus être l’unique option. Il y a des alternatives, un ardent désir des citoyens de changement et de démocratie participative. Cette intense année électorale espagnole devrait le confirmer à plusieurs reprises.

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