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Accueil > Politique | Par Gildas Le Dem | 19 avril 2017

Présidentielle : 2017, un air de 1995 et 2005 ?

La dynamique de la campagne de la France insoumise, l’enthousiasme, voire la joie qu’elle soulève donnent à la présidentielle un caractère si inattendu que l’optimisme redevient d’actualité pour la gauche. En attendant dimanche soir ?

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Il flotte, en France, comme un parfum de 95 et de 2005. Une senteur d’irrévérence et d’enthousiasme. Comme en 95, les masses populaires sont au rendez-vous (des dizaines de milliers de personnes à Marseille, Lille ou Toulouse). Comme en 2005, les catégories populaires, et plus généralement les Français, se saisissent de propositions parfois absconses (l’ALBA, la transition écologique, le rapport à L’Europe). Les discutent avec passion, s’interpellent sur les réseaux sociaux. Et sont heureux de se retrouver, à nouveau, dans un même combat, une même protestation contre le consensus néolibéral et austéritaire.

Mais, contrairement au rude hiver 95, aux sombres journées de mai 2005, l’espoir a changé de camp. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de résister, une victoire est à portée de main. La vivacité des énergies et des contestations des années 90, du "non" à une Europe néolibérale, la volonté de laver l’affront fait au peuple grec et à la démocratie en 2015 aussi, tout ceci pourrait, enfin, trouver une traduction, politique et institutionnelle, dans une victoire de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle.

Les éditorialistes craquent

Aux cris de « Résistance », dans les meetings, ont succédé des « Dégagez ! ». Il faut voir là une forme d’assurance retrouvée. Et également, rappeler à ceux qui y verraient quelque ambition totalitaire, qu’il s’agit d’un cri de liberté, d’abord lancé par le peuple tunisien au printemps 2011. À nouveau, comme en 95, en 2005 et en 2015, les éditorialistes craquent, commettent les bévues les plus improbables. Les propos outranciers, les comparaisons injurieuses, les démonisations de toute sorte pleuvent et vont bon train. Voici Jean-Luc Mélenchon repeint en Fidel Castro ou Vladimir Poutine.

Le président de la République, quant à lui, se sent obligé de sortir de sa réserve pour parler – avec la délicatesse et la morgue, le dépit aussi d’un habitus de dominant, soudain déconcerté et dépassé par un cours des événements qui lui échappe – de « mode », d’odeurs « mauvaises ». Et même, se sent tenu de mettre sur un même pied (populiste, cela va de soi) Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Comme si ce dernier n’avait pas participé à tous les combats contre l’extrême droite de ces dernières années, n’avait pas été le premier à proposer une loi ouvrant des droits aux couples homosexuels dès 1990, ne proposait pas l’inscription du droit à l’avortement dans la constitution et, accessoirement, n’avait pas enfin appelé à voter François Hollande en 2012, et donc largement contribué à sa victoire contre Nicolas Sarkozy.

Une perspective d’avenir

Mais, rien n’y fait. En dépit de cette mobilisation générale, des commentateurs les plus autorisés, de la droite et de l’extrême droite jusqu’à la gauche de droite, en dépit de la rupture du pacte de non-agression de la part du candidat socialiste également, des électeurs qu’on croyait perdus pour la gauche, des abstentionnistes, des écologistes, d’anciens socialistes, parfois même des électeurs de droite se tournent désormais vers le bulletin de vote Jean-Luc Mélenchon.

C’est, comme le fait remarquer Véronique Reille-Soult [1], que le candidat Jean-Luc Mélenchon inspire « confiance » et « confiance en soi ». La spécialiste des stratégies conversationnelles s’est penchée sur l’étude des messages émis sur les réseaux sociaux, et du champ lexical des émotions qui leur sont associées, notamment dans le cas des messages se rapportant à Jean-Luc Mélenchon. Interrogée sur les raisons de sa dynamique, elle évoque bien sûr la probité, l’honnêteté, mais aussi le besoin de se donner une perspective d’avenir.

C’est le vote Jean-Luc Mélenchon qui apparaît comme un vote de conviction, quand le vote en faveur d’Emmanuel Macron apparaît comme un vote par défaut, « raisonnable » mais « en attente de raisons d’être ». Le vote Jean-Luc Mélenchon, en donnant des « raisons de voter », redonnerait aussi le sentiment d’une « raison d’être », le sentiment d’une dignité.

Redonner un sens à la gauche

Bien plus, le vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon est aussi associé à la « joie ». La joie des foules présentes aux meetings bien sûr, la joie aussi des apparitions remarquées de Jean-Luc Mélenchon durant les débats, mais d’abord la joie d’une « espèce de fédération » populaire qui redonne un sens aux mots et aux mobilisations. Véronique Reille-Soult le remarque d’ailleurs avec un brin d’humour : Jean-Luc Mélenchon est parvenu à redonner du sens à des mots qui pouvaient apparaître comme vidés de leur sens.

Qui pourrait, en effet, sérieusement « être contre la paix », s’interroge Véronique Reille-Soult ? Mais c’est bien Mélenchon, pourtant, qui apparaît aujourd’hui comme le « candidat de la paix ». C’est aussi, pourrait-on ajouter, un candidat qui, en dépit du quinquennat Hollande, en fédérant à nouveau les demandes, les énergies, les affects démocratiques et populaires, a réussi le tour de force de resignifier le mot de gauche dans un sens conquérant, affirmatif.

C’est très exactement ce qu’on appelle le populisme de gauche, en passe, on l’espère, d’ouvrir une brèche dans les institutions françaises et européennes, et de redonner une voix à ceux qui n’en avaient plus. C’est, en tout cas, la meilleure nouvelle de cette bien étrange campagne : la fin d’un sentiment, désespérant, de dépossession démocratique. Le goût du bonheur politique et démocratique retrouvé.

@gildasledem

Notes

[1Directrice générale de Dentsu Consulting et intervenante sur France 24.

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