Accueil > Politique | Par Loïc Le Clerc | 27 janvier 2016

Primaire à gauche : c’est pas gagné

Organiser une primaire de la gauche pour la présidentielle 2017, l’idée fait son chemin : personne n’a l’air contre… mais personne ne se dit vraiment pour. Une circonspection qui traduit les doutes sur la capacité de la démarche à relancer une dynamique.

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Lancé officiellement dans Libération le 10 janvier par, entre autres, Daniel Cohn-Bendit, Yannick Jadot et Thomas Piketty, l’appel "Pour une primaire de gauche" a beaucoup fait parler de lui. L’idée courait aussi depuis plusieurs mois dans les esprits de Caroline De Haas, militante féministe, et des quelques 499 membres du comité de soutien. Leur ambition : « Placer la primaire dans l’espace public, la rendre imaginable, possible ».

De Haas, qui a quitté le PS il y a deux ans, émet cependant une réserve : « Ils comptent sur les partis pour l’organiser », et l’envie ne semble pas au rendez-vous. Elle a donc décidé d’ouvrir le processus d’organisation et de financement pour que « les citoyens et citoyennes prennent les choses en main », sans pour autant exclure les partis du dialogue. Éric Coquerel, coordinateur politique du PG, voit tout cela d’un mauvais œil, considérant qu’une primaire n’est qu’une « machine à entretenir la Ve République, une machine à perdre ». Du côté d’Ensemble, selon François Calaret, membre de la direction, ces initiatives ont pour bénéfice de provoquer « un électrochoc dans le débat sur le socle commun à la gauche en vue de la présidentielle ».

De quelle gauche parle-t-on ?

De la gauche gouvernementale au NPA ? Peu le disent mais tous le pensent, jamais le PS ne prendra un tel risque. Imaginez Mélenchon faisant la campagne de Hollande, ou l’inverse : l’idée ne tient pas la route. D’ailleurs, sur le site primairedegauche.fr, à la question "Hollande peut-il être candidat ?", la réponse est la suivante : « Si Hollande considère que les propositions qu’il porte aujourd’hui sont une impasse et qu’il souhaite proposer un autre chemin, la primaire est faite pour lui ! »

« Tout ça est quand même vague, commente Coquerel, il ne faut pas entretenir la confusion et cultiver l’idée qu’un rassemblement au premier tour derrière le PS est possible. » Une idée partagée par Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, qui souligne le risque de s’étiqueter comme « primaire de la gauche de la gauche, alors qu’il faut disputer le leadership de la gauche à François Hollande ».

Il s’agit donc d’une primaire de ceux qui partagent « une base commune », pour reprendre les mots de Calaret, sans quoi personne n’acceptera d’y participer. Seulement, parmi les signataires de l’appel de Libé, certains croient encore que le gouvernement doit en faire partie. En attendant que les ambiguïtés s’estompent et que les masques tombent, par peur de jouer pour le camp adverse, personne ne bouge.

Les idées avant le casting

« On ne sait pas qui va se présenter, il y a des conditions d’accès qui seront définies collectivement », ainsi qu’une "charte de la Primaire", sorte de programme éthique du candidat désigné, « et on espère pouvoir faire émerger de nouveaux profils », précise De Haas. Ce dernier point accentuerait les divisions, selon Coquerel, par « l’accumulation des candidatures qui n’auraient peut-être jamais vu le jour autrement ». Il préfèrerait « se mettre d’accord sur le projet, sur la stratégie » plutôt que de « perdre son temps » à savoir qui va être la tête d’affiche. « Cela ne fait qu’ajouter des obstacles à la course », juge-t-il.

Du côté d’Ensemble, on pense qu’il faut « à la fois travailler sur le contenu et sur le mode de désignation du candidat ». Les idées avant le casting, Dartigolles l’espère, le tout devant aboutir à une « plateforme de grandes propositions donnant à voir un programme de gauche ».

L’intérêt d’une primaire serait qu’elle engendrerait une dynamique dans laquelle personne ne se permettrait de faire son mauvais perdant. Et quoi de tel qu’une campagne présidentielle pour faire entendre une voix opposée au social-libéralisme, qui ne vienne pas du FN ? Quitte à ce qu’elle ne soit qu’un tremplin pour les législatives suivantes, et 2022. Pour De Haas, il reste à espérer que la primaire s’impose à tous, avant que chacun ne se désiste.

Refonte de la gauche et de la citoyenneté

Au-delà des craintes et interrogations que suscite la primaire chez les politiques, qu’en pense le peuple ? Aux vues des sondages, les citoyens sont majoritairement favorables à ce qu’elle désigne le candidat de la gauche. De Haas reçoit de nombreux messages de soutien, avec quelques inquiétudes autour de l’interrogation "De quelle gauche parle-t-on ?".

Mais c’est avant tout l’aspect "reprise en main de la citoyenneté" qui attire. « L’appropriation par le plus grand nombre de ce processus est une condition de sa réussite », martèle Dartigolles. Une fois de plus, Coquerel reste très perplexe : « Je crois qu’on ne va impliquer qu’un spectre très étroit de militants et de sympathisants », reléguant à la marge les abstentionnistes ou les électeurs qui se sont tournés vers le FN.

Pour Dartigolles, « il faut penser une refondation culturelle de la gauche, sur le terrain des idées », avec pour point d’orgue les questions d’égalité et de justice. Une « reconquête idéologique de longue haleine qui dépassera 2017 », assure le porte-parole du PCF. D’après Coquerel, il convient de voir plus loin pour dépasser le Front de gauche en tant que cartel de partis : « Il faut envisager que chacun de nos partis doive disparaitre à l’avenir pour se fondre dans un espace commun ». La route sera longue.

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Vos réactions

  • Quelle tambouille incompréhensible, même pour la plupart des militants, sans parler des citoyens ordinaires. Va expliquer cette embrouille à tiroirs à un chômeur abstentionniste des quartiers nord de Lille...
    Vite, un mouvement de contestation en masse contre les mesures de droite qu’impose Hollande, cela va clarifier les débats.

    Marcel Martinet Le 27 janvier à 17:29
       
    • Les gens qui appelle à la primaire et ceux qui sont succeptibles d’y participer (les dirigeants de parti) son si peu d accord entre eux, ont tant de désaccords , que cette opération ne pourra apparaître que comme une opération politicienne
      Donc cela echouera

      dan93 Le 20 février à 00:48
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  • La seule question qui doit nous intéresser,et qui est d ailleurs évoquée dans le texte ,est :"de quelle gauche parle t on ?"
    Bien entendu,pas du PS,mis à part quelques frondeurs si, à force d indigestions de couleuvres,ils se décidaient enfin à quitter ce parti.Mais d autres sont également à éviter,tels Cohn Bendit,dont l aura de 68 ne fait plus illusion depuis longtemps.
    Le temps de séparer le bon grain de l ivraie libérale,de trouver un semblant de programme....
    Il serait plus utile de reparler de la 6e République que nous souhaitons:fin du régime présidentiel,au profit d un régime parlementaire,élu à la proportionnelle intégrale à un seul tour,référendum d initiative populaire....
    Des thèmes(non exhaustifs) de nature à rassembler la vraie gauche et à faire reculer l abstention.

    HLB Le 27 janvier à 22:33
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  • Toute cette affaire de primaire à gauche ne concerne qu’un entre soit d’appareil politique et quelques media associés.

    Le peuple est en errance, il a besoin de sens et de choses concrètes. En même temps il exprime, même s’il semble toujours dans l’attente d’un messie politique, une démocratie moins par délégation. Il ne pense plus que qui que ce soit fera les choses à sa place. Il n’y a que les plus de 60 ans pour toujours demander des subventions pour tout ou n’importe quoi ; les plus de 60 et les agriculteurs. Les autres se démerdent.

    Ils se démerdent par force, ne prenons que l’exemple du chômeur, si vous avez eu affaire à pôle emploi vous devez rentrer dans leurs cases, car leurs cases ne sont pas assez nombreuses ou variées pour décrire le réel, car c’est une administration commandé par énarque dont leur roman doit être plus vrai de la vie, n’est ce pas ! Donc on apprend à se passer de l’État par force et pour s’en sortir.

    Je ne fais surtout pas l’apologie de l’individualisme versus le collectif. Non, tout le contraire, mais je sais, par expérience, que toutes ces machines sont auto centrée et égo-centrée et particulièrement les appareils politiques : machine à s’auto-reproduire pus qu’à gérer du réel.

    Le résultat de tout cela, c’est qu’à gauche (c-a-d les non socialistes et les non libéraux qui se disent de gauche) ne se reconnaissent en personne de ceux qu’on voit tout le temps. et personnes d’autres puisqu’ils sont hors champ de conscience.

    Alors vous nous faites chier avec vos primaires. On a rien à foutre de prendre le pouvoir, dont on devra composer avec des sociaux libéraux pour encore une fois nous trahir de nos idéaux et produire une vie inhumaine de merde.

    Il faut travailler, composer un corpus présentable et efficace au peuple, rassembler une vraie majorité, non pour l’élection, mais pour appliquer ce corpus. L’élection de personnes n’a que peu d’importance, ce sont les idées partagées qui valent. Le reste n’est que petit jeu entre ami, une mafia et non des représentants du peuple.

    La renaudie Le 28 janvier à 09:09
       
    • d’accord avec vous !!

      bob Le 3 février à 11:56
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  • Une primaire pour un corpus.

    à gauche. Oui, à gauche.

    C’est pas gagné ? mais on devrait gagner quoi ???

    Je me demande de ce que peut signifier un corpus qui rassemble à la fois ce que semblent bien vouloir voter la majorité des élus socialistes pour un état d’urgence permanent et une déchéance de nationalité, une regression du code du travail, des atteintes permanentes aux droits sociaux, aux libertés, au muselage culturel ET un changement radical de politique sociale, la protection et le renforcement de tous nos services publics, etc....

    Une primaire qui pose comme condition d’être d’accord pour une candidature avant de savoir ce que l’on va faire pendant 1 quinquennat.

    Bien situer les choses en disant que si l’idée apparaît comme séduisante, il ne faut pas se fier aux apparences. Comment faire confiance à des socialistes, au moins une majorité d’entre eux, qui durant 4 années ont suivi et soutenu un exécutif aussi réactionnaire qu’un exécutif sous Sarkozy, soumis aux sirènes néolibérales.
    Comment croire que d’un seul coup d’appel, faisant volte face des politiciens vont faire...le contraire !!!

    Pour gagner l’idée d"une vraie primaire, il faut d’abord se fixer sur des grands principes en deçà desquels rien n’est négociable... Vous allez voir les Cohn Bendit, Picketty, Jadot et les autres vont réagir....

    Un appel en marché de dupe ! Mais qui je pense cherche à noyauter une candidature à gauche qui ne serait pas sociale-démocrate comme aujourd’hui... autrement dit, préparer un nouveau matelas à un Hollande, Valls Macron ou des comparses du même acabit...d’ailleurs, Cambadélis commence à défricher le terrain....

    morellenoire Le 31 janvier à 13:49
       
    • Tout à fait d’accord ! Oui à une primaire de la gauche mais réellement circonscrite à ceux et celles qui se reconnaissent dans un corpus de base.

      Thierry Le 31 janvier à 18:29
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    • ok avec vous.

      Cependant, pas de primaire. Non,on doit d’abord avoir fait un grand travail sur soi, au niveau personnel et au niveau collectif.
      Cette primaire idéale ne concernerait que peu de personne, tellement un rêve, un idéal commun est peu partagé actuellement - je veux dire autre chose que les banalités infantilisant, je veux dire des organisation complexe et concrètes qui abordent le réel et l’organisent humainement.

      La Renaudie Le 4 février à 08:39
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  • A gauche, le programme existe. Ca s’appelle l’ Humain d’abord. C’est toujours valable. Et même le candidat pour porter une deuxième fois le fer.

    leo solo Le 31 janvier à 18:35
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  • Mettre sur le même plan politique un mélenchon, un valls, un cohn bendit, un frondeur ps, un coco ...c’est tuer le mouvement progressiste qui a tant de mal à croître. Cela me fait penser à ces gogos de militants socialistes qui ont gobé l’hypothèse ségolène royal face à sarkozy. Ce fut le mirage des sondages manipulateurs...ce seraitt encore pire cette fois on tombe dans le panneau.

    derviche Le 1er février à 17:34
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  • Le PCF s’est social democratisé, le PS droitisé, si ce n’est pas plus, la droite s’est Frontétisé, l’extrême droite s’est gauchisé, du moins dans son discours.
    Alors qui reste à gauche ? L’extrême gauche et Mélenchon dont on doit reconnaître la franchise de ses positions sur l’Europe et les primaires. Faut faire avec. Pas besoin de primaires pour départager ces derniers, pas besoin de primaire pour départager les autres, ils gèrent ou font la même politique, déjà ensemble dans les communes, les départements, les régions , les communautés de communes et les communautés urbaines. Dans les deux derniers cas, ils gèrent même par consensus en se repartissant les postes. Ils se tiennent par la barbichettes.
    Quant au programme, il existe déjà, l’Humain d’abord, qu’il suffit juste de mettre à jour. Quelques heures devraient suffire.
    Tout le reste est pure comédie destinée à parfaire la candidature de Hollande. L’opération Taubira et Jacqueline Sauvage, dont on peut par ailleurs apprécier la libération "anticipée", en sont un exemple flagrant.
    Ceux que l’on doit aller convaincre et chercher sont les abstentionnistes, 50%. Les autres suivront ou mourront politiquement.

    rody Le 1er février à 17:49
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  • Bonjour
    Pourquoi des primaires ??!!, pour emmerder Hollande , pour écarter Mélenchon, pour sois disant mettre en avant le candidat le plus a gauche ? ,.....
    Tout cela est hypocrisie, magouillage, calcul, et a ce petit jeux la "vrai gauche", et la gauche aussi, risque de perdre. J’ai toujours douter de l’utilité des primaires, qui sont des combinaisons d’appareils.
    les vrai primaires c’est l’élection présidentielle à deux tours, que chaque parti présente son candidat , après on verra, on choisie au premier tour, après on élimine au second ?.
    Que le PCF se présente, que Mélenchon se présente, que les écolo se présente, le NPA, LO.....Mais j’irais plus facilement vers une liste d’union au premier tour, style alliance PCF, Melenchon, et d’autres, car les citoyens veulent l’union !!!!

    bob Le 3 février à 12:14
       
    • L’union, certainement, mais pour le moment c’est plus des accords pour l’oignon ! Ils ont plus le goût du pouvoir et de la place rémunératrice que du service au public.

      La Renaudie Le 4 février à 08:42
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  • Les idées avant le casting, certes, mais celle du peuple et non celle de l’entre-soit des partis ou organisations pseudo-démocratiques.

    La Renaudie Le 4 février à 08:46
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