photo Éric Spiridigliozzi / PS
Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 17 décembre 2015

PS : Cambadélis escamote les problèmes

Le gouvernement gardant son cap après les élections, Jean-Christophe Cambadélis a été dépêché pour rallier les gauches au panache socialiste. Le magicien de la rue de Solférino a sorti de son chapeau une structure non identifiée : "l’Alliance populaire".

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Il y a un an, le 7 décembre 2014, Jean-Christophe Cambadélis concluait les états-généraux du Parti socialiste en prophétisant un parti socialiste à 500.000 adhérents en 2017. Deux déroutes électorales plus tard – la défaite des départementales en mars 2015 a été oubliée au regard de l’ampleur de celle des régionales – le PS a dû s’omettre lui-même dans deux régions pour cause de barrage au Front national. Ces décisions de retrait unilatéral, imposées d’en haut, ont laissé les militants déboussolés et en colère.

Le magicien Cambadélis a donc dû trouver, dans l’urgence, un nouveau truc. Ce sera "l’Alliance populaire". Un artifice organisationnel pour « dépasser le PS ». Surtout, c’est le seul moyen de faire croire au changement quand, sur le fond politique, rien ne changera rue de Solférino et encore moins à Matignon.

Le social-libéralisme dans le collimateur

Après l’onde de choc du premier tour des élections régionales, la direction socialiste a dû se précipiter pour apporter une réponse au désarroi des militants – résumé par Martine Aubry : « Sarkozy a tué la République et nous, on a tué la politique ». Mercredi 9 décembre, les militants du PS de Briançon ont déchiré collectivement leur carte après l’ordre donné au PS de se retirer pour laisser le champ libre à Estrosi face à Marion Maréchal-Le Pen. Dans le Grand Est, la décision de Jean-Pierre Masseret de se maintenir face à Florian Philippot (FN) et Philippe Richert (LR) a permis de limiter les dégâts militants.

Dimanche 13 décembre au soir, Jean-Christophe Cambadélis a donc souhaité une « inflexion » de la politique gouvernementale, comme les "frondeurs" la réclament depuis plus d’un an. Profitant de l’ouverture, ils ont remis le pied dans la porte pour réclamer, comme le résume Emmanuel Maurel, responsable du courant Maintenant la gauche, « des gestes politiques simples, clairs, lisibles », comme une vraie revalorisation du SMIC. « À l’issue d’une campagne très marquée par les valeurs, il s’agit de se rappeler que nous sommes là pour défendre les intérêts des classes populaires et des classes moyennes », a-t-il aussi rappelé.

Plus globalement, c’est un autre équilibre que les députés aubristes et proches de la gauche du PS souhaitent. Que résume Anne Hidalgo : « Certains ont pensé que le social-libéralisme, ça remplaçait la social-démocratie. Il n’en est rien. Il y a des points de rencontre entre la gauche et la droite, mais le point d’équilibre, c’est quand même une politique sociale un peu plus ambitieuse ». La sortie de la maire de Paris est à prendre avec sérieux tant elle est, en temps normal, peu diserte sur les débats internes à la majorité et, encore plus, au Parti socialiste.

On ne change pas une équipe qui limite la casse

Le bureau national du PS, réuni lundi 16 au soir, semble avoir dégagé un consensus quant à l’analyse de la situation. Nul ne songe à minorer la réalité du boulet envoyé le 6 décembre. Jérôme Guedj, une des figures de Maintenant la gauche, constate sobrement : « Dans les conditions actuelles, la gauche sera une nouvelle exclue du second tour de la présidentielle ». De son côté, Fanélie Carrey-Conte, députée de Paris et cheville ouvrière des frondeurs, insiste sur l’urgence qu’il y a à envoyer « des signes politiques » sur des dossiers clés tels que la déchéance de la nationalité pour les binationaux suspectés de terrorisme, la révision du Code du travail, la loi Macron 2. « Ne prenons pas les choses à l’envers, avertit la jeune parlementaire. Si l’on veut reconstruire la confiance à gauche, il faut s’en donner les moyens ».

La réponse de l’exécutif n’a pas tardé. Le SMIC a été revalorisé… de 0,6 %. Clairement, il ne faut attendre aucun changement de politique, puisque cela reviendrait à se déjuger. Du côté de l’Élysée, on ne change pas une équipe qui limite la casse. Claude Bartolone est confirmé à la présidence de l’Assemblée et le remaniement gouvernemental sera limité.

Le changement, maintenant, a été replacé dans les mains de Cambadélis qui accélère sur la constitution de cette "Alliance populaire" aux contours flous et au contenu encore moins lisible. Le patron de la rue de Solférino invoque un « nouvel Épinay », un an après avoir décrété un « Bad Godesberg à la française », comme il en appelle aux mânes du conseil national de la résistance puisque la nouvelle alliance dépasserait le cadre d’une gauche plurielle pour s’ouvrir « aux républicains ».

Injonction au ralliement

Le tacticien Cambadélis reprend sur sa droite, où Moscovici évoque une « alliance gauche droite » dont le SPD allemand peut mesurer l’efficacité, et sur sa gauche, où Dray prophétise : « Si on ne fait pas une nouvelle formation, si de nouvelles générations ne s’impliquent pas dans la construction d’une nouvelle maison, alors l’entre soi continuera et on ne s’en sortira pas ». Un numéro d’équilibriste dont il a le secret, mais qui n’a aucune légitimité. Et pour cause : sa proposition n’a même pas été évoquée en bureau national du lundi 14 décembre. Cela augure mal du caractère démocratique de la méthode et donc du projet.

Pour l’heure, sans remise en débat de la politique du gouvernement, la nouvelle alliance populaire a tous les airs d’une injonction à un ralliement sans condition. C’est ce que relève d’ailleurs Guillaume Balas, eurodéputé et principale figure d’Un monde d’avance, l’autre composante de la gauche du PS. « Si l’on veut que cette alliance soit crédible, elle doit résulter d’un débat ouvert sur toutes les questions, débat conclu par une vraie primaire ouverte. Sinon, on reste dans l’artefact aux couleurs de la Ve République ».

Pour les gauches du PS, si l’union "rouge, rose, verte" est bien la condition sine qua non pour espérer que la gauche puisse être présente dans les échéances à venir, elle ne peut reposer que sur un programme politique partagé, identifiable à gauche. Et, visiblement, c’est cette partie du problème que le magicien Cambadélis a décidé d’escamoter. Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions : s’il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problèmes.

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Vos réactions

  • Le vrai problème, c’est le fond.
    La gauche socialiste et la gauche de la gauche ont trahi le peuple.
    Quand on trahi les ouvriers, on ne peut pas ganer.
    Il faudrait un vrai programme de gauche.
    Et ne pas se fourvoyer avec le féminisme et la théorie du genre.

    La vérité Le 17 décembre 2015 à 17:45
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