Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 7 décembre 2014

PS : les états généraux du cambadélisme

Aucune révolution dans le logiciel de Solférino, à l’issue d’états généraux qui ont pris l’allure d’une grand-messe en faveur du premier secrétaire. Le gouvernement et l’Élysée ont été omis pendant les échanges, comme si le PS n’était pas au pouvoir.

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Le rassemblement de clôture des états généraux du Parti socialiste s’est tenu, samedi 6 décembre dans le 19e arrondissement de Paris, pour conclure trois mois de contribution visant à redéfinir l’identité socialiste. Attendus comme le moment d’un grand chamboulement au sein du parti, un Bad Godesberg (du nom du congrès du Parti social-démocrate allemand qui le vit abandonner le marxisme), ils ont surtout été l’occasion, pour Jean-Christophe Cambadélis, de préparer le congrès de juin prochain. Celui à l’issue duquel il souhaite se voir, enfin, élu par les militants.

« Redéfinir l’identité socialiste au 21e siècle »

En matière de politique, cette journée a été l’occasion de mesurer à quel point le Parti socialiste était devenu une organisation coupée des réalités. Ces états généraux étaient comme « hors sol », selon le mot d’Emmanuel Maurel, leader du courant minoritaire Maintenant la gauche.

Tant sur le contenu des interventions que dans la mise en scène, il a en effet été difficile de concevoir que le Parti socialiste était au pouvoir. Les noms du président de la République et du premier ministre ont été soigneusement passés sous silence. La maire de Nantes, Johanna Rolland, introduisant les rencontres, put même les placer sous le signe de « du début de la reconquête de la confiance de nos concitoyens ». Il fallut les critiques des représentants des gauches du PS – Isabelle Thomas, Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann – pour que le lien soit fait avec la politique menée par le gouvernement.

Pour Jean-Christophe Cambadélis, ce n’est pas à l’ordre du jour. Cette réunion, fréquentée par « 1 000 militants », a pour but de « redéfinir l’identité socialiste au 21e siècle et son socle de valeurs ». Guillaume Bachelay, député et président du comité de pilotage des états généraux, se félicite des 100.000 visites sur le site, 1.500 événements et 5.600 contributions recensés en trois mois. L’ensemble devrait être collecté dans des « cahiers des états-généraux » qui « seront utilisés dans les prochains rendez-vous du Parti socialiste », précise Guillaume Bachelay. Entendre : ça resservira pour le congrès, qui devrait donc perdre de son contenu politique.

Assurer l’hégémonie sur les discours de gauche

Les grandes lignes de cette nouvelle identité socialiste, consignée dans une Charte, sont mises en lumière au fil de huit ateliers dans lesquels se succèdent à chaque fois, sans se répondre, trois intervenants – représentants de la société civile et des différentes sensibilités du parti. Chacun apporte donc sa caution à cette journée. Au menu, pour commencer : l’écosocialisme, déclarée nouvelle boussole du PS, « sujet trop important pour être laissé aux écologistes ».

Le PS ambitionne ensuite de construire « l’alter-Europe », avec un discours critique à l’encontre de l’orientation actuelle de l’Union européenne. Comme si le PS ne participait pas à une forme de grande coalition entre conservateurs et socio-démocrates au parlement de Bruxelles… « Ni décroissants ni productivistes bornés », selon Henri Weber, les socialistes entendent porter « une nouvelle croissance productive, qualitative, coopérative ». Le PS s’engage également en faveur d’une « société du bien vivre », reprenant à son compte une partie du vocabulaire de la gauche alternative.

À l’actuelle « hégémonie culturelle du bloc réactionnaire », dixit Jean-Christophe Cambadélis, le PS entend assumer une hégémonie sur les discours de gauche. Il s’agit, pour le premier secrétaire qui rêve d’un parti à 500.000 adhérents quand il en revendique 157.000 aujourd’hui (60.000 selon d’autres sources), de cesser de « sous-traiter » des thèmes comme l’écologie ou la laïcité aux partenaires traditionnels du PS : EELV et PRG, notamment. Ainsi, la République prend une nouvelle dimension dans le référentiel de la rue de Solférino.

Marquer la rupture ?

En définitive, la nouvelle Charte des socialistes « est un texte qui marque plusieurs ruptures : sur l’écosocialisme, sur le progrès, sur l’alter-Europe, sur l’égalité réelle », martèle Jean-Christophe Cambadélis. Lequel, pour donner à "ses" états généraux la dimension qu’il leur ambitionne, se glisse dans les habits du François Mitterrand d’Épinay : « Celui qui n’accepte pas la rupture avec le désordre écologique, avec les ravages de la société capitaliste sur la nature, celui-là je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. »

De fait, Jean-Christophe Cambadélis conclut, au travers de ce rassemblement, la première phase de sa campagne pour le congrès qui se tiendra dans six mois. Il y a le fond : rien de nature à froisser les gauches du PS, rien qui ne puisse gêner véritablement Matignon et l’Élysée. Ainsi, le PS découvre-t-il par la voix de sa secrétaire nationale à l’économie, Karine Berger, que « l’économie de marché génère des inégalités », et que l’intervention de l’État est une bonne chose ; en même temps, Marie-Noëlle Lienemann relève que le mot « nationalisation » est absent… Cela a permis qu’aucun vote négatif ne ternisse l’adoption de la Charte des socialistes au bureau national. Puis, il y a la forme. Les applaudissements nourris qui accompagnent, dans ce rassemblement conclusif, chaque critique de l’exécutif gouvernemental serviront si besoin. À tout le moins, Cambadélis montre que son souhait du débat, « gage de l’unité », n’est pas un vain mot. Tant que ce débat reste dans le cadre par lui fixé.

Les intermittents et précaires venus manifester leur mécontentement peuvent mesurer ce qu’il en coûte de ne pas respecter la quiétude du patron de Solférino. Alors qu’ils se heurtent aux portes closes par le service d’ordre, c’est aux CRS qu’ils ont affaire avec soixante interpellations à la sortie. Les délégués peuvent assister tranquillement à la succession d’interventions, le Parti socialiste est à l’abri du monde réel.

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  • Et pendant ce temps là, à chaque élection,le PS se ramasse des raclées phénoménales.Le PS est un astre mort,mais.....Chut ! Ils ne le savent pas encore.

    alain Le 8 décembre 2014 à 14:00
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  • Que pourrait-on dire à propos deDSK,Trierweiler, Fauzi Lamdaoui ou de Kader Arif qu’on n’ait déjà dit à propos de Thévenoud ou de Cahuzac ? Que dire de la n-ième risette de Valls aux patrons qu’on n’ait déjà dit au moment du « pacte de responsabilité » ? Que puis-je dire de nouveau au sujet du dernier livre de Mélenchon, alors que celui-ci ne fait que ressasser les mêmes bêtises hallucinées pro-magrébines ?
    Par certains côtés, je me sens un peu comme le personnage du film « un jour sans fin », condamné par une étrange singularité de l’espace temps à se réveiller chaque jour au même point et revivre éternellement la même journée. En attendant… en attendant quoi, exactement ? Le duel
    Le Pen-Sarkozy au deuxième tour de 2017 qui obligerait à choisir entre le mauvais et le pire ? A moins que ce soit un deuxième tour Hollande-Le Pen, auquel cas il ne nous resterait qu’à commettre un suicide à l’aide d’un bulletin de vote.
    Vous pourriez ajouter : Yasmina Benguigui,Aquino Morel,Guérini et tous ceux qui manipulent les âmes idéalistes,il est vrai souvent consentantes:Placet,Duflot,Mamère,Cohn-Bendit etc...Le PS/eelv a un énorme problème avec la sélection de leurs élites,Cambadélis multi-condamné ne le dirige pas par hasard,mais chut,il fait partie du ’système’.

    daniel Le 28 décembre 2014 à 20:30
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  • La Gauche d’opposition vous présente ici une réflexion sur ce mouvement qui traverse actuellement la gauche. Force est de constater que la volonté de rassemblement l’emporte, au détriment pour le moment, des thématiques développées ici.

    « Gauche Avenir », le club politique de l’ancien ministre socialiste Paul Quilès et de la Sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann, vient de publier le 10 juillet 2014 un document d’une dizaine de pages : « Pour un pacte majoritaire à gauche ». Pour commettre ce document, des personnages publics d’une grande qualité, dont la pensée nous est chère malgré les désaccords éventuels, ont été reçus. Leur autorité est convoquée et légitime ainsi la démarche des auteurs du document.

    A priori, le fait d’organiser une discussion et d’en produire un compte-rendu ne peut que remporter l’adhésion universelle des militants syndicaux, politiques et associatifs. Ce n’est pas un mal à notre époque où règnent les logiques d’appareil dont le potentiel destructeur est aujourd’hui évident. Au surplus, ce document a été produit après le « choc » (anticipé largement à l’avance[1]) des élections européennes, par lesquelles le corps civique a affirmé son aspiration légitime à davantage de souveraineté politique et d’État Social (il s’ensuit un « moment Chevènement » dont Jacques Sapir a fait l’hypothèse[2]).

    Pourtant, en dépit du « casting » et du contexte de la discussion, force est de constater que le document n’opère aucune avancée sur la question européenne, notamment en comparaison de ce qu’a pu produire le Front de gauche (et cela : malgré ses insuffisances[3]). Si les auteurs ont essayé de témoigner de leur désir sincère d’unité de la gauche politique et sociale, ils contribuent à masquer les questions qui fâchent sous les apparences d’une fausse homogénéité des opinions à gauche. En prenant la forme d’une muselière faussement sympathique, cet irénisme de l’aile gauche du PS se présente ainsi comme le reflet inversé du cynisme de l’aile droite.

    Notre camp social est en effet traversé de débats vifs concernant le problème que semble représenter la monnaie unique[4] et le défi de la dépossession de notre souveraineté, eût égard à la montée en puissance du Front National[5], parti qui bénéficie d’une « dynamique de nature révolutionnaire »[6].

    Or, dans le document proposé par « Gauche Avenir », il n’est nulle part fait mention de la question centrale de la souveraineté. Le fait de convoquer l’autorité de Jean-Pierre Chevènement ne trompe personne. Si l’on peut saluer l’appel à contester « l’Europe actuelle », on cherche en vain le sens d’une « réorientation » en faveur d’une « relance » à l’échelle européenne, dont le caractère illusoire n’échappe pourtant à personne[7]. L’insupportable slogan de l’« Europe sociale », procédant par des convergences sociales et fiscales « par le haut » de toutes les Nations européennes, est une fois de plus convoqué au titre des égarements habituels éculés, y compris dans notre propre camp[8] où l’on en appelait encore en 2012 à la mise en place d’un SMIC européen[9].

    Est-ce vraiment dans le cadre d’un « gouvernement économique de la zone euro » que « Gauche Avenir » imagine l’avenir économique de la France et de l’Europe ? Sur le traité transatlantique, le document se borne à exiger le minimum, c’est-à-dire « la transparence dans les négociations », ce qui ne dit strictement rien sur le fond du traité. Pierre Laurent, qui a fait la promotion de cet évènement, est-il d’accord avec ce principe de la gauche au rabais qu’on nous propose ? Il est donc clair que ce texte n’est pas à la hauteur du défi que Gauche Avenir prétend relever.

    À propos de l’unité de la gauche

    Si l’unité de la gauche est un bel idéal, il faut le nourrir d’un minimum d’analyse sur ce qui nous divise ! Le 29 mai 2005, la gauche était déjà divisée politiquement entre le « oui » et le « non » au Traité Constitutionnel Européen. Qu’a voté alors le soi-disant « Peuple de Gauche » dans sa majorité ? 98% des électeurs communistes, 56% des électeurs socialistes et 60% des électeurs écologistes[10] se sont opposés à la ratification de ce Traité. Ainsi, l’unité de la gauche comme force populaire était réalisée intégralement, par les urnes, dans le « non » français au TCE, qui était un « oui » à la souveraineté et à l’État Social.

    Ce résultat était concordant avec les marqueurs sociologiques traditionnels de la gauche : la jeunesse, les classes moyennes et populaires se sont unies et ont vaincu ensemble la mystification européiste et capitaliste qui leur était imposée (et qui nous est encore imposée, plus violemment que jamais). Comment se fait-il que la gauche d’aujourd’hui ne se saisisse pas de ce boulevard stratégique et programmatique ? Comment se fait-il que la gauche même la plus volontaire ignore ces simples faits, au profit de lubies fédéralistes qui irritent plus que jamais nos compatriotes ?

    Si le Front de Gauche a en grande partie dédaigné les critiques formulées de toutes parts lors de la préparation bâclée de la campagne des élections européennes[11], il est clair néanmoins que le débat sur la question nationale a très largement infusé dans ses bases militantes. Alors que la réalité du « césarisme bureaucratique »[12] dans l’Union européenne est désormais manifeste, que la démocratie est peut-être menacée de disparaitre en Europe, ce texte de Gauche Avenir représente – en comparaison – une très médiocre contribution à la sortie de crise politique. Elle accentue les divisions politiques de la gauche française en niant leur existence sous prétexte d’unité sociologique.

    Faisant fi des leçons de notre Histoire, elle méprise l’appel répété du Peuple à davantage d’indépendance nationale et de sécurité économique et sociale.

    [1] Le Parisien, « Européennes : le Front national en tête des intentions de vote » (26 janvier 2014)

    [2] Russeurope, « Le moment Chevènement », 28 mai 2014.

    [3] Gauche d’Opposition, Texte fondateur.

    [4] Jacques SAPIR, Faut-il sortir de l’euro ?, Éditions du Seuil (2012)

    [5] Aurélien BERNIER, la gauche radicale et ses tabous. Pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national, Éditions du Seuil (2014)

    [6] Blog de Jean-Luc MÉLENCHON, 30 mai 2014, « Pendant que la poussière retombe ».

    [7] Il n’a en tout cas pas échappé à Jacques SAPIR. Russeurope, « Le gouvernement français au pied du mur », 9 février 2013.

    [8] « Refonder l’Europe, Contribution du Comité du Projet pour un débat et l’élaboration par les communistes d’un ‘nouveau projet européen’ », 15 novembre 2013.

    [9] Le programme du Front de Gauche et de son candidat commun Jean-Luc Mélenchon, 2012, Chapitre 7 : « La France s’engagera pour une Europe de l’harmonisation des droits sociaux et politiques. Elle demandera la mise en place d’un Smic européen (établissement d’un salaire minimum légal dans chaque pays et procédure de convergence vers le haut). »

    [10] IPSOS, 30 mai 2005, « Référendum 29 Mai 2005 : Le sondage sorti des urnes. »

    [11] Gauche d’Opposition, « Rapport critique du programme ‘rompre et refonder l’Europe’ », 14 mai 2014

    [12] Cédric Durand et Razmig Keucheyan, « Un césarisme bureaucratique », dans En finir avec l’Europe, sous la direction de Cédric Durand, La fabrique éditions (2013).

    GAUCHE D’OPPOSITION Le 29 décembre 2014 à 21:47
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