Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 22 janvier 2015

Quand Le Guen part en guerre contre Duflot

Mercredi 21 janvier, Jean Marie Le Guen était l’invité de l’émission "Question d’info" LCP-France Info-Le Monde-AFP. Léger et aérien comme un char d’assaut, il en a profité pour épancher son fiel à l’encontre de Cécile Duflot et de la gauche du PS.

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Passons rapidement sur le langage un peu curieux utilisé par le secrétaire d’État aux relations avec le parlement à l’encontre de Cécile Duflot : « Elle est dans une espèce de voie de radicalisation. » En plein débat sur la prévention contre le djihadisme et après les annonces de Manuel Valls, la ficelle est un peu grosse, pour ne pas dire grossière. Un peu comme si, profitant du contexte, on caractérisait Jean-Marie Le Guen de taliban du libéralisme et d’assassin des idéaux socialistes. Des allégories sans doute utiles pour faire un minimum de buzz mais qui n’apportent pas grand-chose au débat public – si ce n’est un peu plus de confusion.

Un "bon Vert", ça soutient le gouvernement

Jean-Marie Le Guen a une idée très précise de ce que devrait être la politique de EELV. Nul ne peut lui en vouloir de préférer le député François de Rugy, qui aurait tant souhaité que les Verts fassent partie du gouvernement Valls, à Cécile Duflot. De là à confondre désir et réalité, il n’y a qu’un pas que franchit allègrement notre vindicatif secrétaire d’État. Ainsi, « Cécile Duflot, ce n’est pas les Verts », et celle-ci essaie « de se démarquer, non seulement de la majorité, mais quelque part du fonctionnement de son propre groupe ». Le propos est pour le moins surprenant. Comme toute organisation politique EELV dispose d’instances de décisions, en l’occurrence un bureau exécutif de quinze membres et un parlement appelé Conseil fédéral.

Le changement d’orientation amorcé par les écologistes depuis le printemps n’est pas le fait d’un individu isolé, mais bien d’une majorité de EELV : c’est par sept voix contre trois que le bureau exécutif a refusé de participer au gouvernement le 1er avril. Un choix largement ratifié par le Conseil fédéral du 6 avril qui s’est prononcé à 83% pour appeler les parlementaires à s’abstenir lors du vote de confiance au nouveau gouvernement. Que dix des dix-sept députés n’aient pas respecté ce vote, le 8 avril, traduirait plutôt que ce sont les parlementaires pro-gouvernementaux de EELV qui ne représentent pas tout à fait leur parti.

Autre exemple, le soutien à Syriza pour les prochaines élections législatives a été adopté par le Conseil fédéral d’EELV par soixante-et-onze votes pour, trois blanc, trois contre. C’est net, c’est sans bavure. On se doute que le cœur de Jean-Marie Le Guen penche plutôt du côté de son ami Pierre Moscovici, qui est allé en Grèce pour soutenir le gouvernement de droite d’Antonis Samaras, mais c’est ainsi.

La petite musique de la scission

La vraie question qui pourrait être adressée aux Verts serait plutôt : "Pourquoi se définir encore comme membre de la majorité parlementaire ?" Le délicat équilibre interne apparaît de plus en plus compliqué, quand il ne relève pas du mariage de la carpe et du lapin. Entre l’alliance avec l’UDI qui a les faveurs d’un Jean-Vincent Placé et la volonté d’un accord avec le Front de gauche pour les futures élections régionales défendue par nombre de dirigeants de EELV (lire l’interview de Sergio Coronado), existe un grand écart qui ne peut perdurer bien longtemps.

D’une manière ou d’une autre, la contradiction, parce qu’elle porte sur l’essentiel de la politique à mener, doit se résoudre. L’hypothèse d’un rassemblement de tout ce petit monde sur une ligne d’autonomie politique au nom du paradigme écologiste reste possible, mais apparaît de moins en moins praticable. La suite la plus probable est donc une poursuite des décantations politiques.

La petite musique d’une scission du parti écologiste a été alimentée ces dernières semaines par ceux qui ne se reconnaissent pas dans la distanciation vis à vis du gouvernement. Au-delà de sa grossièreté, la charge de Jean-Marie Le Guen est donc bien une tentative de s’immiscer dans les débats internes de EELV en donnant la position du grand frère socialiste. Est-ce le plus habile, de son propre point de vue, c’est une autre affaire.

L’unité contre la droite, arlésienne socialiste

Plus généralement, c’est toute la gauche non gouvernementale qui est dans la ligne de visée de Jean-Marie Le Guen. Ainsi, toute une partie de la gauche radicale serait à côté de « la réalité politique et sociale de notre pays » en ne voulant pas se rassembler derrière le Parti socialiste.

Il ajoute : « Ne pas avoir ce réflexe de rassemblement de la gauche, c’est une perte d’identité pour cette gauche de la gauche. C’est la gauche de la gauche qui a perdu son identité unitaire. Elle peut faire perdre la gauche, et je dirais même plus, à certains endroits, elle peut faire perdre la République. » Et voilà, les grands mots sont lâchés, une victoire de la droite voire dans certains cantons du Front national et ce sera la faute de la gauche radicale. Le chômage qui s’envole, pas un mot, les cadeaux multiples au Medef sans aucune contrepartie, rien. Juste – mais sans doute est-ce de saison – une tentative de mise au pas.

Les propos du secrétaire d’État socialiste pourraient n’être que pathétiques s’ils ne dénotaient pas une vision absolument dogmatique de la politique. « Notre action est un échec, mais nous avons raison et c’est pourquoi nous voulons la poursuivre », tel est le credo gouvernemental depuis près de trois ans. Il est temps que cela change.

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Vos réactions

  • Le Guen était le fidèle lieutenant de Strauss kahn pendant des décennies.
    Cela permet de mesurer le personnage .
    Cambadélis est de la même facture :rusé,trotskyste un jour,social libéral pour toujours...
    Seules leurs ambitions personnelles comptent :’Toujours y penser,jamais en parler’.
    En jouant les portes flingues de Hollande,ils espèrent que
    Culbuto s’en souviendra...

    serge Le 22 janvier 2015 à 18:23
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  • Mais comme c’est fidèle à la réalité ! Bravo à l’auteur de l’article.

    JsHerpin Le 23 janvier 2015 à 11:17
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  • Il y a pas mal de temps que ces gens n’ont plus rien de neuf à dire. Lors d’un meeting tenu à Villeurbanne lors des précédentes cantonales (2011) Hollande répétait "unité derrière le PS pour battre la droite, unité derrière le PS pour battre la droite". Depuis ils n’ont pas changé de mantra. Complètement déconnectés non seulement de la réalité du pays, mais aussi de la réalité de la vie politique.

    Bernard Leprêtre Le 23 janvier 2015 à 17:33
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  • Certes mais ce langage ne devrait pas révulser les verts qui sont si habitués à essayer de jouer les divisions à gauche.
    Après avoir utilisé le PS et réciproquement pour jouer les coucous et se faire installer dans les mairies ou les circonscriptions communistes, les voilà maintenant qui jouent "plus à gauche que moi tu meurs" et inventent des divisions entre les communistes de bases, leurs directions et élus départementaux sortants pour tenter de se placer pour les prochaines élections départementales en attendant les régionales.

    Les socialistes ont de quoi être très en colère et révoltés, mais, cocus, ils l’apprennent à leur dépens, le vers n’a pas de reconnaissance, il avance en se faufilant avec sa tête chercheuse.

    arthurr Le 23 janvier 2015 à 20:08
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  • J’aimerais savoir si l’auteur de cet article (dont je partage l’essentiel) considère que "malgré tout" les Le Guen, Macron, Hollande, Valls et autres Cambadélis appartiennent à la gauche, ou à une deuxième droite néolibérale qui doit être combattue au même titre que la première ?

    François 70 Le 24 janvier 2015 à 10:31
       
    • Vaste question,

      1- Incontestablement tous les noms cités ont une politique économique libérale ( pas social-démocrate, pas social-libérale) totalement main-stream. Quand Le Foll dit il n’y a pas d’alternative à la politique menée il reprend le TINA de Thatcher et on se demande pourquoi il y a encore des élections.

      2- Maintenant, les mêmes appartiennent à un parti qui par son histoire, la sociologie de son électorat est ou était (c’est toute la question) lié au mouvement ouvrier ou pour le dire autrement à une certaine idée de l’émancipation sociale. Pour ma part, je pense que ces liens même ténus sont brisés.

      3- Question subsidiaire, le PS et les noms cités sont-ils encore de gauche ? Cette question ne recouvre pas la remarque 2. L’identité entre gauche et mouvement ouvrier est une réalité post 1945. Sous la 3° République, la gauche c’est le PCF, la SFIO et les Radicaux (absolument bourgeois dans leur politique économique, mais anti-cléricaux et attaché à la République contre la droite catholique). De ce point de vue, la réponse est délicate aujourd’hui. Objectivement de Valls à Juppé il n’y a non seulement aucun désaccord économique mais même sur le reste les divergences sont ténus et seul le mode de scrutin fait qu’il n’y a pas de grande alliance comme c’est le cas dans la plupart des pays de la zone Euro.

      4- Conséquences, il n’y a pas pour moi d’automaticité à se désister (ou à appeler à voter) pour le candidat socialiste lors des échéances électorales pour ne prendre que cet exemple. Nous l’avons fait, au nom du "moins pire" depuis des années, on ne peut pas dire que ce pire ait été évité. Donc à mon humble avis, c’est du cas par cas, mais plus les échéances sont nationales, moins c’est possible.

      5- Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut être clairement indépendant du Parti Socialiste mais qu’en même temps, cela ne fait pas une orientation politique. C’est, si on veut, un préalable cela ne dit rien sur comment on fait pour obtenir l’adhésion de larges couches de la population.

      Guillaume Liégard Le 24 janvier 2015 à 14:41
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