Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 6 janvier 2015

Que veut Cécile Duflot ?

L’ancienne ministre est passée en quelques mois à une critique sans retenue de l’action gouvernementale. Au-delà de ce discours radicalisé, quelles alliances politiques est-elle en mesure d’envisager à l’occasion des prochaines échéances ?

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Depuis son départ du gouvernement au printemps dernier, Cécile Duflot exprime toujours plus fort ses indignations et ses colères. Après avoir fait le buzz en août avec la publication d’un livre brûlot, elle dramatise le conflit avec le pouvoir à l’automne autour de la mort de Rémi Fraisse, et tente d’imposer une minute de silence dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. En janvier, elle entend discréditer la nouvelle passion verte de François Hollande et s’attaque au crédo moderniste de l’action du jeune ministre de l’Économie. « Elle torpille la rentrée de Hollande », se réjouit Le Figaro. Ses missiles sont maintenant pointés vers la loi Macron. Elle les met à feu dans un entretien accordé au JDD du 4 janvier.

Ce n’est certes pas la première fois que les écologistes disent leur déception et leur désaccord avec un projet gouvernemental. Mais cette fois, l’ancienne ministre décide de marquer son opposition sur une loi dont la portée est globale. La loi Macron est un renoncement environnemental et social, « un grand bond en arrière, une occasion manquée de changer de modèle », « un catalogue de vielles idées des années 1980 enfouies dans les cartons de Bercy ». Elle y voit « un net recul écologique du quinquennat ». Et elle va au bout : « Mettre en échec cette loi est un devoir pour tous ceux qui ont encore de l’espoir et veulent inventer le siècle qui vient. Parce que parfois le sursaut se fonde d’abord sur un refus ».

Repositionner les Verts

Assurément, Cécile Duflot passe un cap dont la portée n’échappe à personne. Elle le fait alors même que les débats internes aux écologistes restent toujours aussi polarisés. Autour de Jean-Vincent Placé et François de Rugy, des parlementaires "réalos" militent pour un retour au gouvernement, tout en préparant l’alliance des écologistes… par delà la gauche et la droite. Où l’art d’accroître leurs chances de devenir ministres, susurrent leurs opposants. Cécile Duflot s’engage, elle, sur un autre chemin et entend bien gagner aussi en interne cette bataille. Après avoir conduit les écologistes à passer un accord global de gouvernement et électoral avec le PS – dirigé par Martine Aubry – elle veut repositionner son parti dans la perspective des deux années à venir.

Par calcul, par conviction, par réalisme, qui sait, Cécile Duflot ouvre de nouvelles pistes. Sans doute ne mésestime-t-elle pas qu’un nouvel accord avec le PS n’assurera pas de rente de situation. Les places en 2015 et en 2017 seront très chères. Les écologistes y perdront des plumes, c’est certain. L’alliance avec le Front de gauche, hier impensable, entre désormais dans le champ des possibles.

Cécile Duflot est-elle devenue une convertie de l’alternative radicale ? C’est d’abord l’inflexion gouvernementale que les écologistes critiquent – pour ceux qui critiquent. Sergio Coronado, député écologiste, le disait très clairement dans Regards : « François Hollande n’a pas seulement gagné par antisarkozisme, mais aussi par le point d’équilibre du Bourget qui a permis que Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly le soutiennent au second tour. » (lire aussi : "Élise Lowy et Gilles Lemaire : « Entraîner EELV dans une rupture avec la politique libérale du gouvernement »")

Quel point d’équilibre ?

Quel sera la critique de gauche du hollandisme ? Derrière l’engagement de Cécile Duflot se joue aussi le tempo des prochains débats politiques français. Faut-il revenir au discours du Bourget, à une gauche social-démocrate classique davantage incarnée par Martine Aubry ? Au contraire, le temps est-il de sortir nettement des chemins qui produisent la crise globale ? Les deux discours coexistent chez les écologistes « L’axe stratégique que je défends est le rassemblement du peuple de l’écologie en rupture, en confrontation sans compromis, avec le mode de développement actuel. Ce peuple-là regarde avec circonspection, et sans doute avec raison, le peu de résultats obtenus par notre longue marche dans les institutions », assurait le même Sergio Coronado.

Tout aussi troublante, et sans doute troublée, Cécile Duflot peut, dans le même entretien aux Inrockuptibles, dire à la fois : « Lors des municipales, les lecteurs de gauche n’ont pas voulu voter. La solution proposée par le président ? Continuer sa politique – cause de l’échec – plutôt que de la réorienter. Il fallait partir »  ; et, plus loin, « les zadistes posent de façon radicale des questions essentielles : comment vivons-nous ? Quelle est la finalité de la production ? ». Le point d’équilibre idéologique n’est pas encore trouvé. L’axe politique, non plus.

Ce dernier reste encore très flou. Duflot laisse ouverte toutes les hypothèses : rassembler EELV-Les Verts autour d’une candidature autonome ? Elle sait que c’est l’option la plus confortable en interne, mais qu’elle ne peut pas mener très haut. Cela ne l’emballe pas. Renouer avec un PS revenu sur les bases de l’accord de 2011 ? Rien d’irréparable ne l’interdit. Rassembler les écolos des deux rives ? Cela semble être son point limite. S’allier avec le Front de gauche ? Oui, en 2015, si cela peut permettre de passer devant le PS dans certaines régions et départements. Pour 2017 ? Les élections de 2015 dégageront des enseignements. Cécile Duflot n’est pas pressée, elle veut voir.

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