photo cc Convergència Democràtica de Catalunya
Accueil > Monde | Par Loïc Le Clerc | 29 septembre 2015

Quelques clefs des élections catalanes

À peine les premiers résultats des élections régionales catalanes (qui n’étaient pas un référendum pour ou contre l’indépendance !) étaient tombés que l’on entendait tout et son contraire. Mettons donc les choses au clair…

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Les indépendantistes ont-ils réellement gagné ?

Lorsqu’on parle des indépendantistes, il y a d’un côté "Junts pel Sí" (Ensemble pour le Oui), une coalition entre le président sortant Artur Mas et le parti de centre-gauche ERC, dirigé par Oriol Junqueras. Et de l’autre côté, la CUP, les indépendantistes anticapitalistes.

Il y a deux façons de lire les résultats de ces élections régionales. En nombre de sièges gagnés au Parlement catalan, les indépendantistes comptabilisent 72 sièges (62 pour Artur Mas et 10 pour la CUP), la majorité étant à 68. On peut donc conclure que le Parlement est majoritairement pro-indépendance. Mais de là à se dire légitime pour organiser un référendum, il y a un monde… Car il faut alors ne prendre en compte que le nombre de voix. Et dans ce cas là, ces deux "partis" indépendantistes n’obtiennent que 48% des suffrages, avec un taux record de participation : plus de 77%.

De plus, en obtenant 62 sièges, Artur Mas ne parvient pas à additionner les scores de son parti, la CDC, et d’ERC, qui en 2012 cumulaient 71 élus. Une victoire amère qui oblige le président sortant à chercher des alliés pour se faire réinvestir, ce qui est loin d’être gagné.

La CUP peut-elle s’allier avec Artur Mas ?

Les dix élus de la CUP ont déjà annoncé leur intention de ne pas soutenir Artur Mas à la présidence du Parlement. Il faut dire que tout diverge entre eux (imaginez une alliance UMP-NPA…) : leurs visions sur l’UE, l’euro, les politiques économiques et sociales, et même leur projet pour procéder à l’indépendance.

Quel avenir pour Artur Mas ?

Celui-ci, incapable de former une majorité, pourrait alors se voir dans l’obligation de réorganiser des élections ! À moins qu’entre-temps, Junts pel Sí éclate. Il faut savoir qu’Oriol Junqueras était considéré jusqu’à présent comme le pire adversaire politique d’Artur Mas, en passe d’inverser le rapport de forces. Alors, les indépendantistes de gauche, à savoir la CUP et ERC (et pourquoi pas aussi Podemos et le PS, comme le propose Iglesias), pourraient tenter à leur tour de former une coalition. Avec un succès tout aussi incertain que l’entreprise d’Artur Mas.

Mais alors, qui est le grand gagnant de la soirée ?

C’est bel et bien le jeune parti Ciutadans (Citoyens) qui réalise le meilleur score. Cette formation catalane passe de 9 à 25 élus, glanant les voix du PP qui lui réalise son pire score avec seulement 11 sièges. Le credo de la réussite de Ciutadans ? Dire non à l’indépendance et non à la corruption. Non à Artur Mas, en quelque sorte. Pour cet affront, Ciutadans s’est fait traiter à plusieurs reprises de Podemos de droite ou de succursale du PP (non sans raison), et pourtant, c’est bien lui qui devient le deuxième parti de Catalogne, premier parti d’opposition. Il convient de préciser qu’en Catalogne, la loi électorale fait en sorte qu’un vote dans une grande ville comme Barcelone vaut moins qu’un vote à la campagne. Ce système bénéficie principalement à Artur Mas et à Ciutadans, et pénalise en premier lieu les partis de gauche.

Comment expliquer la défaite de Podemos ?

Si Podemos, allié aux communistes et aux écologistes, ne parvient même pas à égaler le résultat des communistes de 2012, il faut relativiser cette « grande déception », comme la qualifiait Pablo Iglesias lors de la soirée électorale. Podemos, partant de rien, obtient tout de même 11 sièges, alors que la gauche radicale traditionnelle est en crise profonde. Mais sa nouveauté sur la scène catalane, sans réellement se positionner au sujet de l’indépendance au profit d’un programme politique sociale, ça n’est pas passé auprès de cet électorat si particulier envers les "Espagnols". Au vu de ce contexte, on peut imaginer que cette élection n’aura que peu (ou pas) d’influence sur les élections législatives de décembre.

Artur Mas peut-il rendre la Catalogne indépendante ?

Si la seule proposition d’Artur Mas est bien d’entamer un processus d’indépendance, dans le fond, le chemin sera long. Cela demanderait une modification de la Constitution espagnole, à moins que l’indépendance se fasse dans la douleur. Le souci, c’est qu’il a face à lui Madrid et Bruxelles (quand bien même il propose une Catalogne pro-européenne), des adversaires bien trop forts, qui écraseront la Catalogne à l’instar de ce qu’il s’est passé avec Syriza. De plus, les raisons d’Artur Mas ne sont absolument pas celles du bien commun. Outre son catalanisme, il n’a finalement rien de bien différent du Parti populaire (ou même de Ciutadans). Cette querelle entre les deux principales forces de droite en Espagne au sujet de leurs souverainetés ne sert que l’intérêt des tenants des politiques d’austérité. Et ni Madrid, ni Bruxelles ne sont prêts à laisser les élites catalanes faire comme bon leur semblent. Les menaces de sortie de l’UE, de l’euro, ou même du championnat espagnol de football pour le FC Barcelone ont déjà été brandies. Preuve que le changement est impossible dans cette Union européenne, quand bien même serait-il de droite.

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Vos réactions

  • Une question se pose à propos de la "défaite de Podemos".
    Il est certain que la focalisation de l’élection sur l’enjeu de l’indépendance ne lui était pas favorable. Mais il faut aussi se demander dans quelle mesure le soutien maintenu de Pablo Iglesias à Tsipras, malgré la capitulation-trahison de ce dernier, n’a pas poussé une partie de l’électorat de Podemos vers la CUP qui incarne la résistance à l’UE.

    François 70 Le 29 septembre 2015 à 19:44
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  • Très bonne analyse des élections en Catalogne avec des perspectives européennes
    Sylvie Brossard

    BROSSARD Le 2 octobre 2015 à 11:30
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