Bernard Cazeneuve, à l'écoute (photo cc Perrin JC)
Accueil > Politique | Par Jérôme Latta | 17 avril 2015

Qui Bernard Cazeneuve croit-il ?

Le ministre de l’Intérieur a déclaré ne pas croire ce qu’il lit dans les articles et les livres, « par principe et par essence ». Nous avons imaginé qu’il nous confiait à qui et à quoi il se fie pour forger ses opinions.

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Au cours du débat sur la loi sur le renseignement à l’Assemblée, Bernard Cazeneuve a été interpellé par la députée Nouvelle donne Isabelle Attard, qui se référait à un article de Rue 89 à propos des algorithmes utilisés par les dispositifs de surveillance, jugés « coûteux, intrusif et inefficace ». Il lui a répliqué :

« On peut répéter à l’envi des choses fausses, considérer, Mme Attard, que si c’est écrit dans le journal c’est que c’est vrai ; mais moi, à l’école, on m’a appris à ne pas croire ce qu’il y a dans les journaux ni dans les livres, et d’essayer de considérer que l’exercice de l’esprit critique et de la libre conscience est beaucoup plus puissant que de gober béatement et benoitement ce qu’il y a dans les articles de presse. Moi, ce qu’il y a dans les articles de presse, par principe je ne le crois pas. Parce que je suis un esprit libre et indépendant, et que j’entends le demeurer. C’est peut-être dans L’Observateur ou Le Petit Bessin, mais moi je n’y crois pas, par nature et par essence. »

On se demande quelles écoles le ministre de l’Intérieur a fréquentées pour avoir hérité d’une conception aussi singulière du rôle des médias dans une démocratie. La question se posant, alors, de savoir à qui le ministre accorde crédit, sur la foi de quoi il décide des politiques publiques, voici une interview imaginaire… qu’on pense ne pas être très loin de la vérité.

Bernard croit les experts et les conseillers

« Ils sont bien informés : quand on voit tous ces gens qui prennent sur leur temps de travail dans le secteur privé pour venir leur dispenser gratuitement des formations sur les sujets compliqués que nous devons traiter, franchement, chapeau ! Je vois bien dans leur regard qu’ils sont sincères. C’est pratique, parce que je ne comprends pas toujours ce qu’ils disent. Heureusement, ils font des synthèses, et tout devient simple – pas comme avec les journalistes qui cherchent à tout compliquer. Ma décision est facile à prendre, surtout qu’en général, ils n’en proposent qu’une. »

Bernard croit les services de renseignement

« Ils sont bien renseignés. J’en ai été convaincu quand ils m’ont montré tout ce qu’ils savaient sur moi. Il faut les laisser travailler, arrêter de voir le mal partout. Ils ont des technologies formidables, tout ça c’est très moderne, il faut vivre avec son temps ! »

Bernard croit le marché

« Au PS, on a assez payé le prix de l’idéologie, assez risqué la noyade dans les courants. Aujourd’hui, on ne va pas faire semblant d’avoir un débat sur les politiques économiques, le marché mondialisé a décidé pour nous. Moi, pour savoir ce que dit le marché, j’ai une méthode simple : j’allume la radio le matin et j’écoute ses oracles. Bon, avec la grève de Radio France, on a été un peu perdus, mais les autres stations sont elles aussi unanimes. Bref, le terrorisme, c’est pas bon pour le marché, mais la sécurité et le renseignement, si. On a quand même des champions français du secteur à défendre ! Cette loi sera une superbe vitrine pour les produits nationaux. Et puis la peur, ça empêche les gens de trop cogiter, ça dégage des marges pour réformer. »

Bernard croit ses spin doctors

« N’allez pas penser que je raconte n’importe quoi. Aujourd’hui, tous les mots qui sortent de la bouche des ministres ont été auparavant écrits et contrôlés par des spécialistes. Ils s’occupent des éléments de langage, c’est même eux qui gardent la notice. Pour la loi sur le renseignement, il y a des termes rigolos, comme IMSI-catchers, algorithmes… "Boîte noire", par contre, je ne sais pas si c’est bien trouvé. Ça évoque quand même une catastrophe. »

Bernard croit ce qu’il dit

« Avec tout ce staff autour de nous, impossible de dire une ânerie, quelqu’un s’en rendrait forcément compte : qui va croire que tous ces gens issus des plus grandes écoles pourraient tous se tromper ? On m’a reproché d’avoir dit que la vie privée n’était pas une liberté fondamentale, mais c’est juste qu’on n’a pas eu le temps de faire la mise à jour de la Déclaration des droits de l’homme. Pareil, quand j’ai affirmé (ici) qu’« aujourd’hui, les algorithmes sont massivement utilisés par les géants de l’Internet pour des activités à caractère commercial sans susciter la moindre indignation », c’est juste que j’avais oublié de lire la fiche sur Snowden. Enfin, vous pensez ce que vous voulez, mais faites quand même attention : maintenant je vais savoir tout ce que vous pensez, ah ah ! »

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  • Son arrogance est inversement proportionnelle à sa hauteur d’esprit...un peu comme Sarko. Reviens Charles...
    PS : Bravo pour la photo, tout y est dit...

    Fulgence Le 17 avril 2015 à 17:11
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  • Qu’est-ce-que j’apprends ? Cazeneuve est allé à l’école de la Nature, à l’école de l’Essence et à celle des principes. Mais qu’a-t-il retenu de ces éclairages pour être aveuglé par tant de suffisance et de médiocrité.

    Diagnostic : perte flagrante des repères et des valeurs de la République, méfiance exacerbée vis à vis de la presse...

    Misère de l’Intérieur et intérieur de la misère

    Écoute, espionne, censure

    Range tes grands ciseaux

    Anastasie m’ennuie

    Le canard plein d’ caviar (sur l’air des parapluies de Cherbourg, non, il pleut, il pleut bergère, plutôt ! )

    Jahl Ucyne Le 21 avril 2015 à 12:01
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